Le capitalisme viral dans tous ses états

La piste communaliste pour son confinement définitif. Texte rédigé par Floréal M. Romero, auteur de "Agir ici et maintenant – Penser l’écologie sociale de Murray Bookchin" paru en octobre 2019 aux éditions du commun et co-auteur avec Vincent Gerber de "Murray Bookchin & l'écologie sociale libertaire" paru en octobre 2019 au Passager clandestin.

Le capitalisme viral dans tous ses états

La piste communaliste pour son confinement définitif

« Un problème sans solution est un problème mal posé. » Albert Einstein

 

Oui, il se pourrait bien que le problème qui se pose ne se situe pas là où il se manifeste. Bien entendu, je veux parler de ce virus qui taraude tous les esprits de jour comme de nuit et que je me refuse à nommer. Avant de me traiter d’inconscient, ou hors de la réalité parce que je ne suis pas aide-soignant à trimer dans un hôpital, permettez-moi de prendre un petit recul et d’essayer de recentrer le problème.

Si l’on considère que le monde est malade, et très peu de personnes s’opposeront à ce diagnostic, comment ne pas penser que la société qui l’habite le soit aussi ? Comment ne pas penser que c’est bien cette société autophage qui détruit son propre milieu naturel ? Seul un aveuglement pourrait nous empêcher d’admettre que les membres de cette société en subissent directement les conséquences1. Mais la société est malade de son gigantisme qui d’un côté détruit le milieu naturel et de l’autre la société elle-même. C’est ainsi que le confinement, dont on parle tant, dans les faits est devenu, à notre insu, l’une des caractéristiques majeures des métropoles malgré la mobilité ambiante incessante, par la surdensité et la promiscuité. Oui, l’être humain est capable de monstruosités, il a la capacité de détruire le milieu qui l’héberge ou ses propres congénères, mais c’est aussi ce qui lui donne aussi la capacité de créer. Tout dépend des rapports de domination et de production qui se sont établis au cours de l’histoire. Ces derniers structurent et déterminent le caractère créateur ou destructeur, décentralisé ou concentrationnaire de cette société et de son rapport au milieu naturel. L’esclavage, le servage et le capitalisme dans tous ses états (États) nous montrent l’évolution des rapports de domination et ceux de production et la progression de la destruction qu’ils engendrent. Cependant, différentes sources de savoir nous montrent qu’il n’en a pas toujours été ainsi.

 

I – Et si on parlait un tout petit peu santé ?

Ce recul va nous permettre, avec la distance, de restituer le virus dans une dimension sans doute moins obsessive. Certes il a réussi un coup de maître là où depuis 1945 (VIH, vache folle, SARS-CoV-2, Grippe A [H1N1], Ebola, etc.) d’autres pandémies avaient toutes échoué. Ce diable on nous le jette comme un os à ronger et sa digestion nous endort l’esprit. Ne nous affecte-t-il pas davantage par les mesures sociales, psychologiques et physiques qui l’accompagnent ? Certains chercheurs remettent en question le fait que ce virus ait une capacité létale par rapport aux autres. D’autres vont jusqu’à remettre en question la nocivité même des virus en tant que tels, en affirmant qu’ils ne sont que les déclencheurs des pathologies déjà existantes. Ce qui nous obligerait à focaliser tous nos efforts pour comprendre et trouver des moyens plus adéquats pour les guérir. Cette démarche ferait écho au biologiste Claude Bernard2 lorsqu’il affirmait : « Le microbe n’est rien, le terrain est tout », et nous renvoie à la notion clé de « milieu » autant dans le corps, placé dans la société et celle-ci dans le monde à l’image des poupées russes. Pour ce qui est de notre corps, de notre milieu interne, force nous est de constater que cette imposition n’arrange rien, bien au contraire. Elle provoque un grand stress par la paranoïa du virus, et l’obligation de lutter comme en temps de guerre contre l’ennemi invisible mais sans agir. Non pas question d’agir mais obéir en se soumettant au contrôle policier, voire collaborer en se défoulant par la délation des personnes « dissidentes » pour le bien de tous. Au lieu de promouvoir les facteurs de santé, dans les mouvements à l’air libre, une alimentation saine, le sentir, le contact à la terre, la relation amicale, etc., ce sont des facteurs malsains qui sont développés. Séquestrer la vie sociale par le militarisme nous plonge assurément dans un état d’inhibition de l’action, désastreux pour la santé, comme le démontra Henri Laborit3. Les personnes les plus fragiles, la plupart au bas de l’échelle sociale étant les plus affectées. Il en va ainsi des précaires, des vagabonds, des migrants, des prisonniers et de personnel sanitaire fragilisés par un travail épuisant dans les hôpitaux trop pleins et sans moyens suffisants.

1. Vous avez dit « Système de santé » ?

Cette intervention « musclée » s’appuie assurément sur une conception de la santé et de la maladie. Ainsi le « système de santé » mis en place par cette société, conceptuellement et dans la pratique qui en découle, ne vise pas la santé mais la maladie. Il s’attaque à la maladie, considérée comme ennemie, ce qui n’est pas toujours le cas du moins dans ses phases premières et bénignes4. Par contre cela se complique si l’on élimine les symptômes à coups de poisons au lieu de mettre le corps dans les meilleures conditions possible et le laisser agir par ses propres moyens. C’est un processus développé pendant des milliers d’années sans attendre Pasteur et toujours en interaction étroite avec les virus et les bactéries. Les répressions répétées et multiples des manifestations du corps à coups de poisons finissent par détruire les capacités curatives et régénératives du corps. Du coup cette débilitation va favoriser l’apparition des maladies dégénératives, voire auto-immunes, tout comme les provoquent les poisons de l’agrochimie et les particules toxiques dans notre alimentation et celles dispersées, dans l’air et l’eau, de plus en plus pollués. Bien entendu tout jeter par la fenêtre serait stupide. Qui nierait les énormes progrès réalisés contre les parasites tropicaux par exemple ou la chirurgie ? Mais, sachant que 80 % de l’ensemble des maladies sont générés par nos conditions de vie, pourquoi l’étude des processus et conditions favorisant la santé n’est-elle pas enseignée aux médecins ?

