Si près et pourtant si loin

« La ligne de notre vie est une tragique et splendide arabesque que nous traçons avec la pointe de notre âme sur la vitre du temps. » Pierre REVERDY (Le livre de mon bord, 1948)

Yeux bleus pétillants, sourire aux lèvres, longs cheveux frisés poivre et sel, il avait traversé les années au gré de circonstances heureuses et douloureuses. Il s’était forgé une carapace forte de convictions, d’idéaux, de rêves se projetant ostensiblement vers sa destinée parfois contrariée. Il racontait souvent ses rencontres humaines riches et fructueuses, ses passions partagées, ses moments d’ivresse intérieure, ses sentiments diffus éparpillés dans l’air du vent.

Il parcourait le passé et recherchait les perles rares du présent dans la densité de l’existence. Il savait partager ses souvenirs, écouter et s’imprégner de l’intime des autres, déchiffrer et ressortir l’essentiel de son âme. Il avait cet art reconnu d’apprivoiser les émotions, mystère goûté dans ses années d’artiste. De désespoirs en espoirs, de douleurs en satisfactions, de convictions en réalités, à moins que cela ne soit l’inverse, son corps s’animait aux effervescences multiples du grand capharnaüm de la vie.

Visage pur, lumière d’une étoile sublimée, lui et les autres au cœur de l’intime tout entier. S’émouvoir ensemble, il avait réussi ce doux dessein harmonieux des relations et des liens profonds. Il le savait, il était bien peu de choses dans cette foule immense mais il avait le cœur empli de paix et de parfums de vie !

Solitude © Edmey Solitude © Edmey
Il s’est retrouvé ce jour-là au milieu de nulle part, impossible de comprendre cet instant d’égarement, ce moment de trouble, cette absence de tempo, ce vide sidéral. Seul, hébété, inquiet du silence et de la fuite des sens, repères en déroute.

Peu à peu et sans concession, son esprit embrumé, malgré les efforts déployés, avait effacé son passé, son présent, son avenir, son entourage. La solitude taciturne avait envahi sa vie entière. L’univers avait gommé à tout jamais l’ardeur des rayons du soleil de son corps, son cœur et son esprit. La nuit, toujours la nuit, pour lui, pour les autres…

Replié dans un monde devenu étrange et amer, la vie s’écoulait, aucune toile ne pouvait plus se tisser. Les richesses, les espaces de fraicheurs, les ressentis, les émois, plus aucune symbiose. Tout lui était inconnu.

Entre tempête et quiétude, il était là si près et pourtant si loin !  

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