Expulsion du campement des Coquetiers: lettre ouverte au Défenseur des Droits

Parce que l'an dernier nous avions à déplorer la mort de 15 enfants, pour la plupart survenus dans des familles expulsées à répétition de campements illégaux.La situation des personnes qui vont être expulsées du camps des Coquetiers à Bobigny est différente. Mais quel accompagnement leur est donné pour accompagner leur expulsion d'un lieu où ils sont insérés ?

Parce que l'an dernier nous avions à déplorer la mort de 15 enfants, pour la plupart survenus dans des familles expulsées à répétition de campements illégaux.

La situation des personnes qui vont être expulsées du camps des Coquetiers à Bobigny est différente. Mais quel accompagnement leur est donné pour accompagner leur expulsion d'un lieu où ils sont insérés ?

Lettre ouverte au Défenseur des droits
7 rue Saint-Florentin
75409 Paris Cedex 08

 Monsieur le Défenseur des droits,

Nous vous adressons cette lettre ouverte, ultime appel de personnes en souffrance, pour défendre leurs droits. Notre démarche est celle de citoyens qui pensent que les valeurs de la République s'adressent à tous.

Le bidonville de la rue des Coquetiers, à Bobigny, où vivent depuis des années plus de 90 familles roumaines et bulgares, va être évacué dans les prochains jours, pendant les vacances scolaires. A la rentrée les copains de classe verront de nombreuses tables et chaises vides.

A Bobigny, le taux de scolarisation est particulièrement élevé. Malgré les discours que l'on peut entendre, les parents veulent permettre à leurs enfants de s'intégrer. Grâce à ce haut niveau de scolarisation, l'évacuation de ce bidonville fait l'objet d'une démarche d'accompagnement, fait exceptionnel en Seine-Saint-Denis. ADOMA va proposer à une trentaine de familles ayant des enfants scolarisés des solutions de relogement.

Les appartements-foyers proposés se trouvent tous hors Ile-de-France, souvent très loin. Pourquoi pas, si cela permet de quitter un bidonville ?  Mais quel cas fait-on des démarches d'insertion effectuées ici, des réseaux familiaux et de solidarité si essentiels à la survie des habitants ? Certes l'école existe partout en France, mais certains élèves ont commencé des CAP, d'autres sont dans des classes d’accueil indispensables pour la réussite scolaire des enfants et très rares en province. Ne pouvait-on vraiment pas attendre la fin de l'année scolaire ?

Cette évacuation brutale, dont les habitants n'ont même pas été avertis par les autorités ou la police, va rendre illusoire l'avancée réelle qu'auraient pu constituer ces propositions de relogement. Comment, en si peu de temps, mettre en place un accompagnement social sérieux ? Pourquoi initier une mission de relogement pour un certain nombre de familles et procéder aussitôt à une évacuation qui ne permet pas de la conduire dans des conditions satisfaisantes ?

Les familles ont ainsi à choisir entre la rue et l’acceptation d’un logement dont elles ignorent tout, dans un ailleurs inconnu. Et ce logement n'est attribué que pour un an au maximum. Un an, ça leur paraît trop court pour s'adapter à un environnement entièrement nouveau. Le risque est grand que de nombreuses familles refusent ces propositions, tout en étant conscientes qu'elles n'auront plus accès à un seul dispositif social. L'administration pourra ainsi mette en avant “que ces personnes ne peuvent s'intégrer dans notre pays" après avoir créé elle-même les conditions de ce refus.

Et que dire de toutes les familles qui ne sont pas retenues dans le dispositif (une large majorité, dont plusieurs elles aussi avec des enfants scolarisés) ? Une fois de plus nous serons confrontés à une politique de destruction aveugle rejetant à la rue des mères avec des bébés dans les bras et condamnant à l'errance des vieilles personnes suivies pour des pathologies lourdes, aux liens sociaux brisés, aux années de médiation sanitaire anéanties.

Ou plutôt nous n'y serons pas confrontés : les évacuations se font aujourd'hui dans l'indifférence générale, comme si les habitants des bidonvilles « avaient vocation » à être privés de leur domicile, du peu qu’ils avaient pu construire, de leurs droits fondamentaux. 

Une "Charte pour le respect des droits et de la dignité des occupants de terrains", fruit d'un travail approfondi et collaboratif de juristes et des grandes associations humanitaires, a fait l'objet mercredi dernier d'une présentation à la Fondation Abbé Pierre et a été présentée samedi matin sur le terrain des Coquetiers par Amnesty International. Pouvez-vous accepter que notre République bafoue ouvertement chacun des 19 articles qui la composent, tous issus de nos textes juridiques fondateurs ?

Nous sommes convaincus que vous n’accepterez pas cet énième affront fait à votre mission et que vous interviendrez avec vigueur pour que l’Etat se donne le temps et les moyens d’offrir la meilleure solution possible à l’ensemble des familles occupant ce terrain, en ce qui concerne tant le relogement que l’accompagnement social indispensable et la continuité effective de la scolarité des enfants.

Nous croyons que notre République repose sur le respect des droits fondamentaux, et c'est dans ce contexte que nous sollicitons votre intervention en défense des droits de citoyens de la Communauté européenne

Bobigny, 19 octobre 2014

 Signataires :

Les Enfants du Canal, RESF 93, MRAP 93, LDH 93, Secours Catholique 93, ASET 93, Collectif de soutien aux Roms et Bulgares de Bobigny, Collectif de soutien aux familles Roms d’Aulnay, Réseau 1427 de soutien avec les rroms de Saint Denis, Collectif Les Morts de la Rue

 

Collectif les Morts de la Rue
En interpellant, en honorant ces morts, nous agissons aussi pour les vivants !


 

 

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