La banalisation des crimes fascistes

L’Italie est malheureusement arrivée très loin dans sa dérive de banalisation des crimes fascistes. Cette banalisation se constate crûment sur les aires d’autoroutes et dans les magasins de souvenirs qui regorgent de portraits du duce et de gadgets fascistes.
L’Italie est malheureusement arrivée très loin dans sa dérive de banalisation des crimes fascistes. Cette banalisation se constate crûment sur les aires d’autoroutes et dans les magasins de souvenirs qui regorgent de portraits du duce et de gadgets fascistes. Dans La Repubblica du 26 août 2008, Ilvo Diamanti racontait ses découvertes dominicales dans les comptoirs de Rimini, la ville des films de Federico Fellini. « Entre une piadina et un coca-cola, voilà le buste du duce, en plusieurs formats, mais surtout le portrait du duce : sur des t-shirts, des chemises, des posters, des petits drapeaux, des autocollants, des cahiers décorés, des verres et des sous-verres, des plats, des plumes, des étiquettes de bouteilles de vin au contenu improbable ».

Mais l’affaire, déjà gravissime, est devenue moins folklorique encore après que le ministre de la Défense, l’ex-fasciste Ignazio La Russa, qui est en réalité le toujours fasciste Ignazio La Russa, ait rendu hommage « aux soldats de Salò qui ont défendu la patrie ». C’est -à-dire à ces Italiens qui ont collaboré avec les nazis après septembre 1943 pour terroriser la population, abattre la Résistance et rafler les Juifs, y compris les femmes et les enfants. La veille, le non moins encore fasciste nouveau maire de Rome, Giovanni Alemanno, avait cru bon de déclarer que l’horreur du fascisme, son « mal absolu », se limitait aux lois raciales de 1938, mais ne concernait pas l’ensemble de l’expérience du régime fasciste.

Qu’il y ait toujours eu des fascistes, en Italie ou ailleurs, ce n’est pas vraiment une découverte. Mais le fait que de tels propos émanent du ministre de la Défense et du maire de la capitale d’une société démocratique, tous deux régulièrement élus, cela pose d’autres problèmes. Des problèmes graves pour l’avenir de la démocratie…

En attendant, relève La Stampa du 9 septembre 2008, les murs de Rome et de Turin regorgent d’inscriptions fascistes toutes fraîches. Et l’atmosphère est de plus en plus irrespirable.

Charles Heimberg, Genève

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