2. La maladie mortelle du système de santé

Tout le système est piloté, en fait, par une industrie dont l’influence, les marges et les bénéfices sont hors de toute mesure, comme le signale un rapport datant de 2005 réalisé pour la Chambre des Communes du Royaume-Uni5 :

« L’industrie pharmaceutique trahit ses responsabilités à l’égard du public et des institutions. Les grandes firmes se sont de plus en plus focalisées sur le marketing, plus que sur la recherche, et elles exercent une influence omniprésente et persistante, non seulement sur la médecine et la recherche, mais sur les patients, les médias, les administrations, les agences de régulation et les politiques. (…) Elle s’est imbriquée dans tout le système, à tous les niveaux. C’est elle qui définit les programmes et la pratique médicale. Elle définit aussi les objectifs de recherche de médicaments sur d’autres priorités que celles de la santé publique, uniquement en fonction des marchés qu’elle peut s’ouvrir. Elle détermine non seulement ce qui est à rechercher, mais comment le rechercher et surtout comment les résultats en seront interprétés et publiés. Elle est maintenant hors de tout contrôle. Ses tentacules s’infiltrent à tous les niveaux. Il faut lui imposer de profonds changements. »

C’est ainsi que, tels des vautours, les consortiums qui par ailleurs contrôlent la quasi-totalité de nos besoins primaires, comme l’alimentation, dont nous sommes dépossédés, continuent à contrôler les maladies dégénératives qu’ils ont eux-mêmes provoquées. Alors ces décès seront attribués, non au cancer ou autres causes préexistantes, mais aux virus de passage. Une manière de faire baisser artificiellement la mortalité par cancer, toujours aussi préoccupante ?

Ils pourront ainsi continuer à nous vendre impunément des médicaments pour nos cancers, nos infarctus, nos AVC, nos diabètes, nos Alzheimer, Parkinson, dépressions et autres scléroses en plaques. Le serpent se mord la queue et le système de santé se meurt et se transmute en gardien, voire en promoteur du désastre.

3. Envisager la santé comme globalité

Dans un système de domination il n’est pas bon se poser la question du pourquoi. Par exemple: « pourquoi perd-on la santé physique et mentale ? ». La santé, nous l’avons sans doute oublié, mais c’est tout de même la condition première et normale de tout organisme vivant. Mieux vaut pour le pouvoir en place, normaliser la maladie comme ennemie dès le départ, ne pas la considérer comme processus vital visant au rétablissement de la santé. Car de suivre cette logique dernière, nous en viendrions logiquement à nous poser des questions radicales, c’est-à-dire chercher à la racine, les causes, à questionner la santé du milieu social et naturel dans lequel nous vivons. Si nous étendons ce concept de santé au niveau social, pour l’État et ses suppôts, réprimer les gilets jaunes, par exemple, est un devoir salutaire. Mieux vaut pour les gardiens de l’ordre établi, accuser les manifestants d’ennemis du corps social plutôt que révélateurs de la misère et du mal-être, comme chance et opportunité de régénération sociale. Ne négligeons pas cette approche dissidente et très minoritaire de la santé qui se base elle aussi sur de sérieuses études scientifiques. Car ce qui pose problème c’est que, depuis longtemps déjà, la science a été mise au service de la rationalisation de « l’effi-Science » productiviste du capitalisme.

L’immense emprise de cette logique bourgeoise vis-à-vis de la santé et de la maladie s’applique dans tous les domaines de la vie mais malheureusement, nombre de ses opposants l’ont assumée à leur insu. C’est ce que Marx nomme la superstructure, soit l’ensemble des idées d’une société, ses productions non matérielles comme les institutions politiques, les lois, la religion, la philosophie, la morale, l’art mais aussi la pensée et la conscience de soi. C’est elle qui précisément permet de maintenir l’infrastructure, soit les conditions de production (climat, ressources naturelles), les forces productives (outils, machines) et les rapports de production (classes sociales, domination, aliénation, salariat…). Les opposants à une « sensibilité de gauche ou écologiste », ceux qui se situent encore sur le vecteur de la démocratie représentative sont bien loin d’avoir remis en cause cette superstructure infiltrée en nous.

De là leur atermoiement vis-à-vis des Institutions de l’État. En leur attribuant des qualités quasi humaines pour leur gestion sociale « supportable » et obligée seulement par nos luttes ou en prévision de celles-ci, ils ont entretenu le mythe d’un capitalisme à visage humain. Ce faisant on oublie ses massacres continus du passé et du présent, à travers le monde, sa structure et sa dynamique dramatiquement prédatrice, froide et biocide qui ne recule devant rien. L’État, gouverné par les uns ou par les autres, n’est et ne peut être autre chose que l’outil du capital pour l’aider dans ses forfaits, du-t-il passer sur le corps de la moitié de l’humanité. Cependant les masques de l’aliénation idéologique posés, comme il se doit, à hauteur des yeux, ont encore du mal à tomber. C’est cette mesure prophylaxique de l’esprit qui empêche de voir ce que cache ce colossal effort de la part des États pour « sauver des vies ». Efforts, ressassés à souhait par tous les médias du monde et soutenus surtout par les soignants et subis par les populations confinées pour leur « propre bien ». Il suffirait cependant de rabattre le masque pour s’apercevoir que le ressort de cet agir de l’État est tout autre.

