"Macron, démission !" Mais à quoi bon ?

« Macron, démission ! » D’accord, mais à quoi bon ? En effet, dans nos démocraties canada dry transformées en théâtres de l’absurde, il ne sert plus à rien de briser ou de remplacer les marionnettes. Car demain, en habiles tireurs de ficelles, « ils » en fabriqueront d’autres. Mais qui ça « ils » ? Qui sont « ils » ?

Oui, qui sont « ils » ? :

« ils » sont la mondialisation, car « ils » en sont les vainqueurs.

« ils » sont l’argent-roi.

« ils » sont, entre autres, ces vingt-six fortunes qui, à elles seules, possèdent en 2019 autant que la moitié la plus pauvre de l’humanité.

« ils » sont les bénéficiaires d’un capitalisme supranational, et donc non régulé, qui, parce qu’il tire sa richesse de l’exploitation des énergies fossiles et de la destruction des écosystèmes, pousse vers l’abîme le reste de la planète.

« ils » sont aussi les faiseurs de rois : en subventionnant des campagnes électorales aux budgets toujours plus pharaoniques, « ils » mettent à leur botte les plus avides de pouvoir. « ils » font ainsi de ces derniers leurs obligés, pitoyables marionnettes au destin faustien, condamnés à se trémousser devant des caméras dont leurs maîtres sont les propriétaires.

Car, bien sûr, « ils » n’ont pas oublié de s’approprier les vecteurs qui font et défont l’opinion : télévisions, radios, magazines et journaux. Sur leurs plateaux, sur leurs antennes et dans leurs colonnes, se pressent des meutes de Cerbères éditorialistes, enchaînés et dociles, dont le rôle consiste à dévorer les opposants les plus ingénus qui, après s’être laissé désarmer (« Bien sûr, je condamne tout ce que vous voudrez ! »), imaginent alors qu’on pourrait les écouter.

« ils » ont fait sécession. En contrôlant noblesse politique et clergé médiatique, « ils » sont parvenus à détourner l’ensemble des acquis de la démocratie à leur seul profit : à eux les « belles » écoles ; à eux les « beaux » hôpitaux ; à eux les « belles » villes et leurs services ; enfin, à eux seuls les forces de police qui, dans l’instant où elles piétinaient l’article 12 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen (« La garantie des droits de l'homme et du citoyen nécessite une force publique : cette force est donc instituée pour l'avantage de tous, et non pour l'utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée. »), sont devenues des milices serviles dont la violence croissante, et l’impunité, n’ont plus de facto le moindre fondement légitime ou démocratique.

Alors faut-il pour autant brûler les marionnettes de type Macron et, avec elles, tous ces théâtres de pseudo démocratie qui, désormais, ne nous joueront plus qu’une pièce unique et crépusculaire pompeusement intitulée « Le Nouveau Monde » ?... À quoi bon ? En effet, demain leur argent construira de nouveaux théâtres. En France, par exemple, leurs médias ne tarderont pas à nous chanter les louanges d’une Le Pen, d’un Glucksmann, d’un Baroin… Peu leur importe. Peut-être même nous enverra-t-on l’un de ces pantins ventriloques qui, la main sur le cœur, et le pistolet dans le dos, nous entonnera l’air du « Mon ennemi, c’est la finance ! ». Y croirez-vous encore ?

Toutes ces marionnettes politiques ne sont que des chiffons rouges, de vaines muletas dont « ils » usent pour mieux détourner notre colère. En effet, le pouvoir ne se trouve pas dans ces théâtres de Guignol qu’ils convoquent à loisir. Le pouvoir véritable est bel et bien entre les mains des tireurs de ficelles.

Or, il semble plus aisé de couper une ficelle que d’aller encaisser les coups d’un Gnafron politique et de ses gendarmes. Couper les ficelles, c’est « les » couper de ce qui fait leur force, à savoir leurs entreprises, leurs produits ou leurs marques. Coupons les ficelles. Identifions leurs sources de richesse et dénonçons-les. Sans violence, coupons les fils. Nous en avons le pouvoir, car « ils » sont une poignée tandis que nous sommes des milliards.

Il suffit de couper les fils et de dire : « Je tue ils ». « Je tue ils », en ne consommant plus ce qu’« ils » nous vendent. « Je tue ils », en retirant mon argent de leurs banques. « Je tue ils », en ne travaillant plus pour eux, etc.

Oui, « Je tue ils », avant qu’ « ils » ne nous tuent…

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