Le monde en marche contre Monsanto

Ce samedi, un peu partout dans le monde, des citoyens ont participé aux marches contre la société Monsanto et pour la souveraineté alimentaire.

Ce samedi, un peu partout dans le monde, des citoyens ont participé aux marches contre la société Monsanto et pour la souveraineté alimentaire. Les deux combats sont en effet intimement liés tant les OGM et les pesticides, commercialisés par les firmes agrochimiques  et notamment par Monsanto, constituent  l’obstacle le plus considérable au développement d’une agriculture paysanne permettant de nourrir les populations plutôt que d’engraisser des animaux en batterie et les actionnaires des fermes industrielles.

Ce combat prend cette année une résonance particulière depuis le classement du glyphosate, la substance active du Round-Up de Monsanto, dans la catégorie « cancérigène probable » par le Centre international de recherche sur le cancer ( CIRC), le 20 mars dernier. Le glyphosate est le pesticide le plus utilisé dans le monde (la France en consomme environ 8000 tonnes par an) et l’on trouve désormais fréquemment du glyphosate dans les urines ou le lait maternel, notamment aux Etats-Unis.  La récente décision de la Commission européenne d’autoriser l’importation et la commercialisation de dix-sept OGM dont onze brevetés par la transnationale Monsanto, parmi lesquels le fameux NK 603 tolérant au Round-up et mis en cause par le professeur Séralini (lire ici), est donc un véritable scandale de santé publique. Le glyphosate est actuellement en cours de réévaluation au niveau européen mais parmi les experts composant le comité chargé du dossier (il s’agit du Bundesinstitut für Risikobewertung qui est le comité allemand d’évaluation des risques sanitaires) un tiers sont directement salariés par des firmes de l’agrochimie ou appartenant au secteur des biotechnologies.

L’UE, notamment dans la perspective de la signature du traité TAFTA, représente un marché important  pour les transnationales américaines. Les protestations de Monsanto  contre la décision du CRIC – la firme a qualifié de « science poubelle » les travaux de recherche de l’agence – risquent fort d’être suivies par une campagne de lobbying agressive à destination de toutes les instances susceptibles d’avoir une influence sur la commercialisation de ses produits. Les  institutions européennes et notamment la Commission  n’ont malheureusement pas fait la preuve jusqu’à présent d’une indépendance et d’une probité permettant aux citoyens de consommer «tranquille». Le bien-être des citoyens tend à s’aligner sur le bien-être animal : il sera bientôt défini par un cahier des charges élaboré à Bruxelles et soumis à des normes technocratiques indépassables. Les experts, sous influence, sont finalement souverains pour imposer le moule convenant à leurs mandants. Les manifestations pour s’opposer aux négociations  sur le grand marché transatlantique sont ainsi systématiquement sévèrement réprimées.

Les marches contre Monsanto du week-end ont permis aux citoyens d’exprimer à nouveau leurs inquiétudes légitimes ; il faut essayer de  soumettre  la Commission européenne à l’exigence démocratique, particulièrement vive et pertinente dans le dossier des OGM, du traité TAFTA, et de la souveraineté alimentaire. 

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