 

II – Un seul problème contenant tous les autres : le capitalisme dans tous ces états

« Seul le positivisme sédimenté comme forme de pensée commune peut établir un virus comme cause d’une crise économique : le confinement cognitif dans un monde factuellement articulé par des causes et des effets immédiats fait partie de la structure mécanique abstraite de la science moderne ».6

 

1. La toile de fond

« Les conditions bourgeoises de production et de commerce, les rapports de propriété bourgeois, la société bourgeoise moderne, qui a fait éclore
de si puissants moyens de production et de communication, ressemble à ce magicien, désormais, incapable d’exorciser les puissances infernales qu’il a évoquées. […] Il suffit de rappeler les crises commerciales qui, par leur retour périodique, menacent de plus en plus l’existence de la société bourgeoise. Dans ces crises, une grande partie, non seulement des produits déjà créés, mais encore des forces productives est livrée à
la destruction. Une épidémie sociale éclate, qui, à toute autre époque, eût semblé absurde : l’épidémie de la surproduction. Brusquement, la
société se voit rejetée dans un état de barbarie momentané : on dirait qu’une famine, une guerre de destruction universelle lui ont coupé les
vivres ; l’industrie, le commerce semblent anéantis. Et pourquoi ? Parce que la société a trop de civilisation, trop de vivres, trop d’industrie, trop de commerce. »

Karl Marx et Friedrich Engels. Manifeste du parti communiste, 1848.

 

Depuis, crise après crise, la situation ne s’est pas arrangée, bien au contraire. Nous en sommes arrivés à un capitalisme pleinement développé, avec pléthore de marchandises qui inondent les marchés et sans débouchés. Par ailleurs l’informatique, l’automation et la robotisation permettent au capitalisme de dévaloriser sans vergogne ce qui fait sa propre dynamique, le travail humain, et saccager sans retenue le monde naturel qui constitue la base matérielle de sa croissance. Le capitalisme ne pouvant s’arrêter sous peine de mort, va donc augmenter la circulation de l’argent à travers le système pour stimuler le pouvoir d’achat manquant. L’argent alors devenu marchandise s’achète pour ses promesses et entraîne la spéculation. C’est le domaine de la finance, une activité croissante dans le sillon creusé par le capitalisme. C’est ainsi que le capital fictif est devenu aujourd’hui un élément essentiel de la dynamique économique qui, avec un endettement exponentiel, inexorablement, tel un cancer, mène ce même capitalisme à sa propre perte. « L’attitude yankee (de rompre l’étalon or et imposer le dollar) était une nécessité structurelle qui a révélé que dans le capitalisme, comme dans une figuration hégélienne, le point culminant du développement correspondait au début de sa décadence. »7

1. Le dressage à la 4ème révolution

Mais le capitalisme a plus d’un tour dans son sac et l’agonie qui vient, le force à des sursauts structurels comme jamais auparavant. La carapace sociale est devenue trop petite, trop lourde, coûteuse et contraignante et il lui faut la briser. Il s’agit, une fois de plus de baisser les coûts de production, même si cela le mène à la banqueroute à force d’éliminer le travail humain qui devient de plus en plus obsolète. Les convergences entre sciences et technologies de pointe (génome humain, nanotechnologies, connexion 5G8, intelligence artificielle, smart-cities, big data, robotique, neurones numériques, biologie numérique) lui a ouvert la voie de la quatrième révolution industrielle. Mais cette révolution exige une nouvelle structure sociale, qui s’adapte au nouveau modèle de production en devenir et des dynamiques de travail et de consommation qui en découlent. Aujourd’hui, c’est un virage à angle droit, ce qui implique une modification profonde de toutes les structures sociales existantes. Nous sommes en plein capitalisme cognitif, apparu dans les années 1990 et qui est se base sur la l’industrie de la connaissance. Une industrie qui réclame à corps et à cris toute la puissance informatique, fonctionnant en réseaux. Pour être compétitives, toutes les activités seront désormais alignées sur le numérique, avec connexion 5 G.

L’un des scénarios envisagés, ayant des probabilités théoriques les plus élevées, place le foyer comme l’épicentre du travail, de la consommation, de l’éducation. Le travail et autres activités, comme l’éducation ou les culturelles en réseau. Oui, un réseau mais virtuel, dans la solitude physique et à la merci des détenteurs de moyens de production. Mais cela implique un processus de rééducation colossal et sans précédent et d’une énorme difficulté. Cela nécessite la mise en œuvre d’une gigantesque ingénierie sociale, du jamais vu auparavant dans l’histoire humaine et l’urgence que pose l’effondrement qui vient l’oblige à résoudre l’équation dans un temps record. Il faut frapper vite et fort pour briser toute résistance anticapitaliste, un exercice de déjà-vu mais seulement dans les pires dystopies de science-fiction. La réalité nous montrerait que pour le capitalisme, toute barrière peut être brisée.

2. L’efficience de la peur

Ce serait s’aventurer sur le terrain marécageux des théories de la conspiration qui ne font qu’empêcher toute analyse radicale, que d’avancer que le scénario était écrit à l’avance. Mais souvent, l’occasion fait le larron. Certes, Marx l’a montré clairement, le capitalisme est un sujet automate qui suit sa logique propre et obligée, celle de la valorisation de la valeur, mais il a aussi ses « sous-officiers » qui s’y plient et vont tout faire pour éviter ses déboires.

