Un spectacle pitoyable

Après avoir comparu durant 6 semaines devant le tribunal correctionnel de Paris, Patrick Balkany était invité dans l'émission diffusée par BFM TV "En même temps" animée par la journaliste Apolline de Malherbe. Pourquoi ?

    Un spectacle pitoyable

 

Je ne pensais pas devoir revenir sur l’affaire BALKANY aussi rapidement, mais voilà ce grand présumé délinquant n’avait pas fini de comparaître devant le Tribunal correctionnel le vendredi 21 juin 2019 qu’il était déjà l’invité de BFM TV le dimanche 23 juin 2019.

 

Durant une heure, dans l’émission « En même temps » animée par la journaliste Apolline de Malherbe, il s’est exprimé à tort et à travers sur les fautes pénales qui lui sont reprochées et sur lesquelles il sera fixé en septembre et en octobre. Loin de moi l’idée d’avoir une vision restrictive de la liberté de la presse. La liberté de la presse est un droit constitutionnel et la garantie de vivre en démocratie et cela ne souffre d’aucune discussion. Seulement, cela ne signifie pas que la presse, comme n’importe quelle institution, ne puisse pas être soumise au regard critique des citoyens. Donner la parole à un personnage comme Balkany, qui a comparu devant la justice durant six semaines, qui a pu s’exprimer librement devant ses juges, qui a été assisté de l’avocat le plus médiatique qui soit, est totalement incompréhensible et illisible. La presse ne rend pas la justice, elle rend compte de faits. Le procès Balkany a été public et la presse a abondamment relaté les audiences successives.

Que cherchait BFM TV, qui se dit la première chaîne d’information de France, dans cette affaire ? Certainement pas de se substituer aux juges, mais quoi alors ? Mis à part une recherche effrénée d’audience, en dehors de toute vision éthique, je ne vois aucune autre explication, à moins que… Je ne puis imaginer un seul instant qu’il s’agissait de protéger le maire de Levallois-Perret des foudres de la justice où de lui permettre de s’exprimer parce que le tribunal ne lui aurait pas suffisamment permis de le faire. S’agissait-il un peu de protéger Sarkozy ou son clan éclaboussé à jamais par son silence et ses protections dans l‘affaire Balkany ? On ne le saura jamais. On remarquera que Nicolas Sarkozy, alias Paul Bismuth, sort un nouveau livre intitulé « Passions », dont les analystes les plus fins indiquent déjà qu’il ne s’agit pas de fabriquer son retour en politique mais de s’adresser à la justice à travers une mobilisation importante de l’opinion publique. En fait donc pour préparer sa future comparution devant la justice pour corruption, lui l’ancien président de la République.

Qu’avons-nous appris de plus dans l’émission de BFM TV ? Rien. C’était tout simplement pitoyable pour ne pas dire pathétique. Notre corrompu maire et ami de Sarkozy a, une fois encore répété ce qu’il avait déjà tenté devant le tribunal : faire croire que ses démêlés judiciaires seraient au fond de l’antisémitisme. Il a osé, une fois de plus et de trop, de mêler la vie de son père qui fut déporté à ses propres turpitudes. Cela fut écœurant et abject de s’abriter derrière la déportation des juifs et la Shoa pour attendrir l’opinion publique et justifier ses actes de corruption et de vol d’argent public, car pratiquer des fraudes fiscales de cette ampleur c’est dépouiller la collectivité. Ce n’est pas ainsi que l’on luttera mieux contre les racistes et antisémites.

N’oublions pas que Balkany est toujours maire et que l’année prochaine il voudra se représenter devant ses électeurs. Il a déjà fait le coup de se fabriquer une nouvelle virginité en recourant aux votes populaires destinés à blanchir les fautes (c’est la vision de beaucoup de politiques de croire que le suffrage populaire absout les péchés). Il faut donc tenter d’empêcher l’incarcération provisoire au moment du jugement pour aller tranquillement devant ses électeurs, ce qui sera plus difficile depuis la prison. Pour le reste pas de soucis majeurs, les divers recours permettront tranquillement à Balkany de finir son nouveau mandat s’il est réélu. En somme, BFM a offert à Balkany un lycée de la deuxième chance !

On ne finit pas de se demander pourquoi des citoyens élisent des corrompus et autres délinquants ? Ont-ils eux-mêmes été corrompu par leurs élus ? C’est une vaste question qui mérite une sérieuse étude. C’est malsain, comme est particulièrement malsain de considérer la Justice comme un moment désagréable à passer avant de reprendre sa vie de responsable comme si de rien n’était. Cela pose comme toujours le problème de la place qu’occupe la justice dans notre « démocratie de basse intensité ».

Encore un petit dernier avant les vacances. Suivez bien ce qui va se passer dans quelques jours pour la nomination du prochain (e) procureur du parquet national financier (qui a traité les affaires les plus importantes telles que Fillon, Sarkozy, Balkany et beaucoup d’autres). La titulaire, Madame Eliane Houlette, grande magistrate intègre, efficace et très courageuse, qui fut ma collègue au parquet général de Paris, va partir à la retraite le 30 juin 2019, donc tout prochainement. D’intenses manœuvres sont en cours pour trouver le bon candidat. Le président Macron est au pupitre et surveille les opérations. On comprend pourquoi l’exécutif ne veut pas d’une justice réellement indépendante.

 

« La corruption, c'est le manque de dignité, c'est l'absence de scrupule. » Citation de Tahar Ben Jelloun ; Amours sorcières (2003)

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.