Réunion d'En Marche !  aux Martégales © Philippe Léger Réunion d'En Marche ! aux Martégales © Philippe Léger
Ces sujets sont manifestement au cœur des préoccupations personnelles et citoyennes, comme le prouvent les nombreuses questions posées par les participants aux deux référents du mouvement « En Marche ! »
Un homme, une femme. Le mouvement semble très vigilant sur la parité. Le premier référent s'est présenté comme étant « Hassène, responsable du Mouvement « En Marche ! » dans les Bouches-du-Rhône. »  Dominique Giner Fauchoux, elle, est « cheffe d'entreprise (plusieurs salariés). Au sein de la mairie du 2e secteur, elle officie comme Adjointe d’Arrondissements Déléguée au Commerce, à l’Artisanat et au Tourisme. »

Un public exigeant
Malgré le week end Pascal et une journée ensoleillée, la réunion a fait carton plein. Faute de sièges en quantité suffisante, beaucoup de participants sont restés debout au fond de la salle, adossés au mur. Les questions ont été extrêmement précises... et leurs auteurs ont exigé des réponses tout aussi précises ! On a appris qu'un « couple avec des enfants gagnant 5000 euros par mois ne paierait pas la taxe d'habitation. » D'une manière plus générale, la taxe d'habitation sera supprimée pour 80% des personnes aujourd'hui assujetties.»
Si on peut tenir comme assurée l'augmentation de 100 euros de l'aspa (allocation de solidarité aux personnes âgées), l'augmentation des retraites à peine plus élevées ne semble pas au programme. Cette lacune a été ressentie comme une injustice. « Nous allons porter le problème au niveau national », ont assuré les référents.

De gauche à droite : Lisette Narducci - Dominique Giner Fauchoux - Didier Dallari © Philippe Léger De gauche à droite : Lisette Narducci - Dominique Giner Fauchoux - Didier Dallari © Philippe Léger

La France compte aujourd'hui 15,3 millions de retraités et le montant moyen de la pension de 1 256 €, selon la Drees - Direction de la recherche, des études, de l'évaluation et des statistiques. Ce montant moyen cache une énorme disparité entre hommes et femmes. En France, le montant moyen de la pension pour une femme s'élève à 932 euros mensuels, contre 1.603 euros pour un homme... Majoritaires parmi les retraités (7,9 millions contre 7,4), les femmes touchent des pensions nettement plus faibles que leurs homologues masculins. Cette différence reflète celle du monde du travail : dans le privé, à travail égal, une femme est moins payée qu'un homme... "l'égalité" républicaine ? En moyenne : moins 41, 8%. On est loin de l'égalité scandinave ! Là aussi, la France a une marche à faire pour rattraper son retard !
On a aussi parlé de la 
«représentation unique dans l'entreprise, de la simplification des prudhommes ; de la baisse des cotisations sociales ; de l'augmentation du salaire net ; d'une justice sociale se conjuguant avec l'efficacité et aboutissant à donner au smicard l'équivalent d'un 13e mois. La négociation sociale sera encouragée au plus près du terrain... Au-delà d’un socle de règles définies par la loi - durée légale du travail, salaire minimum... les accords majoritaires d’entreprise ou de branche primeront.Quel que soit le statut (salarié(e) ou indépendant(e), on sera couvert par l'assurance chômage. Le salarié aura un droit à la démission après 5 années dans l'entreprise. On en finira ainsi avec l'hypocrisie du licenciement convenu ou l'imposture du congé maladie qui pèse sur les comptes de la sécurité sociale et trouve le plus souvent son épilogue devant les Prud'hommes. » 

Hassène, responsable du mouvement En Marche ! dans les Bouches-du-Rhône © Philippe Léger Hassène, responsable du mouvement En Marche ! dans les Bouches-du-Rhône © Philippe Léger