Depuis quelques décennies, notons l’empressement de certains économistes comme Jérémy Rifkin9 ou le prix Nobel, Stiglitz (Capitaliste progressiste) à se mobiliser en faveur du capitalisme vert, « comme si l’on était en état de guerre ». Certes cette mobilisation a déjà commencé mais sans garantie que les jeunes suiveurs de Greta Thumberg suivent le projet du Green New Deal jusqu’au bout. Ces jeunes peuvent même en arriver à s’éveiller à une conscience anticapitaliste. Dans cette ambiance d’un renouvellement des mouvements contestataires partout dans le monde, il se trouve que la Chine, un pays au bord d’un effondrement économique, écologique et autres, fait face à un problème sanitaire grave, entraînant la mort et ce, à cause de la pollution. S’en suivent des révoltes, et le diagnostic tombe : c’est une pandémie ! Une aubaine venue du ciel pollué à l’extrême dans la région de Wuhan, un outil formidable pour canaliser toute contestation via le digital, un processus déjà bien avancé dans ce pays et tout à fait exportable. Les dirigeants politiques à l’Ouest sont certainement surpris. Pris de court, ils improvisent et ne peuvent refuser de crier haro sur le virus. Ce serait complètement inconscient et ils perdraient rapidement leur poste en faveur de leurs opposants. Alors, ils improvisent.

Le voyage en avion a, dit-on, aidé à la propagation du virus. La déduction était toute trouvée, le mythe du virus étant bien entretenu, tout contact humain représente un danger pour notre santé. Arrêtons tout, surtout dans les métropoles. Évitons à tout prix le voisin, l’ami, une quelconque personne dans le métro, le bus ou la rue. Ainsi l’ancienne sociabilité, encore indispensable lors de la première, la seconde, voire encore lors de la troisième révolution industrielle sont remis en question. Le désengagement devient un « acte responsable » et la désaffection humaine est naturalisée. Il s’agit de bien faire comprendre que nous pouvons vivre sans être en contact avec les autres, d’installer ce message dans la civilisation humaine.

Mais pour le traduire dans les faits, il est indispensable de se voir appuyé par de vastes secteurs populaires et la classe moyenne afin qu’elles invoquent des mesures de contrôle autoritaires. Une fois de plus rien de plus efficace que la peur. 2,3 millions de morts par accident de travail dans le monde, plus de 35 millions par dénutrition, 1,5 par tuberculose ne sont d’aucun effet. La mort doit être là, tout près, comme les autres années mais cette fois elle doit sauter aux yeux10. Le matraquage constant de tous les médias se chargera de déchaîner cette peur avec l’horreur des milliers de morts dans le monde, mais aussi là tout près de nous, dans les hôpitaux, avec les brancardiers habillés comme des cosmonautes. Assurément tous des morts causés par le fameux virus. La Science a parlé, il n’y a rien à redire.

Pour les suites, Klaus Shwab, le créateur du Forum mondial de Davos, annonce que « environ 47 % des emplois américains sont menacés, peut-être dans les dix ou vingt prochaines années ; une destruction d’emplois d’une ampleur beaucoup plus grande et à un rythme beaucoup plus rapide que les changements du marché du travail connus lors des précédentes révolutions industrielles ». 11

3. Le filet

Le capitalisme dans tous ses états va donc en appeler, comme toujours aux États qui, à la fin de leur processus d’affirmation et en appliquant les lois de la médecine, vont chercher à s’immuniser contre la décadence de leur protecteur, en s’injectant la peste brune12. La soi-disant notion démocratique de prise de décision est éclipsée par un appel collectif à la guerre, donc à la discipline militaire. Les états d’alerte, d’urgence et de suspensions des garanties deviennent « inévitables » et le premier état de siège planétaire survient malgré l’apparente contradiction du retour de la frontière, comme le Brexit ou le cas Trump. En effet il est désormais pratiquement impossible de sortir de la mondialisation.

Du moins pour ce qui est de l’économie car il en va bien autrement pour tous ces migrants qui s’entassent aux frontières et dont on ne parle plus. Ce qui est certain c’est que Les États, avec des prétextes différents, se préparent depuis la crise de 2008 et ce, dans tous les pays depuis la zone piétonne du capitalisme jusqu’à sa périphérie avec des conséquences similaires. Lorsque, « officiellement », l’état d’urgence a été levé en France, après l’avoir imposé suite à l’attentat du 13 novembre 2015 à Paris, il a engendré une législation de sécurité renforcée.

En Espagne, la « loi bâillon » adoptée en 2015 peut abolir la liberté d’expression et de manifestation et prévoit des amendes allant jusqu’à 600 000 euros. Aujourd’hui avec la guerre internationale contre l’ennemi commun invisible, « l’état d’alarme » imposé par le gouvernement de gauche, n’importe qui peut devenir un « terroriste », même quelqu’un qui ne fait que troubler « l’ordre public » pour être sorti trois fois de suite dans la même journée.

Tous ces phénomènes, ajoutés à la dénonciation des « dissidents » par les mouchards, sous prétexte de solidarité mais toujours à distance, les défilés de troupes militaires dans les rues de Bilbao au chant de « ¡Viva España ! », évoquent bien un retour à la case départ, celle du franquisme. Adorno signifiait autrefois qu’il se préoccupait moins du fascisme contre la démocratie que du fascisme dans la démocratie. Au-delà d’Adorno, cependant, le fascisme doit être considéré comme la continuation de la démocratie par d’autres moyens. Il est vrai que la Chine n’est jamais sortie de la dictature et que l’alibi du virus est tout trouvé pour la renforcer avec des méthodes orwelliennes. L’état de choc aidant, il ne serait pas exclu que cette dernière puisse vendre avec succès son modèle d’État policier digital sous prétexte de pandémie13. Les démocraties comme l’Allemagne ou les pays de l’Est, la Russie, le Brésil, le Chili et autres, suintant le fascisme ne serait-ce que par leurs appareils militaires et de police, seraient prêtes à l’acheter car la fameuse démocratie doit actuellement être réduite à son noyau répressif14. Dans cette guerre sans merci, les défavorisées, les perdants doivent crever aussi silencieusement que possible et ce ne sont pas des choses négociables démocratiquement.

