« Faut-il renationaliser les autoroutes ? »

Privatisé depuis 2006, le réseau autoroutier français rapporte gros à ceux qui le possèdent. La proposition, portée par plusieurs candidats à la présidentielle, de mettre fin aux concessions des sociétés autoroutières avant terme à un coût, selon L'OBS. Pourtant, est-ce impossible ?

 © Bruno Dalpra © Bruno Dalpra

« Faut-il renationaliser les autoroutes ? », tel est le questionnement que soulèvent plusieurs candidats à la présidentielle de 2022. Privatisé depuis 2006, le réseau autoroutier français rapporte gros à ceux qui le possèdent. Mettre fin aux concessions des sociétés autoroutières avant terme pourrait toutefois représenter un coût très élevé pour l’Etat, introduit L'OBS dans son article du 3 octobre.

 L'ECOTAXE, UN FIASCO A PLUSIEURS MILLIARDS D'EUROS

 Souvenez-vous de l'abandon de l'écotaxe, un fiasco à 10 milliards d'euros. L'écotaxe, née lors du Grenelle de l'environnement en 2007 et qui prévoyait de taxer les poids lourds de plus de 3,5 tonnes, sur certains tronçons du réseau routier français. Elle devait entrer en vigueur le 1er janvier 2014, mais face à différents problèmes techniques ainsi qu'à la mobilisation des "Bonnets rouges" en Bretagne, elle a été suspendue en novembre 2016, par Ségolène Royal, ministre de l'Écologie de l'époque, avant d'être abandonnée en début de quinquennat d'Emmanuel Macron.

 À l'époque, selon les calculs de Stéphane Giraud, directeur de l'association écologiste Alsace Nature, « la facture s'élève déjà à plusieurs milliards d'euros ».

 En 2021, l'écotaxe est revenue dans la loi Climat et Résilience où sa mise en oeuvre est possible dans les régions frontalières, comme en Alsace par exemple, qui possède un statut particulier issu de la création de la Collectivité européenne d'Alsace (CeA).

 RENATIONALISER LES AUTOROUTES DOIT ETRE DISCUTER !

 Pour Eric Piolle, maire écologiste de Grenoble, soutien de Yannick Jadot, candidat écologiste à la présidentielle de 2022, sur son compte Facebook dit « Oui, il faut nationaliser. Après la 5G, les fermes urbaines, le RIC, construisons le débat public qui nous mènera à la victoire pour changer la vie ! » 

 Face à l'urgence climatique et sociale, l'État doit réfléchir sur les moyens nécessaires de mettre en oeuvre une politique écologique qui tient compte de la réalité du terrain, tout en veillant à ne pas pénaliser, autant que possible, les classes sociales les plus fragiles et ou dans la fourchette basse de la zone modeste.

 Dans la recherche de moyens financiers solidaires, mettre les entreprises du CAC40 à contribution, au regard des dividendes qu'elles fabriquent à contre-courant de la crise que traverse la France, notamment due à celle liée à la covid, est une piste qu'il faut oser poser sur la table.

 Ainsi, renationaliser les autoroutes, ne doit plus être tabou.

 L’exemple de Vinci au travers du GCO…

 Je vais prendre l'exemple du contournement Ouest de Strasbourg (GCO), une autoroute à péage concédé à Vinci en début 2016, pour une durée de 55 ans, en cours de construction. Engagé dans la bataille depuis 2012, d'une lutte qui dure depuis 1999, d'un projet né au début des années 1970, nous avons pu voir la collusion qui existe entre l'État et la multinationale et où on peut se demander qui commande qui. Ici, ce projet privé à concession a été imposé par l'État en septembre 2018, contre toute logique environnementale (7 avis négatifs d'organismes d'État). À qui profite le deal ?

Aujourd'hui, une entreprise comme Vinci, au travers de sa branche « concession » développe un marché qui lui rapporte beaucoup et représente 25 % de son chiffre d'affaires. Souvent, le citoyen paie deux fois : à la construction et puis, à l'utilisation. Or, cet argent que gagne les concessionnaires comme Vinci, sert surtout à fabriquer des dividendes au service de quelques-uns, sur le dos des contribuables.

 Chercher l’argent là où il est !

 À l'heure actuelle, le réchauffement climatique cause de plus en plus de dégâts à travers le monde. Les exemples nombreux de cet été 2021 sont autant de preuves que quelque chose ne va plus.

 Mettre en place des mesures écologiques demande des financements conséquents. Nous n'avons plus 5, 10 ou 20 ans devant nous. L'argent existe, il faut simplement aller le chercher là où il est. Dans les possibles :

  • le chercher dans les comptes planqués dans les paradis fiscaux
  • réduire l'enrichissement des entreprises du CAC40, à l'exemple des quelques entreprises concessionnaires dont Vinci, pesant 75 % du réseau autoroutier à péage français et qui a fait des concessions, un business lucratif, utile pour fabriquer des dividendes pour ses actionnaires.

Donc, à la question : « Faut-il renationaliser les autoroutes ? », je réponds OUI !

Le coût fait peur et pourrait faire reculer le futur président qui souhaite engager une renationalisation des autoroutes à concession. Face à l'urgence climatique et sociale, à mesure d'urgence, loi d'urgence où l'intérêt écologique de la nation est supérieur au devoir de compensation dû au PPP… à méditer !

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