 Sécurité : les référents ont évoqué « la création d’une nouvelle police de sécurité quotidienne qui garantira la tranquillité de tous au plus près du terrain, grâce notamment à l’embauche de 10 000 policiers et gendarmes supplémentaires.»
L'éducation a monopolisé une bonne partie du temps. Dans le 2e secteur de Marseille, on accorde la plus grande attention aux équipements sportifs et aux écoles. On a aussi évoqué le système éducatif, parlé des écoles publiques et privées, de formation permanente, de Pôle Emploi... Faute de temps, tous les aspects du sujet n'ont pas été traités « il est trop vaste, nous a confié Dominique Giner Fauchoux à l'issue de la réunion. Le public est très demandeur d'informations, le sujet sur l'éducation mériterait à lui seul une réunion. » Selon elle, « pour la culture les enjeux sont énormes. Priorité à la démocratisation : pass culture de 500 € attribué à tous les jeunes à 18 ans pour l'achat de biens culturels dans l'espace numérique et ouverture des bibliothèques le soir et le dimanche... et nous sommes encore loin d'avoir épuisé le sujet, surtout avec la culture dans le numérique ! »

Les candidats de la présidentielle passés en revue par Lisette Narducci, maire du 2e secteur de Marseille
En préambule, Lisette Narducci, maire du 2e secteur (2e arr. et 3arr.) a tenu des propos qui ne manquaient pas d'intérêt non plus.

« 
À droite, Fillon n'assume pas ses échecs, renie le quinquennat Sarkozy auquel il a participé comme Premier ministre, et refuse d'assumer sa part d'héritage :1 million de chômeurs... Et puis, tout en écrasant les Français sous les taxes, sa politique a aggravé les déficits. Pourquoi voulez-vous que ce candidat, qui se présente comme le chevalier blanc qui va sauver notre pays, fasse demain ce qu'il n'a pas fait en 5 ans ? »
Le candidat Hamon n'a pas trouvé grâce non plus à ses yeux. Elle s'est interrogée sur le « revenu universel », la « 
mesure-phare » du candidat socialiste « frondeur » : « est-ce là toute l'ambition qu'on a pour notre jeunesse et la France ? Au lieu de mettre le travail, l'emploi et la formation au centre des politiques prioritaires, on donne un petit revenu à ceux qui n'ont pas envie de se lever le matin... Ce n'est pas notre vision ! Et puis, comment finance-t-il ce projet à 400 milliards d'euros ? Il préconise, entre-autre, la légalisation du cannabis... je suis farouchement contre (applaudissements). Quelle sera l'étape suivante... la légalisation des armes ? »

Mélenchon ou le fantôme de Pepper
Continuant sa revue de détail, elle passe à Mélenchon dont elle juge le programme « utopiste », « d'un autre temps ». Elle l'exécute d'une boutade : « C'est un orateur hors-pair, un séducteur, mais pour son redressement la France n'a pas besoin d'un homme de spectacle mais d'un dirigeant ! » (nouveaux applaudissements).
Jamais à court d'idées, Mélenchon innove cette semaine avec un « one-man-schow » doublé de six "
hologrammes"  aux quatre coins de la France. Il le prétend. En fait ce ne sont pas des hologrammes ! La technique, inventée au 19e siècle, est connue sous le nom de "fantôme de Pepper". Elle consiste à projeter une image sur une vitre transparente. Aujourd'hui, un écran électronique, qui n'affiche que sa personne, tient lieu de vitre et laisse passer la lumière là où il n'apparaît pas.  Voilà un bonimenteur qui n'aura pas trop de mal à se reconvertir dans le spectacle à l'issue des élections ! 
Quant à Madame Lepen, Lisette Narducci considère que « 
c'est une illusionniste qui entraînerait la France vers le chaos si elle était élue. Gérées par le FN, Marignane, Vitrolles... Toulon (le public lui souffle le nom de la ville), se sont retrouvées au bord de la faillite. Aujourd'hui, à Cogolin, les élus FN du Conseil Municipal démissionnent en bloc. C'est pareil dans le 7e secteur de Marseille où 6 élus ont jeté l'éponge après avoir dénoncé la gestion de leur maire. »
Notre région n'est pas la seule concernée par ces défections qui manifestent une défiance et un rejet du FN par des personnes élues sur ces listes. Selon un décompte de l’AFP, environ 28% des conseillers municipaux frontistes élus en 2014 ont aujourd'hui démissionné, soit environ 400 élus, sur 1 500 en France (*).
Le point de vue de la maire du 2e secteur de Marseille, donné à une semaine du premier tour, a semblé largement partagé par les participants. 

