Ces nuits sans rêves et ces jours de colères…

L’actualité sociale devient brulante et le choc social et humain sera catastrophique... La lutte sera plus que difficile, d’autant que nos gouvernants, dociles, ont amputé, depuis quelques années, les acquis, les conquis, les droits, les protections, les libertés…

Les groupes invoqueront pour fermer au choix, la crise sanitaire, économique, financière ou sociale... Mais, de tout temps, ces sociétés ont toujours licencié pour de faux motifs et de vrais mensonges. Alors, ne lâchons rien : ensemble, nous sommes toujours plus fort(e)s ! 

 

… COMME UN ÉCHO…

Quelques jours avant, elle avait fait le tour de l’usine, comme un bruit de fond qui envahit l’espace, un murmure grandissant fendant le bruit sourd des machines.

Un matin d’été, pourtant froid et brumeux, la nouvelle avait été confirmée à chacun(e) d’entre eux, corroborant ainsi la rumeur : la multinationale, à la recherche de toujours plus de profit dans le cadre de sa mondialisation et pour l’enrichissement de ses actionnaires, avait décidé de fermer son usine de production la plus performante.

Vie suspendue, avenir confisqué, toutes et tous étaient dans la même galère, face à un destin imposé par ces maîtres du jeu… Étaient ainsi venus ces nuits sans rêves et ces jours de colères, souvenirs ancrés à jamais dans leurs mémoires, pages remplies de l’invisible et du visible !

 © Edmey © Edmey

 LES PAGES DE L'INVISIBLE s’écrivaient à l’encre de l’imprévu. Les solitudes des nuits blanches propices aux sombres réflexions prenaient une ampleur exagérée, emplissant leurs esprits des turpitudes hostiles qui se profilaient. Il fallait bien en convenir, même le beau ciel étoilé d’été n’y pouvait plus grand-chose. La lumière du bien-être intérieur s’était éteinte emmenant avec elle la vie, les rêves, les joies, les repères et tant d’autres belles choses laissant un immense vide glacial.

Peu à peu, les salarié(e)s finissaient ostensiblement par sécher leurs larmes ou les contenaient par pudeur. Certain(e)s avaient pété les plombs, des drames avaient été évités… Les colères et les cris de détresse résonnaient trouvant parfois leurs apaisements dans la raison retrouvée.

Étaient ensuite apparus, cruellement, les problèmes familiaux : couples séparés, enfants dispersés, vies brisées. Puis peu à peu, les problèmes financiers avaient surgi : payes amputées des jours nombreux de grève, huissiers aux portes, dossiers de surendettement, économies épuisées et le minimum vital de la famille en équilibre sur le fil du rasoir.

Les non-dits et l’invisible se dévoilaient autour des flammes du feu de luttes. Ces partages étoffaient les décisions du collectif journalier, apaisant les souffrances et les désarrois. Les réconforts de solidarité, d’entraide, de fraternité, étaient instantanés, spontanés et nombreux. Un mot d’ordre impératif à suivre avait été instauré : un œil partout et aucun laissé-pour-compte. Et souvent… l’indéfendable défendu ! 

Les temps de détente, les discussions souvent animées, les cafés et les bouffes partagés étaient autant de bons moments passés à renforcer leurs amitiés, leurs nouvelles connaissances et à changer les vues de l’avenir.

LES PAGES DU VISIBLE se traçaient au fil de l’actualité. Les idées échangées permettaient d’affronter l’arbitraire de leurs dirigeants et de construire les combats.

La lutte s’était organisée avec les interventions syndicales unitaires auprès des autorités locales, les montées à Paris lors des réunions du Comité Central d’Entreprise, les occupations d’usine et blocages qui se terminaient toujours par les sempiternelles interventions de police, les mises en examen et les assignations au tribunal.

Ensemble, leurs énergies s’additionnaient pour bâtir la riposte : les plans alternatifs montés, les dossiers constitués et déposés pour les référés, les manifestations, les conférences de presse et interviews initiées, les distributions de tracts aux endroits stratégiques de la ville, les venues des soutiens connus et moins connus, les pétitions, les motions aux actionnaires, les multiples réunions pour parler du présent et de l’avenir…

Le plan social, d’abord suspendu par un référé gagnant, avait été discuté et appliqué ensuite avec fracas et toujours dans l’insatisfaction : mutations, reconversions, formations, reclassements, retraites, réinsertions, indemnités de licenciement, plan de revitalisation du site, tous ces sujets abordés et bien de réponses changées, renégociées et arrachées… à la résistance des patrons !

          A Serge, Jean-Michel, Sandra, Patricia, Marcel, Sylvain, Vanessa, Annie, Christiane, Alain et tant d’autres, plus de 500 licencié(e)s ce jour-là… Jamais résigné(e)s, ils avaient engagé une lutte exceptionnelle pour faire reculer les lignes, contrer les projets et mener la vie dure à ceux qui ont fermé cette usine !

AUJOURD’HUI, RECONSTRUIT(E)S,

NOUS SOMMES TOUJOURS DEBOUT !

 

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