Paulina, la débrouille sans les embrouilles

Pas de place à l'insouciance pour Paulina. À 25 ans, elle vit chez ses beaux-parents à Narva, ville frontière entre Estonie et Russie. Depuis la crise, elle enquille les petits boulots.

Pas de place à l'insouciance pour Paulina. À 25 ans, elle vit chez ses beaux-parents à Narva, ville frontière entre Estonie et Russie. Depuis la crise, elle enquille les petits boulots.

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Paulina est née à Tallinn, elle vient d'une famille d'origine russe.


Fine, frêle, fragile… Paulina s'agite au Ro-Ro Bar. Un restaurant aux allures de paillote qui donne sur le lac Narva. Sur l'eau, des enfants proprets font du canoë. Dans le bar, des Russes clinquants sirotent du thé, avant de boire des petits verres de vodka. Au milieu, Paulina zigzague, plateau à la main, sans un regard pour ce qui l'entoure. Elle est simplement efficace. Elle veut garder sa place.

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Trouver un boulot et le garder, c'est bien l'objectif de cette jeune femme rousse. "Ce n'est pas seulement pour ma fille et pour mon mari, c'est aussi pour moi. Ne pas travailler, ce serait se couper du monde ", explique Paulina. Mariée à 22 ans, elle ne voulait pas "se faire entretenir ".

Elle arrête ses études d'assistante sociale pour travailler dans une prison. "J'ai assumé mes choix, je voulais vivre avec des amis dans la même maison, comme des hippies. J'avais besoin d'argent. Après, j'ai essayé d'entrer à l'école de police, mais franchement ce n'était pas du tout mon truc ", dit-elle en riant.

Un an après son mariage, Paulina a eu une fille, Sofia. Un choix inconséquent ? "Non, je ne regrette pas ". Quand la crise économique mondiale pointe le bout de son nez, le couple, qui habite à Tallinn où la jeune femme est née, se retrouve sans ressources. "Mon mari a perdu son travail dans le bâtiment, et le magasin d'animaux domestiques dans lequel je travaillais a fermé ".

Départ pour le nord-est estonien. "Nous savions que la situation économique serait pire à Narva qu'à Tallinn, mais au moins on pouvait s'installer chez les parents de mon mari ". La mère de Paulina est morte quand elle avait 8 ans. Son père, remarié, vit la plupart du temps en Norvège : elle ne pouvait rien attendre de lui.

Jeune maman, elle prend quelques semaines de repos pour s'occuper de sa fille. "J'avais quand même un petit boulot dans une église orthodoxe de Narva, mon mari y est toujours homme à tout faire ". A Narva, elle aime "pouvoir trouver des arrangements: les gens galèrent aussi… On se comprend ". Elle a trouvé cette place de serveuse au Ro-Ro Bar par un ami, elle y travaille depuis un mois. Journées de quinze heures pour une trentaine d'euros.

La débâcle économique mondiale a mis Paulina et sa famille sur le carreau. Elle refuse pour autant de se définir comme une victime. "Je ne veux surtout pas me plaindre. D'abord la crise est injuste pour tout le monde. Ensuite, je ne suis pas une intellectuelle, je ne sais pas si c'était un complot ou si c'était logique, donc je préfère ne pas dire n'importe quoi ".

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Si on lui avait dit qu'elle quitterait Tallinn, elle ne l'aurait peut-être pas cru il y a trois ans : "voilà pourquoi la crise a un bon côté, c'est une occasion de faire des choses auxquelles on n'aurait jamais pensé ". Paulina ne veut pas s'expatrier : "je crois que l'Estonie a de l'avenir, je ne fais pas de plans sur la comète, mais j'y crois vraiment ".

Chloé Rouveyrolles

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