L’avenir de l’agriculture en débat (suite)

Entre la multiplication des accords de libre-échange avec notamment le CETA et la reprise des négociations autour du TAFTA - au sujet desquelles un collectif de syndicats et d’associations  interpelle les gouvernements et parlementaires de l’UE (ici) - qui exposent de plus en plus l’agriculture française à la concurrence internationale et l’évolution programmée de  la PAC, fragilisée par le départ du Royaume-Uni, les motifs d’inquiétude du monde agricole ne manquent pas. Les agriculteurs français seront-ils en particulier les premières victimes du Brexit ? 

Le  budget  de la PAC - qui représente près de 40 % du budget total de l’UE -  risque en effet, dans une période de restriction des dépenses liée au départ du Royaume Uni d’être fortement réduit Les premières propositions de la Commission tablaient sur une diminution de près de 60 milliards d’euros. . . La France est de loin, le premier bénéficiaire de la PAC et toute diminution des subventions frappe de plein fouet le revenu de certaines exploitations. 

Ainsi, au titre des aides directes découplées - les aides qui ne sont pas liées à la production - environ 8 milliards d’euros sont distribuées chaque année aux paysans de France. Mais ce pactole est très inégalement réparti car il est essentiellement calculé sur la base de la superficie agricole : 1,5 % des exploitations touchent plus de 30 % du total des aides tandis que la moitié des exploitations ne perçoivent que 10% des aides. En agriculture, les aides agricoles ont cette particularité de bénéficier avant tout  à ceux qui disposent des revenus les plus élevés. Cette austérité programmée inquiète donc en particulier les plus gros d’entre eux, notamment ceux qui gèrent de grandes exploitations  et qui dictent souvent la ligne de conduite du syndicat majoritaire la FNSEA. Les agriculteurs pour des raisons historiques et sociologiques choisissent d’être représentés par un syndicat qui développe une vision libérale et productiviste de l’agriculture, un syndicat taillé pour les riches et qui abrite, comme l’a révélé Médiapart (ici), de très gros salaires. Aujourd’hui, alors même que la loi EGalim ne parvient pas réellement à rééquilibrer le rapport de force entre la grande distribution  et les agriculteurs, la FNSEA choisit de mettre l'accent sur le manque à gagner entraîné par la mise en place  de nouvelles zones de non-traitement près des habitations.

La FNSEA clame la détresse du monde agricole alors qu’elle précipite sa chute et qu’elle tend à accroître le fossé entre les consommateurs, les citoyens soucieux de leur environnement, et les exploitants. Un rapport publié l’année dernière par la Cour des comptes relevait  « une corrélation, pour les grandes cultures, entre les aides directes et des investissements excessifs au regard des gains de productivité (notamment en machines), ainsi qu’un accroissement des consommations intermédiaires, notamment d’intrants de synthèse (engrais et pesticides), avec une faible rentabilité marginale ». 

 Il faut souhaiter que la réforme de la PAC et de la distribution des aides au niveau national permette de développer une autre approche de l’agriculture. 

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