Le gazoduc Nord Stream ravive les querelles russo-estoniennes

Le gazoduc Nord Stream doit relier la Russie à l’Allemagne via la mer Baltique. L’Estonie s’est longtemps opposée au projet par peur de la pollution. Finalement, le tracé contournera ses eaux territoriales.

Le gazoduc Nord Stream doit relier la Russie à l’Allemagne via la mer Baltique. L’Estonie s’est longtemps opposée au projet par peur de la pollution. Finalement, le tracé contournera ses eaux territoriales. Jüri-Ott Salin est le directeur de l'ONG écologiste Estonian Fund for Nature (ELF), une branche de WWF basée dans la ville de Tartu. Son organisation a déposé une plainte auprès de l’Union européenne contre les pays qui ont accepté le projet, qui devrait devenir opérationnel en octobre. Entretien.

Comment ce projet russe a été perçu par la population estonienne ?

Les Estoniens y voient non seulement une menace pour l'environnement, mais aussi pour leur sécurité. Les inquiétudes concernant les ingérences russes au large du pays se sont faites sentir. Moscou a parlé de construire une base de maintenance sur l'eau, où pourraient stationner des militaires. Il est également question de patrouilles de l'armée le long du gazoduc immergé. La Suède et la Finlande, appuyés par l'Estonie, ont également soulevé la question des autres câbles de communication accrochés au pipeline, par le biais desquels des données pourraient être piratées.

Quel impact peut avoir Nord Stream sur l'environnement ?

Nous n’avons pas d'informations assez précises pour l’évaluer. Certes, les tests effectués le long du pipeline sont en moyenne en dessous des normes de pollution, mais la concentration est très forte à certains endroits. Si une fuite advient sur Nord Stream (la firme russo-allemande qui gère le projet, ndlr), les conséquences seront catastrophiques sur toute la chaîne alimentaire, jusqu’à l’Homme. De plus, des armes chimiques et des mines de la seconde guerre mondiale sont toujours au fond de l’eau. Si elles entrent en contact avec le pipeline, il y a un risque d’explosion.

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L’industrie piscicole sera-t-elle affectée ?

Il est prévu que Nord Stream reverse un dédommagement aux pécheurs, car ils n'auront plus possibilité de pêcher le long du pipeline. Cette somme d’argent sera toutefois très minime. Il faut savoir que la mer Baltique est déjà l'une des plus polluées du monde, car elle est très enclavée avec beaucoup de trafic. Il faut des dizaines d’années pour que l’eau s’y renouvelle et les harengs contiennent énormément de mercure.

Pourquoi le projet a-t-il finalement été accepté ?

Les pays de l’Union européenne veulent tous le gaz russe. Finalement, le gazoduc passera sur les eaux territoriales finlandaises. L’Estonie a fait savoir qu’elle n’était toujours pas satisfaite de la décision finale mais son avis ne pèse pas lourd.

Les relations entre Estonie et Russie sont-elles toujours aussi mauvaises ?

Elles se sont améliorées en 20 ans d’indépendance. Mais la Russie n’est pas un partenaire économique fiable. Plusieurs accords non respectés et la guerre russo-géorgienne en 2008 l’ont prouvé. En tant qu’ONG environnementaliste, nous considérons que l’Estonie a raison de critiquer la Russie, peu respectueuse des traités et de l’environnement. Mais l’Estonie est sélective dans ses critiques : 60 % de l’énergie du pays provient des gaz de schiste, très dangereux pour l’environnement.

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