Concilier l’écologie dans l’exercice du pouvoir n’est pas un long fleuve tranquille

À Strasbourg, diriger l'une des dix plus grandes métropoles de France, n'est pas un exercice facile lorsque vous défendez une idéologie politique autour de l'écologie et la justice sociale. Ces valeurs, à contresens de la politique libérale productiviste, obligent les écologistes a devoir composer avec un terrain miné où mener la transition écologique n’est pas un long fleuve tranquille…

La municipalité de Jeanne Barseghian est critiquée sur différentes décisions d'urbanisme qu'utilise une opposition malhonnête, alors qu'elle était absente sur le champ de bataille du GCO (cette image), là où les écologistes, bien seuls, étaient en première ligne. La municipalité de Jeanne Barseghian est critiquée sur différentes décisions d'urbanisme qu'utilise une opposition malhonnête, alors qu'elle était absente sur le champ de bataille du GCO (cette image), là où les écologistes, bien seuls, étaient en première ligne.

À Strasbourg, diriger l'une des dix plus grandes métropoles de France, n'est pas un exercice facile lorsque vous défendez une idéologie politique autour de l'écologie et la justice sociale. Ces valeurs, à contresens de la politique libérale productiviste d'une droite au pouvoir dans les instances locales, à la région Grand-Est ou à la Collectivité européenne d'Alsace (CeA), mais également dans de nombreuses communes en Alsace, compliquent l'exercice du pouvoir, comme c'est le cas pour la maire de Strasbourg, Jeanne Barseghian.

L’URBANISTE AU CŒUR DES CRITIQUES !

La municipalité comme l'Eurométropole, doivent faire face à diverses critiques et attaques dans un domaine où l'on retrouve fréquemment une opposition dans laquelle les militants écologistes sont souvent en première ligne : l'urbanisme.
Depuis l'accession de la nouvelle équipe municipale et la mise en place de la majorité eurométropolitaine strasbourgeoise dans laquelle elle participe activement, plusieurs dossiers d'urbanisme ont mis les écologistes en porte-à-faux par rapport à leur volonté de freiner l'artificialisation des sols. Une situation où le regard politique doit tenir compte de la nécessité de logements pour faire face à l'attractivité de la capitale alsacienne, tout en maintenant un équilibre économique.

Parmi les exemples : le projet immobilier au bois Bussière.

Un article parut le 10 octobre sous « Impuissants, les écologistes embarrassés par le bon et le mauvais "bétonnage" » dans Rue89 Strasbourg, évoquent toutes les péripéties aux quelques les écologistes eurométropolitains doivent faire face. Parmi les exemples développés, celui du projet immobilité au bois Bussière, dans le quartier de la Roberstau : 
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Conseil municipal de Strasbourg du 20 septembre 2021 – Question d'actualité © capture Conseil municipal de Strasbourg du 20 septembre 2021 – Question d'actualité © capture

" La question du bois de Bussière est assez différente. D’abord, car il s’agit de logements. Ensuite, c’est une question de transaction entre un propriétaire privé et le promoteur immobilier Nexity. Son avenir a été débattu au conseil municipal, suite à une question posée par l’opposant Jean-Philippe Vetter (LR). L’échange, assez technique, a d’ailleurs mis en exergue les limites des pouvoirs d’une municipalité. "

Pour autant, l'opposition, à la pointe du quel on retrouve Jean-Philippe Vetter, ne c'est pas privé de torpiller la soi-disant politique écologique de l'équipe municipale. Instrumentalisant une fronde légitiment des riverains. Une situation qui a poussé Jeanne Barseghian à réagir aux fausses accusations durant le conseil municipal du 20 septembre dernier où elle a lancé à l'élu LR d'avoir « l’impression que l’attachement aux zones boisées est à géométrie variable » et que « vous ne faisiez pas partie des personnes qui ont défendu les différentes forêts primaires d’Alsace dans le dernier mandat contre le Grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg ». Un argument que j'ai repris quelques jours plus tard sur mon blog.

Entre la caricature de l'écolo bobo, à vélo,
la réalité demande du temps face à une impatience qu'il faut canaliser... 

Beaucoup d’habitants, comme de nombreux observateurs, s'imaginent qu'avec une municipalité écologiste, la ville revête un manteau vert stoppant tous les projets perçus comme « des projets bétonneurs ».

La caricature d’un écologiste, c’est de prôner l’arrêt de toute construction, plus aucun arbre, ni fleurs de détruits, la fin de l'agriculture industrielle, la suppression des voitures, les camions sur les trains, la fin du nucléaire et le retour à la bougie. Seulement, l’écologie politique n’est ni pour les bobos, ni d’arrière-garde. Elle s’inscrit dans l’air du temps avec un regard plus réfléchi qui tient compte des urgences face auxquelles nous sommes confrontés (le réchauffement climatique, par exemple), dans la recherche permanente de solutions pour limiter autant que possible les nuisances et destructions d’espaces naturels et d’améliorer notre environnement.