4. Rien ne sera plus comme avant

Même si la durée de la guerre contre ce virus ne cesse de se rallonger, cette situation est encore trop contraignante pour pouvoir durer trop longtemps. Nous ne sommes pas encore bien formatés pour la vivre sans ruer dans les brancards. Aussi, une fois le pic de décès passé, celui de personnes les plus fragiles et les plus exposées aux misères, l’étau de l’état de guerre va se desserrer. Nous vivrons certainement bientôt l’apparence d’un retour à la « normale » mais nous ne serons plus les mêmes. Il se pourrait même que, grâce à la gauche du capital15, l’État alloue un Revenu universel, en Espagne tout comme en Allemagne, pour commencer. Notons qu’à l’origine, il s’agit d’une idée de Milton Friedman, reprise par l’économiste-star du libéralisme conservateur, Friedrich Hayeck.

Quoi qu’il en soit, les répercussions de cette crise sanitaire du capital seront importantes puisque l’hégémonie de la société capitaliste de la quatrième révolution industrielle ne sera plus une utopie, mais assurément une dystopie possible pour des milliards d’hommes et de femmes sur toute la planète.

Sinon comment expliquer que le CAC40, malgré la débâcle, se maintienne encore à un niveau 25 % supérieur à celui de sa valeur historiquement bas de 2008 ?

La nouvelle normalité portera le germe de la nécessité de repenser le foyer familial autiste, isolé des autres, comme lieu de vie, de travail, d’éducation, de santé, de sécurité et même comme illusion de gouvernance. Le monde deviendra virtuel, incontrôlable pour nous mais nous laisserons le big data veiller sur notre tranquillité au foyer, tout en ayant la possibilité de voter nos représentants dans cette nouvelle démocratie virtuelle.

De nouvelles crises et d’autres moyens de consolider l’hégémonie de la nouvelle société vont certainement se produire, mais la graine du « nouveau » modèle capitaliste a été semée.

Ce que nous vivons laisse entrevoir ce qui, avec le changement climatique, attend l’humanité dans quelques décennies si la structure économique et politique du monde ne change pas très rapidement et très radicalement.

D’autant qu’avec la réduction des activités économiques, un certain « arrêt sur image » de la dévastation se propage sur les réseaux sociaux. Par exemple, la disparition du chapeau de pollution sur Pékin, le retour des dauphins dans le port de Cagliari et des poissons dans les canaux de Venise. De là à dire comme auparavant l’écologie profonde, que Gaia se venge de nous, la Terre se purge de la peste humaine il n’y a qu’un pas vite franchi par les écofascismes de tout bord.

Le RN, de Marine Le Pen ou le Fidesz de Viktor Orban ont déjà parlé à plusieurs reprises de la nécessité de renforcer la fermeture des frontières comme mesure de lutte contre le changement climatique. Dans une interview accordée il y a quelques mois, Le Pen a fait valoir que les préoccupations relatives au climat sont « intrinsèquement nationalistes » et que les « nomades », comme elle appelle les migrants, « ne se soucient pas de l’environnement parce qu’ils n’ont pas de patrie ». Pour l’instant, les mesures qu’ils proposent n’incluent pas l’extermination ou la stérilisation forcée mais qui sait ? Ils peuvent toujours évoluer, d’autres l’ont réalisé avant eux. Celles du choix stratégique de la crise actuelle se chargent déjà de la faire, en accentuant la pauvreté et la misère des milliers, voire des millions de personnes dans les périphéries d’ici mais surtout celles de l’Inde, l’Afrique et l’Amérique latine.

Nous ne voulons pas que « la pandémie nous donne l’opportunité de réguler une machine économique spéculative devenue folle », comme nous le suggère l’économiste Pierre Yves Gomez. Nous ne voulons pas de cette machine économique qui tue. Il est temps que les résistances anticapitalistes osent réfléchir à cette nouvelle réalité pour s’apercevoir que le capitalisme est par essence totalitaire. Sa démocratie n’étant que la toile de fond de sa société du spectacle, nous avons l’obligation d’en sortir.

 

IV – Ne les laissons pas jouer avec notre santé, avec nos vies, prenons-les en main

« Là où croît le péril, croît aussi ce qui sauve. » Hölderlin

 

1. Réagir, penser et préparer la réponse

Ne revenons pas à la normalité, car la normalité, c’était le problème.

Alors, partons du péril, écrasons-le dans sa conception même en unissant théorie et pratique, sachant que les deux sont complémentaires et interagissantes. Prenons-le donc à la racine, contrairement à ce que font certains, à caresser dans le sens du poil en embrassant d’entrée la thèse officielle du virus, dans cette formule désormais classique des signatures à rallonge. En santé comme en politique, la fin ne justifie pas les moyens et les moyens doivent s’apparenter aux fins. On ne peut pas plus utiliser le poison pour nous désintoxiquer que l’État pour émanciper la société. Au risque de contredire ses propres choix politiques, Sartre avançait : « La fin est l’unité synthétique des moyens employés. Il y a donc des moyens qui risquent de détruire la fin qu’ils se proposent de réaliser, en brisant par leur simple présence l’unité synthétique où ils veulent entrer. »

Oui, préparons-nous mais sans attendre que le papa État nous donne la permission de le faire. Faisons ce que nous avons à faire lorsque nous nous sentirons de le faire, soit lorsque nous aurons acquis la conviction et la force pour le faire.

