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Billet de blog 2 mai 2022

De l’argile bleue à la magie des couleurs

« Je m'incline devant le miracle artistique de cette brillante Ukrainienne », avait lâché Pablo Picasso, visitant à Paris une exposition des œuvres de Maria Primachenko, artiste autodidacte hors normes, imprégnée de références populaires et du patrimoine culturel ukrainien, séraphine de l’art naïf et peintre symbole du pacifisme universel.

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Toute jeune, atteinte d’une maladie grave handicapante, en se promenant au bord de la rivière aux alentours de son village natal de Bolotni, près de Kyiv, elle déniche de l'argile bleue. Cette couleur lui plait et viendra décorer les murs extérieurs de sa maison. Plébiscitée pour la fraicheur de son souffle artistique à fleur de peau et pour ses créations, elle poétise les chalets paysans de son village, murs blanchis à la chaux, décorations hautes en couleurs.

Maria Primachenko (1909 – 1997) aime fusionner sur une même composition les sentiments, les pensées, les impressions, l'exotisme, les fantasmes et les rêves de l’instant présent, mais aussi le folklore Ukrainien ou Cosaque, les us et coutumes, les croyances de son pays. Passerelles intergénérationnelles, thématiques ornementales et symboliques, scènes bucoliques, absence absolue d’arrière-plans. Un don pictural, un art naturel, maitrisé et surréaliste !

En 1936, elle rejoint l’atelier expérimental du Musée des beaux-arts ukrainiens à Kyiv, école pour les maîtres-artisans folkloriques. Maria se diversifie, elle dessine, s’adonne à la broderie (comme sa mère et sa grand-mère brodeuses hautement qualifiées), se passionne pour la peinture sur céramique et ose l’art de la pyssanka (l’œuf décoré). Ses peintures et aquarelles sont désormais peintes sur papier cartonné Wathman aux pigments naturels, la gouache rendant les traits plus juteux et les silhouettes plus expressives et plus nettes.

Ses œuvres et toiles colorées, éclatantes et fantasmagoriques chargées d’émotions et de mystères racontent la vie quotidienne et la nature en toute simplicité, le tout imprégné de légendes poétiques et de traditions ancestrales autant fruit de fantaisie que zénith artistique. Cette contrée pittoresque est une source intarissable pour sa créativité et son inspiration : la nature, les fleurs, les oiseaux, les animaux (sa série bestiaire) mettant en relief nuances et rythmiques. Mais aussi parfois, ambivalence du bien et du mal, émergence d’un clair-obscur de beauté et de laideur, des brins de chagrin et de mélancolie. 

Our Army, Our Protectors (1978) by Maria Prymachenko © Prachatai

Ce monde fantastique bien souvent issu de son subconscient séduit et la révèle au monde entier. Une colombe de la paix parfois présente au cœur de quelques créations, des intitulés choisis et évocateurs pour définir une œuvre, "Cette bête baille et ne veut pas avoir d'amis", "Le lion voulait traverser la rivière et ne pas mouiller ses pattes", "Menace d'une guerre", "Maudite soit la guerre. Au lieu des fleurs y poussent les bombes" soulignent son désir d’un monde de paix.

Médaillée d’or pour sa conquête du monde de l’art par ses peintures en 1937 lors de l’exposition universelle à Paris, Maria devient artiste populaire et reçoit le prix Taras Chevtchenko en 1966 pour son cycle de peintures "La joie pour les gens". Mais ses peintures ne rentrent toujours pas dans le moule officiel de l’art soutenu par la république socialiste soviétique d’Ukraine de l’époque. En 1988, elle est reconnue comme l’une des plus célèbres artistes ukrainiennes et est nommée artiste d’honneur d’Ukraine.

L’analyse de ses différentes œuvres artistiques permet de comprendre l’histoire originale et particulièrement perturbée de l’Ukraine. Un long récit traversé par des périodes très mouvementées et des épisodes multiples.

Maria Primachenko est connue dans le monde entier pour sa série impressionnante "Il était une fois Tchernobyl", travaux consacrés à la catastrophe nucléaire du 26 avril 1986 de Tchernobyl, à 30 kilomètres du village où elle demeura sa vie entière. Il s’agit pour elle, par son art, de décrire l’invisible de la tragédie. Un mélange d’actualité brute racontant la nature en perdition, les conséquences sanitaires, écologiques, humaines désastreuses. Tous irradiés... par ce mal invisible et inodore, invention de l’homme. Plus de 30 ans après, ces zones restent d’ailleurs encore contaminées par une très forte radioactivité.

Au début de l’invasion russe en Ukraine, en 2022, les troupes russes ont occupé la centrale nucléaire de Tchernobyl pendant 5 semaines. Depuis, le niveau de réactivité reste incontrôlé. En février 2022, le musée historique de la ville d’Ivankiv, à 80 kms de Kyiv, est ravagé par un incendie déclenché par les bombardements russes. L’avenir nous dira peut-être si la collection d’art naïf, fierté de ce musée regroupant au moins 25 œuvres de Maria Primachenko a été détruite ou sauvée entièrement ou partiellement…

La guerre, outre la stratégie du feu et du sang pour détruire un peuple et un pays, s’applique aussi, à en effacer la mémoire, le patrimoine, la culture... Hélas, aujourd’hui en Ukraine, une actualité plus que jamais brûlante !

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