Vergüenza !!!

La récente destitution du juge Baltasar Garzón est une décision honteuse pour la démocratie espagnole. Elle est en même temps le reflet d’une certaine continuité du caractère éminemment conservateur de la magistrature espagnole. Une revue suisse d'histoire du mouvement ouvrier publie un dossier où il est déjà question de l'exécution à Barcelone du pédagogue libertaire Francisco Ferrer.

La récente destitution du juge Baltasar Garzón est une décision honteuse pour la démocratie espagnole. Elle est en même temps le reflet d’une certaine continuité du caractère éminemment conservateur de la magistrature espagnole. Une revue suisse d'histoire du mouvement ouvrier publie un dossier où il est déjà question de l'exécution à Barcelone du pédagogue libertaire Francisco Ferrer.

Ce caractère conservateur de la magistrature espagnole découle aussi du fait que des magistrats parmi les plus influents ont été nommés par le Parti populaire, un parti qui n’a jamais rompu ses liens idéologiques profonds avec le franquisme dès lors qu’il s’agissait d’envisager un quelconque travail de mémoire relatif aux traumatismes et aux blessures issues de la guerre civile et de la dictature.

Comment une démocratie peut-elle accorder une telle impunité aux auteurs de crimes contre l’humanité, de disparitions forcées, d’exécutions en masse, avec plus d’une centaine de milliers de victimes ensevelies dans des fosses communes ? Comment un pays européen qui reconnaît les conventions sur les droits humains et le droit international peut-il accepter un tel déni de mémoire alors que d’innombrables victimes se trouvent ensevelies sur tout son territoire sans que leurs familles sachent où elles se trouvent ?

En réalité, la justice espagnole a manifesté depuis longtemps son caractère particulièrement conservateur. Par exemple, il y a un peu plus de cent ans, le 13 octobre 1909, c’est déjà un énorme déni de justice qui avait mis à mort le pédagogue libertaire Francisco Ferrer après la semaine tragique de Barcelone et les protestations contre la guerre coloniale au Maroc.

Dans leur toute dernière livraison, les Cahiers d’histoire du mouvement ouvrier, édités en Suisse romande, publient un dossier intitulé Justice sociale, justice de classe ? dans lequel des questions comme le rôle de la justice, son indépendance politique, l’ambivalence de ses fonctions entre répression et garantie des droits fondamentaux, etc., sont abordés d’une manière critique. Il y est bien sûr question de Francisco Ferrer, mais aussi de militants ouvriers poursuivis en Suisse pour avoir refusé de porter l’uniforme pour réprimer leurs camarades de combat, ou pour avoir choisi l’action directe contre le pouvoir dominant et ses injustices. Et ce n’est sans doute pas par hasard, au fil de ces contributions, que les cas de figure relatifs à l’exercice abusif d’une justice de classe, instrument de répression sociale, l’emportent largement sur les situations qui voient s’affirmer au contraire la notion de justice sociale.

Pour plus d’informations :

Cahiers d'histoire du mouvement ouvrier, Dossier "Justice sociale, justice de classe ?", Lausanne, Association piur l'étude de l'histoire du mouvement ouvirer & Éditions d'en bas, n° 26, 2010.

www.aehmo.org/cahiersdhistoire/25-les-cahiers-20-24-de-2004-a-aujourdhui/107-cahier26

Charles Heimberg (Genève)

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