Paris, Hong Kong, Santiago: pourquoi éborgne-t-on les peuples?

Partout dans le monde, là où les régimes autoritaires vacillent, caméras et téléphones ne cessent de filmer ces mêmes scènes cauchemardesques : un être humain – mon semblable – reçoit un projectile qui, avec une violence inouïe, lui arrache l’œil.

Par essence, les régimes autoritaires supportent mal la contestation. Pour autant, jamais on avait assisté à un tel déferlement d’images effroyables où, devant l’œil froid des caméras, hommes et femmes sont mutilés alors qu’ils manifestent pour l’un de leurs droits les plus fondamentaux : pouvoir dire NON. Mais pourquoi les policiers, originellement censés protéger les peuples, cherchent-ils dorénavant à les éborgner ?

Partout dans le monde, là où les régimes autoritaires vacillent, caméras et téléphones ne cessent de filmer ces mêmes scènes cauchemardesques : un être humain – mon semblable – reçoit un projectile qui, avec une violence inouïe, lui arrache l’œil. Plus terrible encore : ce châtiment public lui est infligé, sans jugement ni sommation, par un policier auquel la victime avait accepté de déléguer sa propre violence par respect du contrat social.

Quelle peut bien être la signification symbolique de ce châtiment inédit, mais dorénavant planétaire, de l’énucléation ? Quel crime si insupportable ces gens ont-ils commis pour que l’exécuteur puisse s’affranchir de la décision d’un tribunal ? Quelle est cette culpabilité nouvelle qui mériterait une sanction aussi irréversible ? Enfin, qu’est-ce que ces femmes et ces hommes ont bien pu « voir » pour qu’on leur fermât les yeux ?

Hélas, la réponse paraît terriblement évidente : dans les yeux grands ouverts de ces foules qui se lèvent, ceux qui se croient encore leurs maîtres ont observé que les peuples avaient… compris ! Compris que discours et promesses ne visent qu’à les endormir. Compris que les mots prononcés ne correspondent jamais aux actes posés. Compris que d’autres politiques sont possibles. Compris que les clergés médiatiques ne sont que le porte-voix des noblesses d’argent… En manifestant leur volonté d’émancipation, ces peuples témoignent du simple fait qu’ils ont « VU » cette réalité !

On a coutume de dire que les yeux sont les fenêtres de l’âme…

Or, à travers leur regard, ces femmes et ces hommes ont donné à voir cette flamme de justice qui les anime. Ils ne sauraient la cacher. Ceux qui n’étaient que des consommateurs uniformisés, dociles et faciles à manipuler, se révèlent soudain des êtres libres. Pour les autocrates des démocraties canada dry, il devient alors impossible de supporter ce regard neuf et brûlant que, tout à coup, ces gens posent sur eux. Cette flamme doit s’éteindre, et leurs yeux se fermer à jamais.

En visant leurs yeux, c’est donc en réalité à leur âme que les autocrates s’en prennent. Oui, c’est bien leur cœur qu’ils cherchent à atteindre,  pour y arracher les dernières lueurs de l’espoir.

Or c’est impossible.

En effet, ivres de rage et tout étourdis de leur médiocrité, les autocrates ont oublié que dans la mythologie grecque, les Cyclopes sont des Géants. En croyant inférioriser leurs semblables, ils les ont au contraire rendus plus grands qu’eux ! Quelle ironie…

Autocrates de Paris, de Hong Kong ou Santiago, dans vos royaumes où le cœur et la raison sont aveugles, soyez persuadés que tôt ou tard, les borgnes seront Rois !

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