Jys le Marseillais part en guerre contre les décharges sauvages

L'humoriste Jys le Marseillais fait le buzz sur les réseaux sociaux. Près d'un demi-million d'internautes ont relayé en moins de 5 jours son coup de gueule « fleuri » sur les décharges « sauvages », de pneus et de gravats, de véhicules désossés, abandonnés sur la voie publique. L'humoriste tenait une réunion sur ce thème jeudi 10 août dans une brasserie de la place Castellane.

Jys le Marseillais © Affiche du spectacle Jys le Marseillais © Affiche du spectacle


L'humoriste Jys le Marseillais avait donné rendez-vous « aux personnes intéressées » jeudi 10 août dans une brasserie de la place Castellane (6e arr.) pour « pour discuter du projet et voir ce que l'on doit faire pour la suite. »
Il mène une campagne contre le sans-gêne et l'incivisme de quelques « professionnels » qui pourrissent le cadre de vie de centaines de milliers de Marseillais, et donnent de Marseille l'image d'une ville poubelle.
Quelques jours auparavant, le journal La Provence et la radio nationale France Inter avaient fait chorus à son indignation, partagée par de nombreux Marseillais. Même le Le Huffington Post (Huffpost en association avec le groupe Le Monde) a consacré un article à son combat.
"Ça, ça a été déposé cette nuit : du siporex du placoplâtre, ce sont des professionnels qui ont déposé ça. Vous avez également de l'huile, c'est une entreprise juste à coté qui a l'a déchargé, tranquille, devant tout le monde. Là vous avez un carrossier qui dépose toutes les pièces destinées à la poubelle" (France Inter, jeudi 10 août).
Sans mâcher ses mots, Jys le Marseillais affirme dans une vidéo visionnée par plus de 40 000 internautes à ce jour, « qu'il n'y a aucun respect à avoir pour ces gens : flagrant délit : 2000 euros d'amende et 2 mois de prison ferme... mais en France, on a pas les couilles d'aller aussi loin... »
Monique Cordier, l'adjointe au maire LR de Marseille, déléguée aux Espaces Naturels, Parcs et Jardins, Développement Durable, Plan Climat, était présente à la réunion, comme Alexandre Schilling, l'adjoint au maire LR des 6e-8e arr. et délégué à la Propreté, au Tri sélectif et à la Lutte contre le bruit.

Alexandre Schilling et Monique Cordier © Jys le Marseillais Alexandre Schilling et Monique Cordier © Jys le Marseillais

Si son ton est calme et mesuré, Monique Cordier n'en reste pas moins très déterminée dans sa lutte contre les « délinquants des déchets », comme elle les désigne. « Elle vient de déposer neuf plaintes ... » Elle a entrouvert au cours de la réunion quelques dossiers très édifiants, avec des photos horodatées.
Elle dénonce les garagistes qui jettent des pneus usagés dans la rue : «  ils refusent de payer pour les laisser dans une déchetterie. »
«  Ces pneus, on en trouve partout. Pas simplement quartier de la Capelette (10e arr.) mais aussi à Sainte-Marthe (14e arr.), à la hauteur de l'arrêt de bus Gibbes... juste en face d'un atelier de réparation d'automobiles, fait remarquer une personne dans la salle. »
Bien sûr, l'atelier de réparation est présumé innocent.
Le grillage a été enfoncé il y a deux ans, des pneus ont été jetés ainsi que d'autres déchets. Depuis la végétation les a recouverts et d'autres détritus se sont accumulés sur le trottoir.. Circonstance aggravante, les entrepôts du Marché d'Intérêt National des Arnavaux sont maintenant limitrophes à cette décharge (ils ont été déplacés pour permettre le passage de la L2), il serait temps de s'occuper... du « débroussaillage » !
Que risque au pire les délinquants ? « Une amende de 7 500 euros et la prison en cas de récidive... mais le plus dur c'est de les prendre les délinquants sur le fait », répond Monique Cordier.
Pour Alexandre Schilling, «  La lutte contre les décharges illicites est un combat de tous les jours. Avec Monique Cordier on a décidé de réorganiser les bacs poubelles dans les rues Poggioli et rue des Trois Rois du mythique Cours Julien pour lutter contre les jets sauvages et faciliter le nettoyage du pourtour. C'est une action parmi tant d'autres. Les choses avancent avec le soutien du CIQ, d'habitants et de commerçants. »
Du nord au sud de la ville, des élus se sont manifestés pour soutenir le lanceur d'alerte dont ils partagent « le ras le bol, qui est celui de tous les Marseillais », pour reprendre les propos de Samia Ghali (PS). Elle l'a reçu dans son cabinet à la mairie des 15e-16e. « L'échange a été constructif et chaleureux. Des démarches ont été entreprises auprès des services de la Métropole pour que les points noirs identifiés soient nettoyés dans les plus brefs délais comme nous le faisons à chaque signalement », peut-on relever sur sa page Facebook.
Cette délinquance a un coût pour la collectivité. Pas simplement le manque à gagner pour les déchetteries !
Elle n'empoisonne pas que la vie des habitants.

Indépendamment des procédures administratives (en matière de dépôt sauvage, si le maire reste inactif, il commet une faute lourde de nature à engager la responsabilité de la commune), la mise en œuvre de sanctions pénales à l’encontre des auteurs de dépôts illicites est possible puisque le code pénal prévoit des contraventions de police (R632-1: abandon de déchets ou de matériaux sur un lieu public ou privé et R635-8: infraction prévue à l’article R632-1 commise à l’aide d’un véhicule).
Les procédures sont longues et complexes. 
À l'issue de cette réunion « constructive » qui a duré près de 3 heures dans la brasserie de la place Castellance, plus d'un participant est reparti en se demandant « si ces incivilités sont justement appréciées » par les services du procureur de la République. Allant jusqu'à souhaiter des « réquisitions sévères » devant le tribunal correctionnel en cas de récidive.

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