"L’an 1 de l'agro-écologie" ignore les abeilles

Le mercredi 4 février dernier, Manuel Valls et Ségolène Royal présentaient devant le Conseil National de la transition écologique leur plan d’action pour « bâtir le modèle environnemental français ». Comme à l’accoutumée, le Premier ministre était  particulièrement déterminé, volontaire, presque lyrique

Le mercredi 4 février dernier, Manuel Valls et Ségolène Royal présentaient devant le Conseil National de la transition écologique leur plan d’action pour « bâtir le modèle environnemental français ». Comme à l’accoutumée, le Premier ministre était  particulièrement déterminé, volontaire, presque lyrique, plaidant pour « l’urgence et la responsabilité », annonçant « une profonde transformation de nos modes de vie » et un nouveau paradigme qui devrait « rayonner en Europe et dans le monde » ; Manuel Valls s’était subitement transformé, pour l’occasion,  en « Robin des bois » de l’écologie.         La communication gouvernementale ne recule plus devant aucun paradoxe car s’il est un domaine où l’échec de la politique « socialiste » est aussi patent qu’en matière économique c’est bien celui de la protection de notre environnement. Là aussi, les promesses, les engagements, les annonces sont restés lettre morte. Comment peut-on espérer un nouvel esprit – ce serait cette fois l’esprit du 4 février ! – dans ce domaine ? Le jour même de cette réunion censée « préparer un monde différent pour la et les générations qui suivront », une proposition de résolution déposée au Sénat par le sénateur Joël Labbé (http://www.joellabbe.fr/pour-un-moratoire-europeen-sur-les-neonicotinoides/) demandant au gouvernement d’agir auprès de l’Union Européenne afin d’interdire l’usage des pesticides néonicotinoïdes  ( fortement soupçonnés d’être des perturbateurs endocriniens et de décimer les populations de pollinisateurs et en particulier les abeilles) a été massivement rejetée après l’intervention du ministre de l’agriculture Stéphane Le Foll venu affirmer en séance son opposition au vote de cette résolution. Lors de la Conférence environnementale du 27 novembre dernier, François Hollande avait pourtant rappelé qu’ « une grande attention doit être portée à la situation sanitaire des pollinisateurs, des pesticides, et des perturbateurs endocriniens ».  Cette attention semble singulièrement faiblir alors même que les tonnages de produits phytosanitaires épandus sur les cultures ont sensiblement augmenté en France entre 2009 et 2013 ( de 5% en moyenne et même de 9,2% entre 2012 et 2013) malgré l’ objectif de réduction d’utilisation de 50% à l’échéance 2018 fixé par le plan ECOPHYTO 2018. La France est le plus gros consommateur de pesticides d’Europe.

La position de Stéphane Le Foll est d’autant plus choquante et malvenue  qu’elle fait suite au lancement, le 30 janvier dernier, du plan ECOPHYTO 2 qui réaffirme l’objectif de la première version -mais à l’horizon 2025- dans le cadre de « l’an1de l’agro-écologie », rien de moins ! C’est décidément une grande loi de ce quinquennat : une communication  tapageuse sert à camoufler les échecs cuisants et les intentions non avouables. Derrière l’esbroufe et l’emphase, la politique est souvent minimaliste. Car ce nouveau cap agro-écologique qui prévoit de changer les pratiques agricoles en profondeur n’exclut pas le réalisme : il devra « concilier la performance environnementale de l’agriculture française tout en gardant bien à l’esprit sa performance économique et sociale  ». C’est sans doute pour respecter les intérêts économiques et sociaux de partenaires aussi puissants que la FNSEA et l’UIPP ( Union des Industriels de la Protection des Plantes)  que le ministre préfère favoriser une agriculture dispendieuse, utilisatrice d’engins pulvérisateurs et de pesticides, même si ce modèle compromet à terme l’assistance gratuite, opérationnelle, précise et corvéable à merci des abeilles. A l’autre bout de la chaîne, les consommateurs en paieront le prix, que ce soit en terme de santé  mais aussi, de façon plus immédiate et plus prosaïque, par le biais de leurs factures d’eau puisque le dernier rapport de la Cour des comptes démontre que le principe du pollueur-payeur rejoint la grande collection des mythes républicains : ce principe « a reculé » et « ceux dont l’activité est à l’origine des pollutions graves ne sont pas sanctionnés en proportion des dégâts qu’ils provoquent ».

L’an 1 de l’agro-écologie, tout comme le plan de transition écologique et énergétique, paraissent bien mal partis. Les circonstances pourraient leur être favorables, avec notamment la tenue de la Conférence climatique à Paris au mois de décembre prochain, mais les hommes qui les ont portés sur les fonds baptismaux ne peuvent forcer leur nature : ce sont des adeptes du green-washing et du capitalisme vert ; pour eux, la protection de notre environnement sera assurée par la technique et non pas par la refondation de notre économie. L’écologie doit être le nouvel eldorado de nos industriels et de la société de croissance. Et le doute n’est pas permis.

                                                                                                 

 

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