Le tribalisme au cœur de Nicolas Sarkozy

C’est une vieille rengaine que Nicolas Sarkozy nous avait déjà servie froide lors de son discours de Dakar. C’était, ce jour-là, la vision d’une Afrique qui n’était « pas entrée dans l’histoire » et qu’un groupe d’historiens avait identifié à un « déni d’histoire ».

C’est une vieille rengaine que Nicolas Sarkozy nous avait déjà servie froide lors de son discours de Dakar. C’était, ce jour-là, la vision d’une Afrique qui n’était « pas entrée dans l’histoire » et qu’un groupe d’historiens avait identifié à un « déni d’histoire ».

Lorsque, il y a quelques jours, le président de la République parlait de « tribalité » et de bandes, chacun a compris qu’il ne s’agissait pas de parler des "racines" de sa « France éternelle ». Il s’agissait de ce qu’il ne conçoit que comme des archaïsmes venus d’ailleurs : de l’affrontement de bandes violentes à l’entre-soi des banlieues pauvres. Nicolas Sarkozy y voit l’Afrique, qu’elle soit noire ou du nord.


Ce qualificatif de « tribalité » rappelle cette vieille lune coloniale et ethnologique qui considère que certaines sociétés sont plus historiques que d’autres. Il illustre cette tendance à refuser l’histoire pour ceux que l’on considère comme « ethnique ». Lorsqu’il s’agit d’analyser des phénomènes contemporains, certaines populations sont alors considérées comme davantage prisonnières d’une histoire ancienne que d’autres. Viendrait-il à l’idée d’un commentateur d’analyser les actes perpétrés par un délinquant dont tous les aïeux sont auvergnats en recourant à l’histoire de l’Auvergne du 7ème ou du 19ème siècle ? C’est pourtant ce que font nombre d’intellectuels lorsqu’il s’agit de comprendre des populations immigrées en provenance du Maghreb. On fait comme si elles reproduisaient plus que d’autres un passé très ancien.


Or, justement, lorsque l’on s’intéresse aux histoires de ces populations, on perçoit combien les catégories ethniques et culturelles ne fonctionnent pas lorsqu’il s’agit d’expliquer et de comprendre. Les origines rurales ou urbaines, les appartenances sociales et territoriales, les conditions économiques d’existence, les histoires familiales, les contextes sociaux et urbains d’arrivée en France… nous disent l’essentiel. On a trop vite fait de mettre les comportements des immigrés sur le compte d’une culture ancienne et de présumer que cette culture est homogène.

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