Le jardin naturel (2)

Les composants du jardin biologique : un jardin sans pesticide

 suite du billet : Le jardin naturel (1)

  Les composants du jardin biologique

 Un jardin sans pesticide

     Les pesticides, en plus d’être couteux, sont très dommageables pour l’homme et son environnement. D’abord sur les chaînes alimentaires : détruire une espèce a inévitablement une incidence sur ses proies et ses prédateurs. Ils agissent de manière non sélective: les abeilles payent aujourd'hui un lourd tribu à l'usage de ces produits. De plus, l'usage d'engrais et de pesticides peut durablement perturber les équilibres du sol et les nappes d’eau (des résidus arriveront donc d'une manière ou d'une autre dans nos verres et nos assiettes). Rappelons enfin qu’ils sont particulièrement dangereux pour les enfants car ceux-ci sont plus près du sol.

 Quelques principes simples décrits ci-après permettent de s’en affranchir avantageusement.

 La pelouse et la tonte

Un gazon semblable à un green de golf nécessite beaucoup d’arrosage, d’engrais minéraux et d’herbicides (sélectifs, produits antimousse, …). Ils contribuent aussi à polluer la maison, car on ramène les biocides à l’intérieur avec les chaussures.

On peut obtenir une pelouse correcte sans biocides :

en tolérant les petites fleurs et le trèfle qui enrichit le sol en azote ;

en tondant à une hauteur de 6 cm au minimum pour favoriser l’herbe aux dépens des plantes basses (plantain, pissenlit, chardon) – une bonne pratique qui réduit aussi les besoins en arrosage ; 

en scarifiant le sol en automne, puis en l’engraissant si nécessaire avec du compost ;

 en choisissant un mélange de graminées ne demandant pas de traitements chimiques lors de la création d’une nouvelle pelouse ;

en utilisant les mélanges «gazon fleuri» ou «prairie fleurie» – d’origine indigène – pour les coins qui n’ont pas besoin d’être tondus toute l’année.

 On peut se passer de ramasser les tontes de pelouses si le gazon est coupé régulièrement (maximum tous les 5 jours en période de forte croissance). Il se décomposera et constituera un bon engrais, tout en freinant l’invasion des mousses. Si le gazon coupé est abondant il peut être utilisé comme paillage (voir chapitre suivant).

 © julien populin © julien populin

 

 Le paillage

 Quand l'automne s'installe, nombre de jardiniers, après avoir coupé toutes les tiges fanées des vivaces, bêchent le sol entre les plantes et les arbustes. La surface restera ainsi propre pendant toute la morte-saison. Le bêchage décompacte et aère la terre. Les gelées font éclater les mottes et la surface du sol est fine au printemps. Par ailleurs, les herbes indésirables sont enfouies.

 Si le bêchage permet effectivement de décompacter le sol sur la hauteur du fer de bêche, les couches inferieures restent tassées. Côté herbes indésirables, le bêchage fait pire que bien. Si l'on peut effectivement arracher ou enfouir des végétaux lors du bêchage, on prépare aussi un nid douillet pour les semences, celles apportées par le vent et les plus anciennes enfouies dans le sol qui, mises à la lumière ne vont pas manquer de germer.

 Gare aussi aux herbes indésirables vivaces. Le bêchage multiplie le chiendent, le liseron et l'herbe aux goutteux car chaque fragment de leurs racines engendre une nouvelle plante.

Il est parfaitement possible de bénéficier des avantages espérés du bêchage tout en laissant l'outil dans la cabane du jardin. Un paillage (ou « mulching ») d'au moins dix centimètres d'épaisseur est étendu sur le sol. Voilà l'occasion d'utiliser le compost, les tontes de la pelouse, les produits de fauche (avant la montée en graine) et les feuilles mortes récoltées au jardin. On peut encore utiliser des copeaux obtenus en broyant les branches taillées. Ce tapis va protéger le sol des lourdes pluies hivernales, empêchant son tassement. Les vers de terre qui circulent intensément sous ce matelas vont ameublir la terre en profondeur. Ils vont venir chercher l'humus du paillage en décomposition pour l'incorporer dans les couches plus profondes, l'apportant ainsi près des racines. Le paillage empêche enfin la germination des herbes indésirables. Au printemps, le parterre est meuble et propre.

 Une technique voisine du paillage consiste à disposer des cartons sur le sol. Comme le paillage ils peuvent servir de couverture au pied des arbres mais ils s’avèrent très efficace comme désherbants : oubliez le Round-up et disposez simplement des cartons sur les zones à désherber. Après quelques mois il ne reste plus rien en dessous et le sol aura été ameubli par la faune du sol ! Le même effet est obtenu avec des vieilles portes ou tôles.

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Des plantes résistantes aux ravageurs et aux maladies

Plantez tout d’abord au bon endroit ! Une plante qui requiert de l'ombre et un sol frais sera beaucoup plus vulnérable aux maladies et aux ravageurs si vous la plantez en plein soleil et dans un sol sec. Mais même dans de bonnes conditions, certaines plantes demeurent sensibles. La meilleure solution est de les remplacer par des végétaux plus robustes et notamment les plantes indigènes (=qui poussent à l’état sauvage dans la région).

 

Attirer les prédateurs naturels

On peut aussi favoriser les prédateurs naturels de nos ravageurs. Il y a le bien connu hérisson (qui se nourrit de limaces, de chenilles et de petits invertébrés), les coccinelles indigènes (un adulte dévore 80 à 150 pucerons par jour) mais aussi les moins connus comme le forficule (perce-oreille), prédateur nocturne des pucerons, petites chenilles et cochenilles, et le chrysope (de mai à septembre) dont la larve consomme en 2 à 3 semaines 500 pucerons et 10.000 acariens. Les auxiliaires seront présents si le jardin est riche et diversifié. On visera à les attirer, mais surtout à les maintenir en leur offrant nourriture (plantes indigènes mais proies aussi), abris (un tas de branchage à l’abandon, un vieux mur et ou un tas de grosses pierres, une zone sableuse ou de terre nue, etc.) ou en leur construisant des abris ou nichoirs.

 

La lutte mécanique

Si les différents systèmes de paillage ou les plantes couvre-sol ne suffisent pas pour éliminer des herbes indésirables, une intervention mécanique

 © julien populin © julien populin
peut s’avérer nécessaire: la chaleur (eau bouillante ou désherbeur thermique), le piétinement ou la tonte fréquente (contre orties et chardons).

 

Éliminer les sources de contamination

On peut prévenir ou du moins atténuer certains problèmes en respectant quelques règles :

Désinfecter régulièrement (avec de l’alcool) les outils pour éliminer les bactéries, les virus ou les spores de champignon qui se transmettent d'une plante à l'autre ;

Eliminer les débris de végétaux atteints d'une maladie ou infestés de ravageurs. Attention à ne pas les déposer sur le compost.

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dans le prochain billet : Le potager biologique

 

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