Mai 68: plus de 300 témoins anonymes ont répondu à l’appel

Un appel dans le Club, une adresse mail et un ouvrage à paraître le 22 mars prochain qui vise à repenser Mai 68 contre la mémoire officielle, grâce au recours aux témoignages de ceux qui ont fait l'événement mais que l'on n'entend jamais raconter leur Mai 68. Mediapart et Les éditions de l’Atelier vous proposent dans le Club un rendez-vous hebdomadaire dans le cadre du cinquantenaire de Mai 68.

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Encore un bouquin sur les événements de 68. Un de plus. On peut jouer les blasés, les rabat-joie et voir ce travail par le petit bout de la lorgnette historique. Avant de le remiser sur la pile. Ce serait une erreur d’appréciation pour cette élaboration singulière. Ce livre original n’est pas un conte merveilleux ou fantastique qui commencerait par "il était une fois". Mais un ouvrage collectif nourri par le vécu et les histoires d'anonymes de Mai 68, résultat d’une collecte participative via le Club Mediapart, tiré à 10 000 exemplaires et distribué dans 1000 librairies.

Tout a commencé par un billet et un appel à témoignages pour aboutir à un livre dont la parution est fixée au 22 mars 2018 avec une présentation lors d'un colloque dans les locaux de la fac de Nanterre. Tout un symbole ! Loin des images d’Epinal, des débats et rétrospectives, cette publication, fruit de la sélection de plus de 2 000 pages de textes reçus lors de cette collecte, a été orchestrée par trois universitaires spécialistes de Mai 68 : Christelle Dormoy-Rajramanan ; Boris Gobille; Erik Neveu

En la matière il n’existe aucune règle. L’idée séduisante de solliciter les anonymes, les inconnus qui ont vécu mai 68 qu’ils soient abonnés ou pas relevait de la gageure. Car cet appel pouvait devenir lettre morte. D’où une somme d’interrogations. L’adresse mai68parceuxquilontfait@editionsatelier.com ouverte à cet effet allait-elle être le réceptacle de nombreux "documents" d’anonymes ou rester vide ? Plus de 320 témoignages seront finalement reçus entre juin et mi-septembre 2017 (dont des photos, des tracts, des affiches...). Et 500 messages divers sur la boîte mail… Un véritable trésor mais un flux qu’il a fallu analyser, trier et sélectionner. Un travail de fourmi pour dénicher les pépites qui deviendront archives après la parution du livre.

Mais revenons à la genèse. Remontons le temps jusqu’à l’idée originelle. « Cet ouvrage vise à repenser Mai contre la mémoire officielle, grâce au recours aux témoignages de ceux qui ont fait l'événement mais que l'on n'entend jamais raconter leur Mai 68. L'intention est de sortir d'une histoire édifiante, racontée par des "héros" ou des "vedettes", et de faire vivre la multiplicité des expériences, engagements, ébranlements, luttes, déceptions, joies, tristesses, espoirs, emballements, déplacements, etc., suscités par Mai-Juin 1968, à la fois dans l'instant et dans la longue durée personnelle, familiale ou collective » explique Charlotte Goure, responsable d’édition et de fabrication à l’Atelier, et cheville ouvrière de ce projet inédit porté par Bernard Stephan, le directeur des Editions. Pour ce dernier, plusieurs éléments convergent pour aboutir à ces recensions. En 6 points :

  1. Le chapitre écrit par Erik Neveu dans Mai-Juin 68 (collectif aux Ed. de l’Atelier en 2008) sur les trajectoires de soixante-huitards ordinaires.
  2. L’introduction de Mai-Juin 68 (collectif aux Ed. de l’Atelier en 2008) écrite par Boris Gobille qui indique que l’événement 68 a, outre ses racines historiques, une dynamique propre qui reste encore à explorer.
  3. Le désir des Editions de l'Atelier, fidèle en cela aux orientations du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier/mouvement social (Maitron) qu'elles publient, de rendre compte des engagements « ordinaires » qui font l’histoire et dont la trace se perd souvent.
  4. La volonté de tordre le coup au discours sentencieux et très médiatisés depuis les 40 ans de 68 : le discours réactionnaire qui considère que 68 est à l’origine de la crise de la société française («C’est la faute de 68 ! » Zemmour a vendu 500 000 exemplaires du Suicide français sur ce thème !) et le discours qui stipendie les acteurs de 68 coupables de « jouir sans entrave » des postes de pouvoir qu’ils ont conquis après la révolte, et ce aux dépens des jeunes générations.
  5. Au lieu de produire un essai contrant ces discours sur le même registre que les critiques de 68, est née l'idée d’un livre qui rende compte de l’événement et de ses différentes dimensions sur un mode narratif et subjectif en laissant la place à la contribution d’un grand nombre de personnes ayant vécu 68.
  6. Les conversations avec Edwy Plenel à l’occasion de l’édition de « Voyage en terre d’espoir » ont permis que Mediapart s’intéresse au projet ; l'accompagnement scientifique, essentiel et si précieux des 3 auteurs a garanti la qualité de la démarche.

Le contexte exposé, restait à mettre en place cette expérience nouvelle. Et à lancer l’appel à témoignages dans un blog dédié. De juin à mi-septembre 2017. Relayé dans de nombreux réseaux associatifs.

« Dans l'ouvrage, nous avons retenu environ 150 témoignages » souligne Charlotte Goure. Avant de dévoiler les grandes lignes du plan de ce livre. « L’ouvrage permettra à chacun de voyager à travers les dimensions les plus fortes de Mai-Juin 1968».

Au sommaire :

1. Avant Mai

2. Soulèvements étudiants et lycéens

3. A hauteur d'enfant

4. Grève générale et occupations d’usines

5. Vu de loin

6. Rencontres improbables

7. Où va-t-on ?

8. Révolutions intimes

9. Maintien de l’ordre ?

10. Et si c'était à refaire...

Dans le prolongement du livre, nous publierons, le vendredi 9 février, un extrait de l'introduction intitulée « La flamme de mai » où les trois universitaires expliquent leur méthode de travail. Puis le Club de Mediapart mettra en ligne chaque semaine une série de témoignages originaux non utilisés dans l’ouvrage et publiera quelques bonnes feuilles du livre au moment de sa sortie du livre. Une incise avant de reprendre une valorisation, jusqu’au bout de l'été, des textes qui n'ont pas pu été conservés dans le livre, et une partie de ceux qui surgiront à la lecture du livre.

Au vu de la réussite de ce projet, nous encourageons donc, encore et toujours, tous les lecteurs de Mediapart à poursuivre l'envoi de témoignages à l'adresse mai68parceuxquilontfait@editionsatelier.com

Et à participer à des événements d’ores et déjà programmés dans toute la France métropolitaine. Car la diffusion de l’ouvrage est soutenue par une proposition d’une cinquantaine de rencontres-débats, notamment en librairies et bibliothèques.

 

 

 

 

 

 

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