L’art, l’âme et le clair-obscur…

« Le poète en des jours impies vient préparer des jours meilleurs. Il est l'homme des utopies, les pieds ici, les yeux ailleurs. » disait Victor Hugo en son poème, la fonction du poète (« les rayons et les ombres » recueil édité en 1840). Le poète doit-il y voir une interpellation simple à prendre au pied de la lettre ou au-delà des mots y chercher un sens caché ?

Dès l’aurore, le soleil avait dévoilé ses rayons lumineux tachetant délicatement le bleuté du ciel. Elle savait parfaitement qu’elle ne devait pas se dérober à l’invitation promenade. Elle souhaitait effacer rapidement toute les noirceurs de cet hiver bien trop long et plus que contraignant et rêvait de redécouvrir enfin les prémices vivifiantes d’un printemps très attendu. Nul doute que cette magie naturelle du lieu choisi révèlerait des flots de beauté, de charme, d’effluve, de lumière, de sonorité ou de silence, découvertes euphoriques liées, en cette saison, à l’éclosion et l’effloraison printanières ainsi qu’aux secrets les plus variés !

Elle avait repéré des chemins de traverse et finalement, elle s’en était remise à son instinct, comme toujours. Elle avait pris ce parcours tortueux, juste après la mare, sans trop savoir où il la mènerait. Elle cherchait des yeux ces décors qui rempliraient à nouveau ses pensées de mots magiques, subtils, étranges et ces paysages qui s’attacheraient à lui offrir des images expressives, furtives ou des clichés intimistes insoupçonnés.

L'arbre majestueux © Edmey L'arbre majestueux © Edmey

Au détour du sentier, il était là, arbre majestueux et solitaire, magnifiant cet immense coin de verdure entouré de fourrés, de haies et de buissons. Ses racines et ses branches s’étaient libérées à tout jamais de "la fente de timidité". Protégé par l’écorce, irrigué par la sève, il avait déployé ses branches comme s’il voulait atteindre subtilement la lumière du jour ou saisir élégamment la coupole du ciel. Les bourgeons, tout juste visibles, attendaient le débourrement des feuilles avec la patience sensible et reconnue qui sied aux végétaux. A n’en pas douter, dans la zénitude de l’espace, il assumait un rôle décisif au cœur de ce monde vivant.

En le scrutant minutieusement, elle avait cette sensation folle de ressentir la respiration de la terre et la susurration de la bise effleurant les branches de la couronne à la cime. La nature exhalait l’odeur de l’humus de prairie. « Écoute le bois ! » avait-elle lu un jour. Tendant l’oreille, l’arbre, en effet, murmurait quelques vers, chuchotis de lettres, de mots, de phrases lancés à la volée dans la chaleur du renouveau. Fragments d’âme, les vers transpiraient l’évasion, la passion et l’originalité de son auteur. L’arbre était poète et l’onde répandue autour de lui sublimait l’instant-mystère…

Délicatesse, poésie, volupté, passion, amour, danse, espace, liberté et beauté de l'art !

« …Ainsi certains jours, paraît
Une flamme en nos cœurs
Mais nous ne voulons jamais
Laisser luire sa lueur… »

Paroles et interprétation de Jacques Brel

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