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Billet de blog 9 nov. 2021

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Penser Global et Agir Local

Avec un peu de lac du Tolerme à la fin...

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Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

En 1972, à Stockholm, s’est tenu la première Conférence des Nations unies sur l’environnement, conférence préparée par Barbara Ward et René Dubos.

Cette Conférence avait un titre : « Nous n’avons qu’une Terre ».

En 1977, René Dubos avait employé pour la toute première fois l’expression : « Penser global, agir local ».

Je peux aussi citer René Dumont, en 1974, pendant la campagne des présidentielles, le rapport Meadows en 1972 intitulé : « Les Limites à la croissance (dans un monde fini) (The Limits to Growth) », rapport appuyé par le Club de Rome.

Les exemples ne manquent pas, toutes ces alertes sérieuses sur l’épuisement des ressources, sur les conséquences de cette « marche en avant » du progrès de la pétro-chimie, du charbon, du bois, de l’eau, … de ce « développement » toxique, comme dans l’expression : « il développe une maladie ».

En parlant de croissance économique, il faut voir dans « économique » un synonyme de « maladie ».

Nous y sommes, voilà, nous sommes tous frappés par cette maladie : la croissance économique, le développement économique, la fuite en avant...

« Ils ne mouraient pas tous, mais tous étaient frappés » (les animaux malades de la peste, La Fontaine).

Le 14 septembre dernier, le journal scientifique The Lancet Planetary Health publiait une étude qui s’appuyait sur un sondage réalisé par Kantar (ex-Sofres) auprès de 10 000 jeunes de 16 à 25 ans, dans une dizaine de pays, allant de l’Australie à la France, en passant par le Brésil, l’Inde et le Portugal… Les résultats sont sans appels : 59 % des jeunes sondés se disent « très » ou « extrêmement » inquiets du changement climatique et 45 % affirment même que cela les empêche parfois de dormir.

Les jeunes condamnent aussi sévèrement leurs aînés les plus puissants, les adultes et les gouvernements, en dénonçant leurs échecs cumulées sur des dizaines d’années. 65 % pensent que les hommes de pouvoir manquent à leurs devoirs, 58 % se sentent trahis par leur dirigeant et pensent qu’ils mentent. 74 % des français sondés trouvent que le gouvernement actuel n’agit pas assez.

Pas question de revenir sur l’inaction des responsables politiques et des gens puissants alors même que les alertes émises au cours des années 1970 étaient solides, argumentées et très précises. A croire que ces alertes ont galvanisées les « troupes » des béats de la « croissance » économique !

Ce qui importe, c’est aujourd’hui.

Tiens, y’a une COP, la 26 ! Lieu de rencontre entre les personnages les plus puissants de la planète venus en jets privés, personnages parmi les plus grands des pollueurs et des émetteurs de gaz à effets de serre, personnage parmi les plus grands des prédateurs de toutes les ressources et de toutes les énergies… ce qui n’empêche par les grands discours faits de beaux mots et de belles phrases, c’est même la spécialisé unique des politiques depuis… les années 1970, au sujet de l’écologie : experts en discours, touchants, émouvants, puissants.

Bref, au niveau global, c’est foutu.

Ce n’est pas une figure de style, non, c’est foutu au premier sens, les COPs ne changeront strictement rien, nous allons vers encore plus de dérèglements climatiques, encore plus d’émissions de gaz à effets de serre, encore plus de pillage des énergies fossiles et autres ressources naturelles, encore plus de surconsommation d’eau, encore plus de destruction de forêts, encore plus de saloperies dans les mers et les océans, encore plus d’incendies, de pluies torrentielles, de sécheresses, de famines, de migrants climatiques, de tensions un peu partout, de retour de pestes brunes - tant des gens se réfugient dans le simplisme proposé, « c’est la faute des migrants » et hop, cela évite de (se) poser la question de nos modes de vies !

Bref, les conséquences de l’inaction des puissants, ceux-là même qui nous disent comment nous devons nous serrer la ceinture, ces conséquences sont terribles, à tous les niveaux.

Même l’agitation névrotique de la vie politique en France est une conséquence, car pendant ce temps, en s’écharpant autour des faux débats sur l’insécurité et les migrants (les 2 mamelles des politiques sans imagination et sachant se délecter de touiller la peur et la haine), les bonnes questions et les bons constats sont soigneusement évités. Merci l’extrême-droite, l’extrême-centre, les droites extrême et la « gauche » responsable et pragmatique auto-proclamée comme tel. Le spectacle est partout, afin de diluer notre attention et remplir nos cerveaux de leurres, tel ce Messi arrivé au Qatar St Germain qui a occupé toutes les Unes de tous les médias pendant plusieurs jours, alors que le rapport du GIEC était relégué dans les fosses communes de l’effacement médiatique. Là où se trouve aussi l’enquête de Blast, sur la Qatar-connexion, étonnant, non ?

