Rêves célestes

« Devant la nature, c’est à méditer qu’il faut s’exercer. De grands ciels puissants, profonds, vaporeux, légers, et, là-dessous, un morceau de la terre ou des bateaux, mais que ce soit grand, idéalisé, comme je l’entrevois »… Eugène Boudin, peintre précurseur de l’impressionnisme.

« Devant la nature, c’est à méditer qu’il faut s’exercer. De grands ciels puissants, profonds, vaporeux, légers, et, là-dessous, un morceau de la terre ou des bateaux, mais que ce soit grand, idéalisé, comme je l’entrevois »… « Nager en plein ciel, arriver aux tendresses des nuages, suspendre des nappes, au fond bien lointaines dans la brume grise, faire éclater l'azur », Eugène Boudin, peintre précurseur de l’impressionnisme.

Ciel marin © Edmey Ciel marin © Edmey

Avec une finesse inégalée, elles aimaient cueillir les nuages dans le viseur de leurs petits appareils photographiques, n’oubliant jamais de glaner çà et là des clichés riches de scènes ou de tableaux de nature, de mer, de paysages, de faune, de flore.

Elles se régalaient par-dessus tout à capter les humeurs changeantes du ciel, les fantaisies de la mer comme elles appréciaient s’imprégner de l’air salin et pur en marchant au long de la plage. Elles empruntaient aussi les dédales des chemins sauvages fusion de l’insolite et du fugitif. Elles savouraient ces instants où l’on croque la vie à pleines dents, où l’on se perd dans la douceur des nuages, la profondeur des choses heureuses de la vie, où l’on découvre les beautés de la terre, les richesses des gestes d’affect du monde des vivants.

Elles illustraient leurs clichés de pensées, synergies de mots plus ou moins parfumés, élixirs aux goûts aigres ou miellés. Parfois, elles y découvraient de belles ententes comme celle du pain d’épice au beurre salé. L’enchevêtrement des rayons du soleil et des gouttes d’eau dessinant l’arc en ciel, les énigmes de la bise et des bourrasques vivifiantes enivraient l’instant et l’infini des vertiges de la vie et de l’affection.

Rien ne les laissait indifférentes, pas même un angle imparfait qu’elles retravaillaient. Elles ne savaient pas très bien pourquoi elles s’émouvaient ou s’émoustillaient ainsi... ou plutôt elles souhaitaient continuer à ouater délicatement ces secrets dans leurs écrins.

Ciels © Edmey Ciels © Edmey

Elles suspendaient régulièrement les heures, les jours, l’horloge, le temps pour, ensuite, mieux combattre ce fiel amer, cette vie parfois tordue ou cruelle, ce jardin d’odeurs acides ou fades, ces injustices innommables ou indignes, ces vilains mots lancés à la volée et banalisés à souhait, ces maux créateurs de désastres, ces ciels aigris de tristesses, de souffrances, de malheurs ou de feux.

Puis, le ciel s’éclaircissait, le démon furieux devenait ange céleste, l’enfer enfantait le paradis, le ciel révolté cachait ses abîmes impurs au plus profond de son azur bleuté, la colère s’esquivait pour revêtir une nouvelle féérie de volutes enchantées.

Dans l’impétuosité de la vie, elles s’étourdissaient de douces rêveries, de simples mots chuchotés à l’oreille des astres, de pages blanches noircies de confidences intimes. Elles exposaient, ad libitum, leurs partitions du bien-être naturel sculpté dans le fatras de la brume capricieuse. Elles pressentaient la pénombre enfiévrée des miroitements lumineux aux confins de la magie.

Au ciel, surgissaient alors des clins d’œil éphémères ou des histoires éternelles réveillant tout autant des craintes mortelles que des désirs immortels. Après tant de nuits et de jours à scruter le ciel, à inventer des voyages, elles osaient enfin les mots… et tant pis ou tant mieux si ceux-ci soulevaient le voile de leurs âmes mystérieuses et poétiques !

La poésie, c’est peut-être aussi l’art des ciels 

Consonnes affutées

Inspirations magiques

Écrits élégants

Lettres envoûtantes

Syllabes musclées…

Et l’harmonie musicale qui en jaillit.

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