Les lois xénophobes de Berlusconi sont entrées en vigueur

Par un cruel clin d’œil de l’histoire, c’est un 8 août que sont entrées en vigueur les lois iniques de la majorité berlusconienne contre les migrants en situation irrégulière et pour des mesures sécuritaires instaurant des rondes de brigades privées de triste mémoire dans les municipalités qui le souhaitent. En effet, c’est aussi un 8 août, en 1956, que moururent 136 migrants italiens

Par un cruel clin d’œil de l’histoire, c’est un 8 août que sont entrées en vigueur les lois iniques de la majorité berlusconienne contre les migrants en situation irrégulière et pour des mesures sécuritaires instaurant des rondes de brigades privées de triste mémoire dans les municipalités qui le souhaitent. En effet, c’est aussi un 8 août, en 1956, que moururent 136 migrants italiens parmi les 262 ouvriers qui périrent dans la mine belge du Bois du Cazier, à Marcinelle. Cette coïncidence nous rappelle qu’avant de devenir ce pays gouverné par des forces politiques racistes et subjuguées par le plus étroit des campanilismi (esprits de clocher), l’Italie a été un pays fortement marqué par une émigration, vers l’Europe comme vers l’Amérique. Les hommes et les femmes de ce pays qui, par obligation, quittèrent en grand nombre leurs villages pour des contrées souvent hostiles ont souffert dans leur chair de l’expérience migratoire. Ils ont aussi tous contribué à l’enrichissement économique et culturel de leurs pays d’accueil respectifs.

Désormais, dans une Italie sans mémoire, le délit de clandestinité menace de très nombreux travailleurs et ceux qui les soutiennent. Des opposants dénoncent un véritable retour des lois raciales fascistes de 1938. Ce qui est effectivement le cas, même si les contextes et leurs victimes sont bien différents, s’agissant de certaines discriminations, comme l’interdiction des mariages mixtes, qui sont introduites. En outre, d’innombrables personnes âgées dépendantes se demandent si leur badante, l’auxiliaire de vie qui s’occupe d’elles jour et nuit, va encore pouvoir aller leur faire des courses. Il faut dire que la droite italienne ne cesse d’attiser une atmosphère lourdement xénophobe qui pousse à la rancœur et à la délation.

La commémoration de la tragédie de Marcinelle a toutefois donné lieu à des déclarations remarquées en faveur de l’intégration des migrants de la part du président de la République italienne Giorgio Napolitano -qui a pourtant signé les lois en question-, et de Gianfranco Fini, président de la Chambre des Députés, et aussi ancien fasciste plus soucieux que d’autres de faire oublier son passé, qui a assisté à la commémoration du Bois du Cazier.

Mais le président du Conseil Silvio Berlusconi n’en a cure. Il n’est pas seulement le bouffon qui fait les choux gras de la presse estivale par ses frasques privées. C’est un chef de gouvernement autoritaire qui se croit toujours chef d’entreprise et qui vient de menacer sans aucune vergogne une chaîne de télévision publique qui avait osé le critiquer. Sa politique sécuritaire et xénophobe prétend répondre aux attentes majoritaires de la population italienne. Si c’était vrai, ce qui reste encore à prouver, il faudrait alors qu’un véritable travail de mémoire fasse ressurgir les images de chasse aux « Ritals », ceux qui ont été les cibles d’émeutes xénophobes à Berne et à Zurich en 1893 et 1896, ceux qui ont été massacrés dans les salins d’Aigues-Mortes le 17 août 1893, tous victimes de ces préjugés identitaires pernicieux qui se reproduisent sans cesse et s’appliquent successivement à de nouvelles victimes…

Ils ont été victimes de préjugés identitaires, mais ils ont aussi été victimes d’une exploitation à outrance que seule une politique d’accueil et de garantie des droits humains fondamentaux peut contrecarrer. Du coup, ce qu’un humaniste écrivait de cette mine belge de Marcinelle dans les années cinquante, d’autres pourraient sans doute l’écrire aussi dans l’Italie d’aujourd’hui : « En Italie, les recruteurs officiels, qui font la traite des chômeurs, leur ont promis bon accueil en Belgique, des logements sains, des salaires élevés, une foule d’avantages matériels. Une fois ici, à quelques exceptions près, on les traite comme du bétail, on les entasse dans les phalanstères, dans des chambres puantes et mornes, désignées par la police. Au moindre vol ou crime, on les suspecte immédiatement, avec les Nord-Africains. Les logeurs « strognent » leurs rations de charbon, et que faut-il dire de la nourriture qu’ils reçoivent dans les cantines ? » (extrait d’une brochure de Jean Van Lierde, Six mois dans l’enfer d’une mine belge, un témoignage et une dénonciation des conditions de vie et de travail des mineurs du Bois du Cazier avant la catastrophe de 1956, tiré de www.namurantifasciste.be/tiki-index.php?page=BoisDuCazier).

Charles Heimberg (Genève)

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