Si le global, c’est foutu, alors peut-être qu’il reste le local ?

Peut-être, mais rien n’est certain. Car les puissants au niveau global déteignent fortement sur les petits marquis locaux, qui singent donc ces « modèles » délétères. Parfois, les marquis locaux cheminent aux côtés des puissants globaux, « céladémocratie », pour se forger des destins nationaux, « célaviepolitique ».

L’exemple très récent de la manifestation à Mauzé-sur-le-Mignon (Deux-Sèvres), contre le projet de bassines, montre bien que « naturellement », les politiques suivent la pente de la croissance économique (la maladie – le virus économique, doit encore progresser selon eux), et nient les problèmes réels que posent ces bassines. Et que seules des mobilisations importantes arrivent à produire un retour à la raison, raison que les politiques ont abandonnés depuis longtemps. Oui, les bassines sont une très mauvaise réponse à la surconsommation d’eau des pratiques « agricoles » actuelles à base d’intensif, de mono-culture, de surdimensionné, d’irresponsable et de nocif.

A un bout, les bassines, à l’autre, les unités de production de méthane et les digestats épandus, digestats issu des exploitations intensives de bétail, gavés aux antibiotiques et autres chimie essentielle pour les unités de production massive de bidoche !

Gavons la terre, les sols, les lacs, les cours d’eaux, les nappes, les océans, nos corps de toutes les saloperies chimiques et épuisons les ressources en eau, voilà le « modèle » !

Mais revenons au sondage cité plus haut.

Eco-anxiété, la « nouvelle » maladie dont sont atteints les jeunes, suite à nos fuyantes et lâches postures, ah que la vie de consommateur est belle !
« Ah vivons heureux en attendant la mort », disait cet humoriste parfois cinglant. Quitte à menacer sérieusement les vies, actuelles et suivantes.

Le futur est imprévisible, mais les scénarios actuels décrits par les scientifiques sont très probables.

D’ailleurs, les scientifiques émettent des hypothèses, les confrontent aux connaissances actuelles et aux constats actuels, les confrontent à leurs pairs, puis émettent de nouvelles hypothèses, et actuellement, les dernières des nouvelles hypothèses en date du 9 août dernier (oui, souvenez-vous, c’est quand Messi a été célébré à toutes les Unes des médias…) sont comme les cartons rouges tirés des poches des arbitres : fin de la partie, fini de rire !

Bon, reprenons ! Parfois, localement, il y a des victoires, mais ne croyez pas que c’est facile, ni même qu’une victoire est acquise. Ce serait naïf.

Un peu comme lors de la création de la Sécurité Sociale, je le rappelle, par des communistes avec notamment Ambroise Croizat, le « patronat » de l’époque pour motif de collaboration avec les nazis s’est discrédité et était réduit à l’inaction, ce même patronat (avec des gouvernements successifs lâches et serviles) est en train de tout reprendre. l’actuelle Sécurité Sociale est tellement rabotée qu’elle n’est plus que l’ombre d’elle-même.

Les victoires y compris locales et modestes ne sont jamais acquises, jamais. Souhaitons que celle de Mauzé-sur-le-Mignon (Deux-Sèvres) le reste.

Je voulais revenir sur ce petit coin de « plouquie » dans ce secteur nord-est du département du Lot, où sévissent déjà des unités de production de méthane, en en attendant d’autres, où des élevages intensifs s’installent, tranquillou pépouzes, et sur ce projet de tourisme de masse situé au Lac du Tolerme, qui va charrier ses cohortes de bagnoles stupides et autres joyeusetés ! Oui, nous disent les élus locaux, c’est pour le « développement économique », pour « la croissance économique », les mantras de la catastrophe climatique qui vient et même déjà présente.

Les mêmes élus, avec des trémolos dans la voix, nous disent qu’ils font cela aussi pour leurs enfants, vous savez, les personnes que ces élus sont censés… aimer ! Je le sais, j’étais présent.

Plus de bagnoles, plus de surconsommation, plus de déplacements, plus d’émissions de gaz à effets de serre, … par amour de ses enfants.

Au nom de plus de « développement économique » donc d’une plus grande diffusion de la maladie qui affecte durablement (et déjà d’une manière irréversible pour la montée des eaux, les sécheresses, les canicules, les incendies…) tout ce qui est vivant.

L’éco-anxiété, le virus, les masques, ...j’y ajoute la montée de la peste brune et une campagne présidentielle qui pue de plus en plus, y’a pas à dire, nous laissons un monde de merde aux jeunes, partout sur la planète.

Dernière « pique » : heureusement, l’an prochain, y’a mondial de foot, au Qatar, dans des stades climatisés : tout va bien, non ?...

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