D'hier à aujourd'hui en regardant demain!

Macron n'est pas Clemenceau. Pourquoi avons-nous accepté d'aller voter, après une invraisemblable décision de notre président et de son gouvernement, alors que nous sommes tous suspects de donner ou de recevoir le virus. Que sera demain ?

D’hier à aujourd’hui en regardant demain !

Hier

Je veux parler du hier récent, cela me paraît déjà une éternité. Le hier récent, souvenez-vous, c’est celui qui entourait les élections municipales, celui qui régissait notre activité quotidienne, celui de nos enfants ou petits-enfants, l’alternance entre travail et vie familiale, entre semaine et fin de semaine. Vous ne vous souvenez déjà presque plus tant vous vivez, nous vivons, un présent étouffant et angoissant. Je revois encore ces débats électoraux et ce premier tour des municipales avec un flou et un incertain qui me font douter de leur réalité. J’ai l’impression que cela était il y a fort longtemps déjà. Je garde en mémoire ce samedi 14 mars où tout a basculé avec une irréelle apparition du Premier ministre sur nos écrans pour nous annoncer l’interdiction des rassemblements en laissant entrevoir le confinement et qui en même temps ne décide pas du report des élections municipales. Je me souviens aussi que ce même personnage était et est toujours candidat au Havre et qu’il veut y aller en nous entraînant avec lui. Comme un inconscient, troublé tout de même comme beaucoup, je suis allé déposer mon bulletin dans l’urne en regrettant de n’avoir pas eu les ressources suffisantes de dire non à cette élection devenue une comédie ou une mascarade pour reprendre l’expression d’une certaine Agnès Buzyn. Comment avons-nous collectivement pu perdre notre instinct de survie, notre lucidité, notre capacité à dire non à l’imbécillité d’une invraisemblable décision prise au sommet de notre État ?

Aujourd’hui

C’est cette promenade effectuée dans une ville déserte et frappée par la peur. Suspects, nous sommes devenus, tous ensemble et individuellement. Cet unique humain croisé, une femme craintive comme moi-même qui, à notre inévitable rencontre, a fait un bond de côté comme si nous étions le diable l’un pour l’autre. Elle a eu une conduite de distance tout en me saluant avec gêne. Un peu plus loin j’ai rencontré un brave chien qui s’est assis à mon approche. Je lisais dans son regard ce qu’il ne pouvait m’exprimer. J’ai eu l’impression qu’il me reprochait d’avoir une chaîne plus longue que la sienne. Tu disposes d’un kilomètre, et pas un mètre de plus, pour te promener mais lorsque je rentrerai après mon escapade mon maître m’attachera de nouveau à ma chaîne à moi longue de deux mètres seulement et je dormirai dans ma niche d’un mètre carré tandis que toi tu retrouveras ta maison et ton jardin avec des centaines de mètres carrés. Sois aussi libre que la longueur de ton lien, mais pas au-delà pour protéger tes semblables. Tu t’habitueras comme je me suis résigné à accepter mon confinement. Bon courage aboya-t-il en s’éloignant. Ce chien m’a redonné soudain de la force pour affronter le jour de demain et d’après-demain et pour regarder autrement ces vivants de toutes espèces que nous massacrons et faisons disparaître par notre égoïste façon de vivre. Dans la tristesse des nouvelles déclinées sur nos écrans apparaissent aussi ces admirables soignants, caissières et autres éboueurs qui nous permettent de continuer à espérer demain.

Demain

Demain sera-t-il comme hier, comme avant ? On peut raisonnablement penser que non. Malgré les manœuvres de diversion multiples et habiles tout le monde a pu s’apercevoir de l’impréparation de notre pays à affronter cette crise majeure mais non pas la guerre martelée par cinq ou six fois par notre président de la République avec l’habit de Clemenceau. N’est pas Clemenceau qui veut, celui-ci avait 76 ans et une extraordinaire personnalité lorsqu’il a été rappelé au service de la France en 1917 par le président Poincaré. Qu’ont-ils tous ces dirigeants à vouloir ressembler au père Clemenceau déjà trop souvent invoqué par un certain Manuel Valls lorsqu’il sévissait au service de la France. Si nous étions en guerre il faudrait se rappeler plutôt 1939 lorsque nous avions, selon la propagande de l’époque, la meilleure armée du monde, une invincible armée anéantie en trois semaines. Notre président n’est pas non plus le Général qui avait lancé l’appel du 18 juin. On ne lui demande qu’une chose : gérer cette crise au mieux avec l’humilité (que nous devons aussi avoir) nécessaire pour réparer les graves insuffisances de notre service de santé laissé à l’abandon et déstructuré par de sordides économies budgétaires. Demain il ne s’agira plus de claironner que nous sommes les meilleurs en tout mais tenter de réparer les services publics démolis au moyen de mensonges administratifs. Demain on se rappellera peut-être aussi que les fonctionnaires et autres agents publics ne sont pas des sangsues mais d’indispensables agents au service de l’intérêt général et on leur redonnera la dignité, sans bloquer leurs salaires durant dix ans, et les moyens pour effectuer leurs missions . Demain on réfléchira sans doute aussi à une meilleure gouvernance de notre pays livré au regard incertain d’un monarque républicain toujours préoccupé par son éventuelle réélection en 2022. Clemenceau avait su trouver les mots et l’énergie d’une vie de combats pour gagner sans se préoccuper de son avenir personnel. Macron n’a pas su trouver les mots le 12 mars dernier pour annuler les élections municipales. Mais nous sortirons de cette terrible crise, nous n’aurons plus peur de croiser nos voisins et nous pourrons de nouveau serrer nos enfants et petits-enfants dans nos bras.

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.