Si de cette bravade conjurée des États toujours au service du Capital, nous pouvons en tirer du positif, c’est sans doute qu’elle a permis à de nombreuses personnes de prendre du recul en même temps pour la première fois de l’histoire. Une façon de prendre la mesure de ce qui nous est proche, du milieu qui nous abrite, des peurs qui nous habitent, d’évaluer nos forces et nos faiblesses, personnelles et collectives, de faire le point et de commencer à penser un mouvement émancipateur.

Ne nous laissons pas berner par les discours paternalistes trompeurs au nom de la solidarité et qui dans les faits désagrègent les liens. Profitons-en pour dénoncer ce qui vraiment met en péril notre santé, individuelle mais aussi sociétale, contre les OGM, les pesticides, l’industrie agroalimentaire et pharmaceutique, le nucléaire, les métaux lourds, la pollution en général, la destruction des écosystèmes, etc. Refusons tout isolement et confinement dans tous les domaines de la vie, ces mesures s’inscrivent contre notre nature sociale fondamentale et contre notre psychisme basique. Aussi, ne considérons pas la « question sociale » comme étant de retour. Elle a toujours été, mais elle prendra plus de relief, plus de souffrance encore. Une nouvelle pauvreté s’installe chaque fois plus aigüe avec de plus en plus de laissés pour compte. La cause de toutes ces distorsions et toutes ces destructions, se trouvant uniquement dans la recherche obsessive et obligée de la valorisation monétaire, dans le cadre du marché compétitif.

2. Commencer à construire ici et maintenant16

Articulons toutes ces luttes, mais aussi les alternatives dans l’espoir de créer un mouvement horizontalement structuré à partir du local. Un local non pas confiné mais au contraire ouvert et qui, partant des moyens et des nécessités individuelles et familiales, s’ouvre aux autres dans la communication, l’entraide et l’empathie de façon à retrouver le désir de vivre ensemble. Ce désir fondateur, cette joie de lutter, de décider, de produire au coude à coude, en réduisant les inégalités et en extirpant le poison de la domination, c’est ce dont nous avons essentiellement besoin. Besoin d’imaginer collectivement notre milieu social en rapport avec nos nécessités essentielles et en fonction de notre milieu naturel. Car l’important c’est bien cette création collective partant des initiatives de chacune et de chacun, celle de notre propre culture, toujours à enrichir par celles des autres, à travers des arts de toutes sortes et de la fête. Enfin toutes ces activités qui font de nous des êtres humains et qui nous ont été volées et réduites à des formes caricaturales et misérables à un seul binôme : travail/consommation, et chacun dans son coin. Certes pour générer un mouvement conséquent, il nous faudra lui injecter une forte volonté de nous défaire des valeurs sociales darwiniennes de compétition, sexistes, racistes et antisémites dans toutes ses variations. L’autre élément indispensable à cette convergence, le liant en quelque sorte sera l’horizon commun capable de lui donner un sens : celui de sortir du capitalisme mortifère, mais avec les acquis du passé pour s’en inspirer et, à la fois en éviter les pièges. C’est ce que se propose l’écologie sociale, à la fois analyse et horizon d’émancipation et intégration sociale dans le milieu naturel. Sa proposition communaliste représentant son outil politique pour y parvenir.

Et puis reprenons à notre compte la notion de « services publics » usurpée par l’État, pièce essentielle du capitalisme et de surcroît une entreprise à lui seul. Une entreprise en immersion dans le marché et toujours en concurrence avec les autres entreprises désormais transnationales, ne peut être considérée « service public », comme l’ont cru pendant longtemps de nombreuses personnes à sensibilité de gauche. Le publicum renvoie à la collectivité toute entière, à l’ensemble des citoyens et c’est une distorsion idéologique que celle d’abandonner sa gestion à l’État qui en dispose à sa guise.

L’attachement des citoyens aux services publics, en particulier aux services de santé, est tout à fait louable parce qu’ils ont cru pendant longtemps que l’État était un outil neutre hors influence économique. Une fois extirpé ce malentendu il nous faut reprendre cette notion pour définitivement le soustraire aux lois tyranniques et mortifères du marché.

Dans ce domaine de la santé si sensible actuellement, nous pouvons déjà avancer des pistes, hors des prisons actuelles que représente le confinement, tout en étant conscient des difficultés. Car le pari est celui d’y intégrer un corps médical compétent, sursollicité, au sein de structures hiérarchiques qui ne sont pour l’essentiel, pas même contestées par les syndicats, sauf une minorité. Il nous faudra nous appuyer sur cette minorité car le système de santé et hospitalier est majoritairement un bastion remarquable des couches populaires et des classes moyennes, qui croient encore profondément que « l’État est neutre » et qu’il peut faire quelque chose s’il y a de l’argent qui est injecté.

À nous de créer des cercles préalables de débats avec le personnel sur ce sujet crucial et de démontrer qu’envisager le système de santé sous un autre angle peut signifier une remise en question de l’ensemble du système social actuel basé sur l’exploitation et la discrimination des plus pauvres. Il est sans doute possible de soutenir des reprises en main des centres sociaux actuels, de lutter pour un maintien des effectifs et contre la précarisation et l’articuler avec une initiative complémentaire, celle de la création de coopératives autonomes de santé, au niveau du quartier et soumis aux décisions de ses assemblées. Le propos étant d’évaluer nos besoins au niveau des infrastructures, des médicaments, et des techniques vraiment utiles.

