« Il n’en sera pas rien fait. Au contraire.» Allô? Parlez-vous le « macron » ?

En quoi ce verbiage indigeste, extrait du discours présidentiel à la Convention Citoyenne sur le Climat, révèle-t-il l’absolue perversion du « en même temps » macronien ?

« Très clair, très profondément, très précisément » ou encore « Je suis d’accord avec vous ». Avez-vous remarqué de quelle façon les histrions macronistes commencent systématiquement leurs tirades par l’un de ces mantras dont ils ont le secret ? Des mantras mensongers puisque, très vite, vous vous rendez compte que les propos ne sont ni clairs, ni profonds, ni précis, et qu’au final, le macroniste n’est jamais en accord qu’avec lui-même. Alors à quoi peuvent bien servir ces hochets discursifs, toujours agités en guise d’avant-propos ?

Eh bien, méfiez-vous : tel le serpent à sonnette agitant son appendice pour détourner l’attention de sa proie, le macroniste ne brandit ses éléments de langage que pour mieux vous endormir, puis vous agresser. Semblable au serpent Kaa du « Livre de la jungle », qui chante à Mowgli « Aie confiance, crois en moi » avant de l’étouffer, l’orateur macroniste utilise ses mantras, aussi lénifiants que répétitifs, comme « très clairs, très profonds, très précis », avec les intentions d’un véritable serpent « à sornettes ».

Cette tactique discursive, qui n’est qu’un leurre, ne trahit cependant rien du psychisme de l'orateur macroniste. En revanche, la phrase récente de son maître à penser « Ce que vous mettrez sur la table, il n’en sera pas rien fait. Au contraire », prononcée devant les membres de la Convention Citoyenne sur le Climat le 10 janvier dernier, est beaucoup moins anodine, ou emberlificotée, qu’il n’y paraît. En effet, considérons ces paroles pour ce qu’elles sont : des mots où signifiant et signifié sont en réalité étroitement liés, et donc révélateurs d’une pensée.

Dans le premier terme de la phrase présidentielle, une double négation apparaît : « PAS RIEN », qui précède le verbe d’action « FAIRE ». Puis, dans le second terme, « AU CONTRAIRE » vient ajouter une troisième négation. Etonnant ? Pas vraiment… Pour mieux comprendre ce que cache réellement ce message, posons-le sous la forme d’une équation :

(PAS x RIEN / FAIRE) . (AU CONTRAIRE)

Puis traduisons-le sous la forme des signes suivants :

( - - +) . ( - )

Dans un premier temps, l’auditeur a la sensation que l’orateur lui délivre une information globalement positive. Or, il n’en est rien.

Car comment procède notre cerveau face à cette équation complexe, à trois négations, afin de parvenir à lui donner un sens ?

Tout d’abord, il est tentant d’annuler simultanément la double négation « PAS » et « RIEN » du premier terme. On obtient ainsi :

PAS RIEN FAIRE

Ne subsiste alors que le verbe positif « FAIRE », mais celui-ci se voit aussitôt nié par « AU CONTRAIRE ». Le message du président s’avère donc finalement négatif. En réalité, il signifie : « Est-ce que je vais FAIRE ? Non, AU CONTRAIRE ! »

Perturbé, notre cerveau va vouloir faire une nouvelle tentative. Cette fois, il va s’efforcer de ne supprimer que l’un des deux termes négatifs accolés, « PAS » ou « RIEN », dans la première parenthèse. Cependant, dans toute bonne équation, si l’on veut supprimer l’un des termes négatifs dans le premier membre, il convient alors de supprimer également la négation dans la seconde parenthèse. Le message résiduel demeure ainsi « RIEN FAIRE » ou bien « PAS FAIRE ». Encore une fois, le président donne à comprendre qu’il ne fera… rien !

En résumé, que vous abordiez cette équation par l’un ou par l’autre bout, l’information véritable qui vous est délivrée, en dépit de son apparente positivité, est au final… celle de l’inaction présidentielle déclarée !

Malin, non ?

Cet exemple est précieux. En effet, il révèle la perversion fondamentale du « en même temps » macronien. Car l’énoncé macronien déceptif, que vous le preniez par la gauche ou par la droite, vous ramène toujours à votre point de départ. Que vous soyez de gauche ou de droite, vous y trouvez toujours votre compte : quelle que soit votre inclination, vous restez persuadé d’avoir fait le bon choix. Comme dans le célèbre sketch de Raymond Devos, vous voilà finalement embarqué sur un rond-point infernal, sans la moindre issue logique. Peu importe que vous l’ayez abordé par la gauche ou par la droite, vous êtes « en marche », mais vers… nulle part ! Le « Nouveau Monde » macronien, pompeux Eden terrestre promis aux plus crédules, n’est, dans les faits, rien d’autre qu’un rond-point absurde ! Est-ce alors un hasard si les Gilets Jaunes ont cherché à occuper ceux-ci, comme une tentative symbolique d’arrêter ce manège insensé sur lequel ils se sentent embarqués ?

Enfin, au-delà de faire du surplace, le risque majeur du rond-point macronien est bien le suivant : à force de tourner en rond, vous finissez par creuser une ornière mortifère, dont le niveau ne cesse, jour après jour, de s’affaisser.

Mais bon, puisqu’il paraît que « c’est notre projet ! », comme dirait l’autre…

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