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Billet de blog 28 août 2023

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Rien de poétique… et pourtant !

« L’intime est encore et toujours du social parce qu’un moi pur, où les autres, les lois, l’histoire, ne seraient pas présents est inconcevable » citation d’Annie Ernaux dans « Les années ».

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Illustration 1
© Edmey

C’était au temps des journaux papiers, celui de la radio et à l’époque où la télévision, la platine tourne-disques… étaient toujours du luxe pour certains milieux modestes. Tout comme certaines familles, aujourd’hui encore, ne peuvent se permettre que le minimum vital, bien laborieusement. Une réalité sociale souvent cachée dont on ne parle que très rarement !

Dans une famille nombreuse et ouvrière où seul le père travaillait, les livres mis entre les mains des enfants étaient ceux prêtés, avec parcimonie, par l’école publique. Les livres, elle demandait à ses ami.e.s de lui raconter la trame pour ne pas paraître ridicule et en savoir un minimum. Rarement les livres lui passaient entre ses mains. On lui prêtait juste quelques instants, mais, de toute façon jamais elle ne pouvait les lire entièrement. Et pourtant, elle savait très bien lire, rassurez-vous. Parfois, les seuls livres en sa possession étaient ceux gagnés en prix de fin d’année, si son parcours scolaire avait été réussi.

Quelques rares bibliothèques, bien sûr, auraient surement permis de lire plus mais les frais supplémentaires d’adhésion ou de location n’étaient pas bienvenus chez elle. Jamais l’idée d’en parler aux parents ne lui serait venue, eux qui peinaient déjà à donner l’essentiel de la vie à leur famille, se privant eux-mêmes sur des dépenses définies comme superflues. Réciproquement, comme elle, ses frères et sœurs cachaient les sorties scolaires payantes organisées afin de ne pas « obliger » les parents.

Et bien, voilà, elle s’est forgée et émancipée au « réel » et non à la « fiction », à ce qu’elle vivait, voyait, entendait ou partageait des luttes individuelles et collectives de ses parents. Finalement, quelque part, elle s’est construite aux partages, idées ou idéaux des engagements syndicaux, familiaux et politiques de Papa et Maman et à ce qu’elle a pu retenir de sa vie, de leur vie et de celles de l’entourage.

Les épreuves parentales et familiales ont toujours été résolues à bras le corps, dans la douleur parfois, mais toujours dans la dignité et la respectabilité. Ses parents ont été sans le savoir (ou si peu) et sans qu’elle ne puisse les en remercier vraiment une source incroyable d’émancipation plus que palpable dans l’équilibre du « soi », de « l’autre » et dans la découverte du monde.

Alors, peut-être, a-t-elle loupé quelque chose en cette douce jeunesse (car elle a été douce, n’en doutez pas)… certainement « le plaisir de lire abondamment » mais elle ne regrettait rien et n’était envieuse de rien. Avec ce caractère à toute épreuve, jamais résignée, elle avait tracé sa route et résisté avec ténacité au tourbillon de la vie.

Depuis, elle s’était rattrapée car franchement, il n’est jamais trop tard pour lire, ce qu’elle avait fait par la suite dès qu’elle put accéder aux livres, en toute liberté financière. S’ouvrir… à la lecture, à l’écriture, à la poésie… A rebours, grande et belle revanche !

Voilà surement, en toute modestie, une bien belle façon de croquer la vie, de saisir quelques bijoux littéraires, sans doute avec retard mais avec le plaisir inouï de palper les livres, d’appréhender la littérature, de rencontrer, à travers leurs écrits, des écrivain.e.s et ainsi de permettre à quelques rêves intimes et enfouis de se réaliser simplement, avec un certain bonheur non dissimulé !!!

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