Le déconfinement : une (dés)illusion ?

Indéniablement, de nombreux éléments factuels laissent entrevoir que le déconfinement évoqué par l’exécutif pourrait n’être qu’une amère (dés)illusion.

Tout d’abord, avant de proposer une lecture – nous l’espérons crédible – des bouleversements inédits et fulgurants que subit notre société depuis plusieurs semaines, il convient de dresser un tableau factuel des changements observés.

En effet, sous prétexte d’ « état d’urgence sanitaire », le pouvoir macroniste est parvenu à creuser des brèches béantes dans la digue bien fragile de notre démocratie :

  • Fermeture des écoles primaires, des établissements du secondaire ainsi que des universités, et mise en place d’une « télé-éducation » inédite. De facto, le corps enseignant, étroitement contrôlé par sa hiérarchie, voit son rôle glisser de la pédagogie vers la transmission de savoirs « numérisés » plus facilement soumis à l’obligation de résultats. Ainsi l’éducatif, qui se veut pourtant une co-construction d’un esprit critique, se trouve en réalité totalement disqualifié.
  • Les loisirs publics, ainsi que les événements culturels et sportifs, sont interdits.
  • Les frontières sont fermées, privant les nations d’une interaction réelle.
  • Avec la promulgation de l’état d’urgence sanitaire, les contre-pouvoirs institutionnels (législatif et judiciaire) se sont (provisoirement ?) auto-dissous. Au minimum, leur rôle n’est plus que symbolique.
  • Le droit du travail s’est vu foulé aux pieds. Dans ce domaine, on est en droit de se poser la question, naïvement et objectivement : « Mais quel est le rapport avec le sanitaire ? »
  • Seules les professions réputées « utiles » (mais pour quel objectif ?) peuvent être exercées, notamment dans l’alimentaire et la logistique. Les autres actifs – les « superflus » ? – peuvent pour leur part être « envoyés aux champs » : hier 7 avril, le ministre de l’agriculture s’est réjoui d’avoir recruté plus de 200.000 « travailleurs agricoles bénévoles ».
  • Conséquence directe de ces décisions économiques : des savoir-faire entiers (industriels, techniques ou de service) ne sont plus activés. Ainsi, on leur fait courir le risque de se déprécier ou d’être perdus. Mais bon, puisqu’ils sont « superflus »…
  • Aveuglés par la crise sanitaire comme les papillons par les phares d’une voiture, les médias de complaisance s’affichent plus que jamais en relais dociles de la doxa gouvernementale. L’odieuse cabale orchestrée à l’encontre du professeur Raoult et de son traitement préventif contre le Covid 19, en constitue probablement l’exemple le plus choquant. Par ailleurs, sur ces canaux, la voix des oppositions se trouve dorénavant réduite à la portion congrue.
  • Sous couvert d’intérêt général ou de prévention sanitaire, quand ce n’est pas de pseudo-morale, la dictature d’un comportement social uniformisé, normé, et donc prévisible, s’est très vite imposée : applaudir « sur commande » à vingt heures ; auto-contrôler ses sorties (toute l’activité humaine se voit résumée en seulement quelques cases !) ; accepter des contrôles policiers incessants ; accepter le traçage de ses données personnelles ; accepter de ne plus pouvoir sortir dans l’espace public qu’avec un masque sur le visage, etc. Bref : accepter ce qui, à terme, pourrait s’avérer inacceptable !
  • Enfin, c’est toute la génération de nos anciens qui, en EHPAD ou à l’hôpital, se voit scandaleusement sacrifiée, ses derniers cris étouffés dans le silence glacial d’une chambre mortuaire ou par la détresse respiratoire du coronavirus. Dans ce dernier cas, la « majorité silencieuse » n’a jamais si bien porté son nom : comme s’il s’agissait d’une fatalité, celle-ci accepte sans protester que – probablement – des dizaines de milliers de nos anciens seront « sacrifiés » dans ce que le président Macron, de façon absolument perverse et donc abusive, a osé qualifier de « guerre ». Sous ce prisme volontairement déformateur, quoi de plus « normal » que de devoir déplorer des « victimes » puisque nous serions en « guerre » ? Pourtant, tolérer ces pertes, c’est aussi accepter que soit abattu le pont qui, à travers eux, nous relie à notre passé, donc à notre mémoire. Or, sans mémoire, aucun futur n’est possible. À moins qu’en matière de futur, il ne s’agisse de ce pseudo « nouveau monde » promis par les macronistes comme d’autres, en leur temps, promirent un « Reich millénaire ». On sait ce qu’il advint de cette illusion mortifère…

Devant cette liste – à la fois interminable et effrayante – des atteintes brutales portées aux libertés démocratiques les plus élémentaires, peut-on raisonnablement envisager un « retour à la normale », qualifié de « déconfinement » par l’exécutif macroniste ?

Eh bien, même si comparaison n’est pas raison, ce triste inventaire nous fait inévitablement songer à des processus historiques similaires. En effet, étouffer l’éducation, la culture et les oppositions, ne laisser subsister qu’une production matérielle réputée « utile » tandis que les autres actifs (devenus superflus) seraient « envoyés aux champs », chercher à uniformiser les comportements sociaux, éliminer physiquement toute une partie de la population non productive (donc nocive ?), voilà qui n’est pas sans rappeler par exemple… Mao et sa « longue « marche » ! (Tiens, tiens, lui aussi était déjà « en marche » ?)

A-t-on jamais vu un régime de ce type décider de lui-même de faire machine arrière ? A-t-on jamais vu un régime de ce type, ivre de médiocrité et de pouvoir absolu, déclarer un jour : « Oups, désolés, nous nous sommes trompés. » ?

Si cette mise en perspective – certes glaçante et alarmiste – devait malheureusement s’avérer juste, quel horizon nous resterait-il ?

Vous l’aurez compris : selon nous, le « déconfinement » promis ne peut être qu’une sordide (dés)illusion. Il ne constituera en rien un retour à la normale mais, bien au contraire, la consolidation des mesures les plus liberticides et antidémocratiques que la France ait connues depuis Vichy.

Pour autant, sommes-nous prêts à entrer en résistance ?

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.