Sans idées préconçues et toujours dans un souci de décentralisation et afin d’enrichir le propos, le système sanitaire doit être une œuvre collective. Comme dans d’autres domaines, inspirons-nous des zapatistes, lesquels, avec peu de moyens, ont réussi à mettre un système de santé cohérent, assumé à la base avec « un processus de déspécialisation partielle des tâches liées à la santé et une diffusion des responsabilités qu’elle implique17. Il s’agit là de viser, par une éducation populaire, à assumer le plus possible, une autogestion de notre santé personnelle par des connaissances de base. Partant de l’assemblée décisionnelle, entre patients, usagers, professionnels, agriculteurs, diététiciens, chercheurs, psys, etc., dans tous les quartiers et les villages, nous veillerons à la coordination territoriale d’abord. Et à terme, nous viserons la décentralisation, et à démanteler ces cancers sociaux et écologiques que sont les métropoles asphyxiantes et polluantes.

Si, dans la priorité des tâches, la souveraineté alimentaire est politiquement prioritaire pour accéder à l’autonomie, elle est basique socialement, pour une alimentation indispensable mais aussi pour une bonne santé. Il nous faut donc tout faire pour accélérer la création d’AMAPs, qui nous fourniront en aliments sains, sans les poisons et les surexploitations humaines et naturelles de l’agro-industrie (bio ou pas) tout en privilégiant les circuits courts, la proximité et la communauté. En plus de la souveraineté alimentaire, agir dans une AMAP (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) c’est s’engager à épauler les paysans locaux qui participent activement à préserver, voire enrichir nos écosystèmes et n’exploiter ni la terre ni les travailleurs. Il s’agit là, par leur pratique autogestionnaire, d’un maillon fondamental pour la sortie du capitalisme et pour atteindre l’autonomie. Ce lien fort et pragmatique entre le producteur paysan et le consommateur responsable et citoyen, ouvre la voie à une “économie morale18 comme marchepied dans une dynamique de transition en vue de sortir du capitalisme.

En plus du lien de confiance, voire de collaboration directe par l’entraide un rôle fondamental est redonné à l’agriculture locale qui s’insère et fait le lien à la fois entre le milieu social et le milieu naturel. Cette pratique constitue à elle seule une école de la vie, d’entraide et d’immersion dans le milieu naturel par une appréhension sensorielle de notre lien à la nature et le plaisir d’en faire partie. Un autre avantage c’est que tout le monde peut participer d’une façon ou d’une autre à cette noble tâche en l’adaptant à ses propres possibilités pécuniaires et au temps disponible.

Rien que grâce à ce processus primaire, par la participation de tout un chacun, les résultats seront positifs et immédiats sur la santé sociale, donc sur le psychisme et la santé physique de chacun. Nous découvrons ainsi par la pratique les vertus, le plaisir de faire ensemble dans la difficulté mais aussi dans la joie. Et c’est cette réalité vécue qui va nous faire jeter aux poubelles de l’histoire cette perpétuelle frustration du faux plaisir jamais assouvi de la consommation. Ainsi nous ouvrons les portes à cette dimension du “Buen vivir”, comme un tout, cette dimension tellement humaine que vivent et nous transmettent les zapatistes.

Il en ira de même pour tous les autres domaines de la vie, comme l’enseignement, l’alimentation, le logement, la culture, l’artisanat, l’industrie, etc. Toutes ces formes d’organisation et de décisions collectives s’interpénétrant, ayant pour finalité essentielle de pourvoir les besoins de tout un chacun de façon autogérée dans le plaisir de vivre. À nous de créer une dynamique d’auto-institution politique de ces communs capables de mettre en œuvre, en premier lieu, la solidarité vitale entre nous les humains, en l’étendant à l’ensemble des êtres vivants et le milieu naturel.

3. Au-delà des États, le communalisme pour le monde entier

Cette peste noire et numérique nous dit qu’il est grand temps de réagir tant qu’il nous reste encore des espaces pour agir. Il nous faut renverser la tendance et nous diriger vers le global en partant du local comme le propose l’écologie sociale et le communalisme. Le Confédéralisme démocratique des Kurdes du Rojava et le “mandar obedeciendo” des zapatistes nous ont démontré et continuent à nous montrer que la collectivité gérée par les citoyens eux-mêmes et articulée à tous les niveaux est la meilleure façon de régénérer le tissu social et le lien et ceci dans tous les domaines de la vie, du social au politique et inversement. Ce commun se définit à mesure qu’il s’invente. Ses contours ne sont pas préalablement définis car il est avant tout risque.

Les risques majeurs étant globaux, il nous faut retourner le réflexe sécuritaire et le tropisme xénophobe de l’État, son obsession du contrôle et ses rejetons fascistes souverainistes rouge-brun. Nous savons que cela ne se fera pas sans heurts et que le mouvement se forgera non seulement dans la convergence des luttes et des alternatives, ici et maintenant mais aussi par des insurrections et des soulèvements. Il faudra nous y préparer.

Pour ce faire et pour mettre toutes les chances de notre côté, nous nous efforcerons de tendre nos mains vers les brèches existantes, structurer l’entraide par le lien et la coordination. Sachant que le salut ne viendra pas d’en haut, il nous faut nous efforcer de bâtir cette structure horizontale de partage des connaissances pour un intérêt collectif mondial dans tous les aspects de la vie.

Il nous faut tout mettre en œuvre pour qu’entre tous les peuples, dans la richesse de nos diversités comme peuples et milieux naturels spécifiques, nous articulions nos autonomies en partant du local, grâce au fédéralisme au niveau territorial et au-delà par le confédéralisme. Il s’agit d’amorcer ici et maintenant et partout autour de notre mère terre, une praxis auto-instituante des communs. Seule cette détermination sans concession nous permettra de commencer à prendre soin du monde et ses hôtes et le sauver de la prédation aveugle et sans limites du capital. C’est cela le projet communaliste.

Floréal M. Romero, le 30-03-2020.