Dans la réalité quotidienne où se trouve l’exécutif strasbourgeois et eurométropolitain, l’un comme l’autre doit composer entre les engagements de campagne et alliance politique, tout en devant les adapter en fonction des contraintes « imposées » issues de la continuité des dossiers de l’ancienne mandature ou des limites législatifs sur lesquelles ils ne peuvent pas intervenir, faute d’avoir en face d’eux, un pouvoir législateur d’opposition pas forcément en accord avec l’axe politique qu’ils défendent.

Tout ceci peut être perceptible pour un militant engagé comme moi, pas forcément compris parce que je suis un observateur extérieur et je n’ai pas accès à toutes les informations sur le fonctionnement administratif de la ville et de l’Eurométropole. Et je comprends parfaitement qu’un habitant lambda ne puisse pas avoir toutes ces données à l’esprit.
En revanche, les détracteurs/trices à Jeanne Barseghian, issu de l’opposition, connaissent parfaitement les rouages du système et les contraintes administratives auxquelles la municipalité, comme l’Eurométropole sont confrontées.

Alors oui, il y a des dossiers explosifs. Oui, il y aura encore d’autres qui vont susciter les critiques. Pour autant, mettre en doute la loyauté écologiste des équipes autour de la maire de Strasbourg est dégueulasse et malhonnête, surtout venant d’élu·es qui voudraient se faire passer pour plus écologistes que les écologistes eux-mêmes alors qu’ils/elles ont soutenu le projet de contournement Ouest de Strasbourg (GCO), destructeur de plus de 300 hectares d’espaces agricoles et naturels dont deux forêts à Kolbsheim et Vendenheim, entrainant un remembrement sur plus de 10 000 hectares.

IL RESTE CINQ ANS POUR FAIRE LE BILAN !

Il faut bien comprendre que l’exécutif de Strasbourg comme celui de l’Eurométropole n’ont pas promis l’arrêt des constructions. L’objectif expliqué dans ce texte précédemment est de limiter autant que possible l’artificialisation des sols, notamment sur de nouveaux espaces. C’est-à-dire aussi, d’être plus contraignant dans les mesures environnementales devant être mise en œuvre par les porteurs de projet pour obtenir le feu vert administratif. C’est un changement politique invisible pour les habitants. Mais un regard écologiste majeur sur le développement urbain.

Pour résumer la politique écologique et sociale d’une municipalité comme Strasbourg, dirigée par une maire écolo  : 

  1. Ils n’ont jamais dit qu’il n’y aurait plus de construction. L’objectif est de réduire l’artificialisation des sols, mais pas d’arrêter les constructions. Chaque cas est analysé. S’il doit entrainer des destructions d’espaces agricoles ou naturels, tout est mis en œuvre pour avoir des mesures environnementales garanties et écrites (cas du projet MackNext de Plobsheim). A savoir que les demandes d’autorisation d'urbanisme (1) représentent des centaines de demande par mois. 

  2. Être écologiste et engager une politique en phase avec ses idées, c’est par exemple:
  • ouvrir des 300 places d’hébergement d’urgence (200 en 2020 et 100 en 2021) alors que ce n’est pas une compétence de la ville;
  • c’est pérenniser la revégétalisation progressive des places et voter le plan Canopée (2) qui prévoit la plantation de 10 000 arbres;
  • c’est travailler aux alternatives au tout-voiture avec le développement des offres de transports en commun comme le réseau express métropolitain (REM), l’extension des lignes de tramway ou encore créer de nouvelles pistes cyclables, …
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Le cadre de vie sur l'Eurométropole de Strasbourg face aux défis climatiques et sociaux, des enjeux écologistes à mettre oeuvre tout en tenant compte de paramètres aussi varié qu'impromptu ! © eleve-administrateur-territorial.fr Le cadre de vie sur l'Eurométropole de Strasbourg face aux défis climatiques et sociaux, des enjeux écologistes à mettre oeuvre tout en tenant compte de paramètres aussi varié qu'impromptu ! © eleve-administrateur-territorial.fr

Il reste 5 ans à l’équipe municipale strasbourgeoise
autour de la maire écologiste Jeanne Barseghian pour démontrer que les faux-semblants apparents utilisés par leurs détracteurs ne sont que de la poudre de perlimpinpin et qu’engager une métropole comme Strasbourg dans l’ère de la transition écologique demande de la patience, de l’abnégation et de la persévérance, dans un travail en profondeur bien souvent, invisible aux yeux de grand public.


(1) autorisation d’urbanisme comprend : Certificat d'urbanisme, Déclaration préalable de travaux (DP), Permis de construire, Permis d'aménager, Permis modificatif d'un permis de construire ou d'aménager, Permis de démolir, Transfert d'un permis de construire ou d'aménager, Contestation d'une autorisation d'urbanisme, Taxe d'aménagement (TA), Assainissement des eaux usées domestiques… – https://www.service-public.fr/particuliers/vosdroits/N319

(2) https://www.strasbourg.eu/plan-canopee

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