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Billet de blog 14 avr. 2022

Pourquoi l'OPA de Bolloré nous concerne tous et toutes

Ce 14 avril Vincent Bolloré, par l'entremise de son groupe Vivendi, démarre son OPA sur le groupe Hachette. Nous souhaitions vous raconter pourquoi cela nous concerne toutes et tous, que l'on soit lecteur·ice, auteur·ice, éditeur·ice, libraire, bibliothécaire.

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Aujourd’hui, le groupe Vivendi, propriété de Vincent Bolloré, démarre son OPA sur le groupe Hachette. Cette opération d’ampleur, qui aura un impact considérable sur le milieu du livre, traduit l’aggravation du phénomène de concentration à l’œuvre dans l’édition. À terme, Vincent Bolloré possédera une part écrasante des maisons d’édition en France. Lui qui possède déjà Editis, dont les éditions Plon, Presses de la Cité, Belfond, 10/18, Robert Laffont, Julliard, La Découverte, etc., se saisira, avec Hachette, d’un ensemble d’autres maisons d’éditions : Fayard, Stock, Grasset, Hatier, Larousse, Calmann-Lévy, Le Livre de poche ou encore Marabout. Il en est de même pour la distribution : Ce rachat lui permet également d’agglomérer Interforum et Hachette, les deux plus gros distributeurs du secteur. Cette concentration est d’autant plus inquiétante que l’on connaît la vision politique que défend Vincent Bolloré : celle d’un capitalisme gavé de colonialisme et d’une société réactionnaire et autoritaire.

Nous connaissons d’ores et déjà les effets à venir de cette monopolisation. Celle-ci va encore augmenter la pression qui pèse déjà sur le secteur de l’édition. Ce sera le cas au niveau de la distribution : plus de concentration donc moins d’intermédiaires, et moins de possibilités de discuter des conditions (délais, coûts, surfacturation). De plus, la concentration de la distribution rend toujours plus facile de censurer une maison d’édition en l’excluant du circuit.

Les libraires vont aussi en ressentir les effets, elles et eux qui ont une marge serrée (autour de 35 %) pour fonctionner économiquement et doivent faire face à des distributeurs de plus en plus gros. Les relations commerciales se dégradent, au détriment des libraires le plus souvent isolé·es les un·es des autres face aux grands monopoles.

C’est aussi, évidemment, sur les maisons d’édition elles-mêmes que cette pression va peser fortement. Celles qui appartiennent aux deux groupes fusionnés risquent de connaître rapidement une réduction du personnel, des fusions, découpes, ou encore reventes. La mainmise sur le marché facilite aussi la pression directe sur les éditeurs et éditrices pour peser sur leur ligne éditoriale, aggravant les risques de censure (comme cela a déjà été le cas, voir à ce propos l’affaire révélée par Le Monde sur les pressions exercées par Nicolas Sarkozy sur des éditeurs). Pour toutes les autres maisons d’édition, nous savons déjà qu’il va être encore plus difficile de faire valoir nos ouvrages, nos pratiques, de faire perdurer nos modèles économiques.

Les auteur·ices sont aussi plus que jamais menacé·es face à ces monopoles et l’échec récent des négociations autour du statut d’auteur, suite à la rétractation du Syndicat National de l’Édition, illustre bien les conséquences d’un rapport de force trop inégal. Derrière les à-valoirs parfois mirobolants se cachent souvent des conditions contractuelles précaires et un catalogue hétéroclite (tout auteur·ice qui vend est bon·ne à être éditée, quel que soit son propos). Enfin, pour le reste du secteur, à savoir les bibliothèques, les événements autour du livre, jusqu’au lectorat, cette monopolisation grandissante est la garantie d’un appauvrissement de la diversité de choix et de l’exigence éditoriale.

Que pouvons-nous faire face à cela ? Nous organiser collectivement, comme le font déjà, et de plus en plus, les libraires en associations régionales. Multiplier les espaces de discussion et d’organisation entre acteur·ices du monde du livre, soutenir les différentes alternatives qui émergent et continuer d’alerter et d’agir face à la précarité d’une trop grande partie des travailleur·euses de ce secteur. Continuer de travailler à l’autonomie des différents maillons (diffusion, distribution), hors du monopole, est aujourd’hui crucial pour ne pas perdre dans ce rapport de force. Ce qui se joue avec cette OPA n’est pas que l’affaire des éditeur·ices, auteur·ices, libraires, lecteur·ices, nous devons tou·tes prendre conscience de ces mouvements en coulisses, de leurs impacts, et choisir de soutenir la diversité et l’indépendance lorsque nous vendons un livre, le publions, ou l’achetons pour le lire.

Il est tout à fait possible de couvrir la multitude des formes d’écriture (essais, sciences sociales, littérature française et étrangère, jeunesse, bande-dessinée), de proposer des conditions et des rémunérations d’auteur·ice de qualité, ainsi que pour l’ensemble de la chaîne, de distribuer nos livres de façon conséquente et sans surproduire, le tout sans financer un milliardaire et son projet politique mortifère.

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