Vers une refondation de la Ve République ?
Le projet initial du mouvement En Marche ! est devenu aujourd'hui un programme. Il s'est construit avec « 
plus de 30 000 Françaises et Français de tous milieux sociaux, de tous âges, dans tous les territoires de France, au cours de 3 000 ateliers des comités locaux. Des centaines d’experts ont donné de leur temps et de leur expérience. »
La participation des citoyens à l'élaboration d'un programme présidentiel n'est pas anodine. Elle est inédite.
Les législatives, elles-aussi, s'annoncent du même tonneau. Plus de la moitié des 577 candidats présentés par que le mouvement « En Marche ! » ne seront pas des pros de la politique. 
« Au moins la moitié des candidats viendront des entreprises, des associations, de la société civile, ce seront des artistes, des professeurs d'université, des enseignants, des médecins, des retraités, des étudiants, des femmes et des hommes qui ont une légitimité en acte et qui veulent prendre des responsabilités...  » a confirmé Emmanuel Macron lors de sa venue à Marseille début avril.
La génération de mai 1968 serait-elle sur le point de céder le pas à une génération mieux préparée, ouverte sur un monde qui a changé profondément en un demi siècle ? Notre pays est-il sur le point de connaître une alternance véritable, profonde, rassemblant la société civile et la société politique ? Serait-il sur le point de surmonter l'échec du fondateur de la Ve République, le  général de Gaulle, qui a démissionnét en 1969 après avoir perdu le référendum sur la réforme du Sénat et la régionalisation, sonnant ainsi le glas de la « participation » ?
Une présidence de Macron ne renverserait donc pas la table comme on pourrait le craindre avec une présidence de Lepen ou celle de l'altermondialiste Mélenchon.
La présidence du fondateur du Mouvement En Marche ! redonnerait au contraire un nouvel élan, une nouvelle vigueur et, surtout, une légitimité populaire aux institutions d'une Ve République qui semble aujourd'hui, avec ses institutions sclérosées, à bout de souffle. 

(*) « Au début j’étais convaincu, on m’a fait venir, on m’a dit : 'on a besoin de gens comme toi. On va réussir à changer les choses, en mieux'. Et puis ce n'est que longtemps après qu’on comprend que tout ça c’est une grande supercherie. Derrière ça, il n’y a que des gens opportunistes, qui sont là pour se remplir les poches. Parce que j’ai vu comment fonctionnait le Front National à l’intérieur"(propos de Damien Bourgois, adjoint au maire d'Hayange, relevés par le journaliste Aurélien Colly).
Dans le film « Chez nous » , film joué fin mars au cinéma Les Variétés, en avant-première des 8e Rencontres du Cinéma Européen 2017* (Marseille du 4 au 11 avril et Gardanne du 8 au 12 avril), le réalisateur, Lucas Belvaux, dévoile les techniques marketing et publicitaires au service de la politique, mais aussi les relations dangereuses, les procédés sordides, mis en œuvre par les dirigeants nationaux d'un parti populiste à la conquête d'une ville qui ressemble, comme deux gouttes d'eau, à la commune ouvrière d'Hénin-Beaumont. 
Les "grands" dirigeants du FN sont le plus souvent ignorants des codes locaux et des réalités économiques et sociales de la France profonde. Ils se font piloter par des notables locaux acquis à leur cause, qui leur présentent comme têtes de liste des personnes de bonne renommée... totalement candides en politique.
Comme on le découvre avec l'interview de Lucas Belvaux réalisée dans le hall du cinéma les Variétés par Gérard Chargé (réalisateur et directeur de Ciné Zooms) et votre serviteur, « Chez nous » est un film salutaire sur le discours populiste. Il montre aussi que sous la cendre la braise est toujours ardente. La vidéo est ici

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