 

Pour en savoir plus sur l’écologie sociale et le communalisme

www.ecologiesociale.ch

www.institutecologiesociale.fr

http://institutecologiesociale.fr/

www.ecologia-social.net

 

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1 « La santé de l’être humain c’est le reflet de la santé de la terre » (Héraclite, V siècle a. J. C.)

2 https://www.google.com/search?client=firefox-b-d&q=claude+bernard

3 « L’inhibition de l’Action », biologie comportementale et de physio-pathologie Henri Laborit, aux Éditions Masson et aux Presses universitaires de Montréal (1980) http://www.retrouversonnord.be/InhibitionActionLaborit.htm

4 « La maladie n’est pas seulement déséquilibre ou dysharmonie, elle est aussi, et peut-être surtout, effort de la nature en l’homme pour obtenir un nouvel équilibre. La maladie est réaction généralisée à intention de guérison. L’organisme fait une maladie pour se guérir. » Georges Canguhilemn – Le normal et le pathologique, 1943 – qui explique que l’état d’avant la maladie ne se retrouve pas de la même manière.

5 Covid 19: fin de partie ?! Jean Dominique Michel Blog Tribune de Genève du 18 mars 2020

6 Maurilio Lima Botelho, Notes à propos de l’épidémie économique

http://www.palim-psao.fr/2020/03/capitalisme-et-coronavirus.notes-a-propos-de-l-epidemie-economique-par-maurilio-lima-botelho.html?utm_source=_ob_email&utm_medium=_ob_notification&utm_campaign=_ob_pushmail

7 Cap sur l’inconnu, Endettement mondial, crise monétaire et effondrement capitaliste Maurilio Lima Botelho – juillet 2018 http://www.palim-psao.fr/2020/03/cap-sur-l-inconnu.endettement-mondial-crise-monetaire-et-effondrement-capitaliste-par-maurilio-lima-botelho.html

8 En plus des millions de nouvelles stations de base 5G, tous les 100 m, en zone urbaine et des 20 000 nouveaux satellites dans l’espace, on estime que 200 milliards d’objets de diffusion feront partie de « l’Internet des objets » d’ici 2020, et un trillion d’objets quelques années plus tard. Si ces plans se concrétisent, personne, animal, oiseau, insecte ou plante ne pourra éviter d’être exposé, 24 heures sur 24, 365 jours par an, aux nouveaux niveaux de rayonnement des radiofréquences, qui seront des dizaines ou des centaines de fois supérieurs à ceux existant aujourd’hui, sans possibilité de s’échapper n’importe où sur la planète. Déclaration de Fribourg, signée par plus de 3 000 médecins. www.5gSpaceAppeal.org

9 « Si l’on retournait le vieil adage de Marx, et si l’on imaginait les prolétaires de tous les pays unis pour former une armée de “petits capitalistes” ? https://usbeketrica.com/article/tres-technophile-new-deal-vert-jeremy-rifkin

10 Comment avons-nous pu survivre, en Espagne, l’année dernière avec 525 300 patients atteints de la grippe contre 25 000 décès dus aux coronavirus et à 6 300 décès dus à la grippe contre 1 350 décès dus aux coronavirus sans paralyser le pays ? http://diariodetierra.com/la-histeria-interminable/

11 http://40.70.207.114/documentosV2/La%20cuarta%20revolucion%20industrial-Klaus%20Schwab%20 (1) .pdf (en espagnol)

12 En 2018, l’économiste américain qui avait prévu la crise de 2008, Nouriel Roubini met en garde en affirmant qu’elle ne pourrait plus être politiquement gérée, comme ce fut encore le cas en 2008 et les années suivantes. https://or.fr/actualites/nouriel-roubini-voit-une-crise-2020-que-penser-1415

13 Le gouvernement espagnol, à l’image de la Chine utilise le Big Data, un programme pilote pour étudier les données de géolocalisation des téléphones portables afin de connaître les mouvements des citoyens et ainsi prendre des mesures pour éviter leurs regroupements. https://www.infolibre.es/noticias/economia/2020/03/20/l

14 Le service d’information 007 a préparé un rapport confidentiel envoyé au Premier ministre Conte et au ministre de l’Intérieur Lamorgese avec cet avertissement : « Il existe un danger potentiel de révoltes et de rébellions, spontanées et organisées, surtout dans le sud de l’Italie, où l’économie souterraine et la présence capillaire du crime organisé sont deux des principaux facteurs de risque ». Quotidien espagnol ABC du 28-03-2020.

15 Cette mesure est proposée en Espagne par le Syndicat CC.OO et par « Podemos » parti de coalition de gauche aux rennes de l’État espagnol. Elle peut sembler progressiste mais en fait simplifierait les tâches de l’État en matière sociale en réduisant les frais de traitement des dossiers sociaux et contribuerait à désamorcer les luttes. Malgré le chômage de masse, la forme de l’argent reste ainsi la condition de l’existence humaine ; le revenu de base inconditionnel simulerait ainsi une société du travail sans travail. Pour l’Allemagne, selon la Frankfurter Rundschau : « L’État devrait se saisir de l’opportunité pour introduire le revenu universel à l’échelle de tout le pays. » Voir Courrier international du 23-03-2020.

16 Voir à ce sujet mes propositions dans la seconde partie du livre paru aux Éditions du commun en octobre 2019 : Agir ici et maintenant – Penser l’écologie sociale de Murray Bookchin ; https://www.editionsducommun.org/collections/all/products/agir-ici-et-maintenant-floreal-m-romero

17 Jérôme Baschet, La rébellion zapatiste, Champs, Flammarion, 2019, p.334.

18 Voir de Murray Bookchin, p.121 dans : Pouvoir de détruire, pouvoir de créer, aux éditons de l’Échappée en 2019 ; https://www.lechappee.org/collections/versus/pouvoir-de-detruire-pouvoir-de-creer

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