Billet de blog 1 avril 2008

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Charles Heimberg. Historien et didacticien de l'histoire

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Orient-Occident, sur les traces de Hassan al-Wazzan (Léon l’Africain)

Les quatrièmes rendez-vous de l’histoire de Rabat ont eu lieu fin mars 2008… à Fès, dans un contexte de célébrations mémorielles du 1200e anniversaire de la fondation de la ville. Ils portaient sur le thème Orient-Occident. Cette thématique n’est évidemment pas sans importance au moment où, aux Pays-Bas, un film haineux s’en prend aux populations musulmanes.

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Les quatrièmes rendez-vous de l’histoire de Rabat ont eu lieu fin mars 2008… à Fès, dans un contexte de célébrations mémorielles du 1200e anniversaire de la fondation de la ville. Ils portaient sur le thème Orient-Occident. Cette thématique n’est évidemment pas sans importance au moment où, aux Pays-Bas, un film haineux s’en prend aux populations musulmanes. Et alors qu’en Suisse, une initiative populaire a été lancée il y a quelques mois pour faire interdire les minarets sur tout le territoire national (sic).

L’intérêt pour l’autre et les regards croisés sont au cœur de l’épistémologie de l’histoire. Ce n’est pas là une affaire de choix ou de morale ; c’est une exigence scientifique.Tout au long de l’histoire, des sociétés humaines se sont côtoyées, se sont mêlées, se sont parfois affrontées. Le regard de l’histoire sur ces sociétés examine leurs échanges et dresse l’inventaire de leurs différences et de leurs ressemblances.Au chapitre de ces dernières, l’historienne Natalie Zemon Davis s’est demandé si François Rabelais et ce Léon l’Africain auquel elle a consacré son dernier ouvrage (Léon l’Africain, un voyageur entre deux mondes, Paris, Payot, 2006) n’avaient pas finalement quelques points communs. Ils ne se sont certes jamais rencontrés ; et leur érudition était sans doute différente ; mais toutes les deux pratiquaient plusieurs langues ; et ils ont exprimé chacun une même réprobation de la grande violence de leur époque qui ne s’en tenait pas qu’à des guerres défensives.

Orient-Occident : le croisement des points de vue permet la découverte de la diversité de l’autre, qui n’est jamais le bloc monolithique dont parlent les discours identitaires.Ainsi en va-t-il de l’espace Maghreb-Machreq et des phénomènes migratoires qui le divisent, brisant l’image de façade d’une unité mal en point. Et des regards stéréotypés sur Fès et sa médina, dont la patrimonialisation a été promulguée par les colonisateurs au service du tourisme et au détriment de la modernité sociale locale. Certes, Fès, la ville de la Quaraouiyine, a été un centre d’échanges et de diversité. Mais si la cohabitation a été possible, pour la minorité juive, elle n’a pas été idyllique.

Quant aux usages mutuels de l’Orient ou de l’Occident, ils sont très révélateurs. Notamment par leur évolution. Ainsi est-on passé, au cours du XIXe siècle, d’un orientalisme rêvé, ouvert sur le monde, d’un Orient fascinant tous les érudits, à un orientalisme désenchanté, partie prenante des inventions de la tradition identitaire, à un Orient colonisé et dominé. L’attirance pour le vaste monde et pour l’universel a fini par céder, là aussi, aux particularismes.

Charles Heimberg

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