Patrick Balkany ou comment fragiliser un pays?

Comment les affaires de fraude fiscale, de corruption et d'infractions à la probité minent une démocratie. Patrick Balkany est la démonstration du propos de l'avocat algérien président de la ligue algérienne pour la défense des droits de l'homme: "Il n'y a pas de corruption sans protection politique".

Patrick Balkany ou comment fragiliser un pays qui se dit la patrie des droits de l'homme et du citoyen?

« Il n’y a pas de corruption sans protection politique » rappelait il y a quelques jours Me Nourredine Benissad, avocat et président de la ligue algérienne pour la défense de droits de l’homme à propos de l’arrestation des proches de l’ancien président algérien Bouteflika.

Nous ferions bien de réfléchir à ce propos de l’avocat algérien en revenant sur le ou les affaires Balkany. Le toujours maire de Levallois-Perret se moque depuis des lustres de la justice et de toutes les institutions de France, détourne de l’argent public, dissimule avec son épouse d’énormes sommes au fisc et il aura fallu presque 20 ans pour le faire comparaître, enfin, devant la justice de son pays.
Dans tous les pays les infractions contre la probité (dont la corruption) entraînent de graves désordres, des troubles, des manifestations importantes. Dans les démocraties elles sapent les institutions et mettent en danger la démocratie elle-même. Elles font douter les citoyens en les orientant vers des votes extrêmes ou vers l’abstention. « Nos politiques sont tous pourris » dit le peuple et cela peut conduire à tout.

Patrick Balkany (avec son épouse qui est aussi sa première adjointe à Levallois-Perret) en échappant aussi longtemps à la justice a contribué à porter un coup majeur à son pays la France. Comment ce personnage a-t-il pu narguer pendant presque deux décennies la Justice en démontrant qu’il était au-dessus des lois et dans une totale impunité pas seulement dans son verbe et dans son esprit ? Pour en arriver là il n’a pu que bénéficier de puissantes protections politiques venant du sommet de l’État, or dans notre pays le sommet c’est le président de la République. Son copinage avec Sarkozy, son voisin de Neuilly, ministre du budget en 1993, puis de l’intérieur en 2002, puis ministre d’État de l’économie et des finances en 2004 avant de devenir président de la République en 2007, explique en grande partie l’arrogance de ce personnage devenu intouchable. Comme dans une célèbre publicité, celle de maigrir en mangeant, le député Balkany était tellement sûr de réussir sa cure d’enrichissement qu’il a poussé l’audace jusqu’à manifester son impunité à l’Assemblée nationale en interrogeant le gouvernement socialiste par une question écrite, le 11 juin 2013, sur ses intentions en matière de lutte contre la fraude fiscale, avant de créer une nouvelle société écran aux Seychelles pour dissimuler des fonds. Cet épisode rappelé par le procureur du parquet national financier dans son réquisitoire du 16 mai 2019, montre l’audace infinie de ce personnage qui n’a jamais sacrifié un instant à douter de sa totale et durable impunité.

Comment ce tonton flingueur qui fait sonner son téléphone en pleine audience avec la musique du célèbre film a-t-il pu bénéficier d’un appui sans faille jusqu’en 2017 de son parti UMP devenu LR ? Il pensait même se représenter à la députation en 2017 mais Sarkozy n’était plus là. L’histoire révélera un jour pourquoi un président de la République, lui-même en instance d’une prochaine comparution devant la justice, a tellement protégé un voyou en lui permettant de surcroît de bénéficier de passeports diplomatiques pour arrondir frauduleusement ses fins de mois et acquérir de somptueuses villas ?

Balkany illustre aussi la faiblesse de la Justice qui aura mis si longtemps à démasquer ce personnage par une inquiétante inertie et incapacité à le renvoyer devant un tribunal. On comprend parfaitement pourquoi la justice reste sous dépendance politique. Et puis, c’est le pouvoir politique qui décide ou non de mettre les moyens nécessaires à la disposition du procureur de la République pour mener les enquêtes. Mais personne ne s’interroge plus réellement sur l’indispensable rattachement de la police judiciaire au ministère de la justice alors qu’elle dépend totalement du ministre de l’intérieur et de son bon vouloir. Pour étouffer les affaires ou les enterrer il n’y a pas besoin de moult manœuvres il suffit de ne pas donner les moyens à la police judiciaire pour enquêter. Si on ajoute que les parquets sont enlisés et que le parquet national financier ne compte que 14 magistrats alors on peut comprendre que les Balkany et autres grands fraudeurs ont encore de belles années devant eux pour voler l’État, ses services publics et les citoyens de notre douce France. « Mais il ne connaît pas Raoul ce mec ? »

 

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