Une double addiction encouragée par le gouvernement

Cette année, les betteraves ont la jaunisse et les abeilles risquent d’en pâtir. Les betteraviers viennent en effet d’obtenir du gouvernement une modification législative - qui devrait être votée à la rentrée - permettant par dérogation d’utiliser un insecticide de la famille des néonicotinoïdes afin d’éliminer les pucerons, vecteurs de cette maladie virale. Solution de court terme.

Cette année, les betteraves ont la jaunisse et les abeilles risquent d’en pâtir.

Les betteraviers viennent en effet d’obtenir du gouvernement une modification législative - qui devrait être votée à la rentrée - permettant par dérogation d’utiliser un insecticide de la famille des néonicotinoïdes afin d’éliminer les pucerons, vecteurs de cette maladie virale qui entraîne une décoloration jaune citron des feuilles de betterave et une baisse de la productivité  pour les planteurs.

La profession craint pour la récolte à venir une perte de rendement des cultures d’environ 30%  entraînant une baisse de la production de sucre de 600.000 à 800.000 tonnes.

C’est beaucoup car, en France, les surfaces plantées en betterave sont importantes, l’industrie du sucre est un des poids lourds de l’agro-alimentaire : la filière sucre est le premier producteur européen et emploie 45 000 personnes, ce qui donne quelques points d’appui pour faire pression sur les politiques...

C’est beaucoup mais cela ne devrait pas être considéré comme une catastrophe nécessitant des mesures sacrifiant la biodiversité sur l’autel du profit des planteurs et des industriels raffineurs (comme Téréos ou Cristal Union) car nous consommons beaucoup trop de sucre.

Tous les instituts et spécialistes de l’alimentation s’accordent pour reconnaître que la consommation moyenne de sucre par habitant est beaucoup trop élevé : environ 100 g /jour/hab alors qu’elle ne devrait pas être supérieure à 50 g /jour/hab. Nous consommons trop de sucre et notamment de sucre raffiné, le plus souvent à notre insu, au détour d’un plat cuisiné ou d’une sauce toute prête, comme dans l’ensemble des pays riches.

Le sucre est une des minerais essentiels de l’industrie agroalimentaire. Extrait notamment de la betterave, c’est avant avant tout un additif utilisé dans une quantité innombrable de produits fabriqués par l’industrie et un produit addictif qui est un des principaux  responsables de cette malbouffe qui entraîne obésité, diabète, maladies cardio-vasculaires, etc. 

La consommation de sucre est dopée par les publicités en tous genres, notamment pour toutes les boissons  et les friandises sucrées à destination des enfants. Le lobbying des industriels de cette filière est particulièrement actif. 

Il y a deux ans, en 2018, lors de l’examen du projet de loi « agriculture et alimentation », un amendement visant à interdire ou limiter les messages publicitaires en faveur des  « produits alimentaires et boissons trop riches en sucre, sel ou matières grasses et ayant pour cible les enfants de moins de seize ans » sur  « tout support de communication radiophonique, audiovisuel et électronique » avait été finalement rejeté.

La surconsommation de sucre entraîne une forme d’addiction dont il est difficile de se déprendre notamment pour les enfants qui sont sous l’influence permanente de la sollicitation publicitaire. Une baisse de la production et de la consommation de sucre ne devrait  pas être regardée comme un problème mais au contraire comme une opportunité pour la santé publique. 

Mais pour tenter de maintenir les rendements des champs de betteraves dans les années à venir, le lobbying betteravier, après avoir adressé une lettre ouverte au Président de la République (lire ici), a eu une nouvelle fois raison de l’intérêt général.

Une politique soucieuse du bien commun aurait opposé un refus catégorique aux planteurs de betteraves et aux industriels de la filière sucre afin de se donner les moyens de sortir d’une double addiction :

- l’addiction des consommateurs - et en particulier des plus jeunes -  au sucre

- l’addiction des agriculteurs de la filière aux pesticides qui induit des pratiques particulièrement néfastes vis-à-vis de l’environnement, tout spécialement lorsqu’il s’agit de l’emploi de néonicotinoïdes dont la toxicité vis-à-vis des insectes pollinisateurs a été mis en évidence. 

Lutter contre ces addictions nécessiterait des efforts sans doute préjudiciables à une économie dominée  par la recherche profit mais ne pas le faire c’est assurément mener les consommateurs et les agriculteurs dans une voie qui est à terme beaucoup plus dommageable pour la société.

Le capitalisme financier qui dicte la politique gouvernementale ne connaît malheureusement que les solutions de court terme. 

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