Les présidents ne devraient jamais dire ça!

Les soutiens apportés par les anciens ou actuel présidents de la République à des élus poursuivis ou condamnés par la Justice piétinent l'autorité judicaire. Ils sont dangereux pour notre société toute entière et constituent un très mauvais exemple pour notre jeunesse. La fonction présidentielle ne peut pas s'éloigner de la dignité.

La question que je me pose depuis fort longtemps est celle-ci : comment maintenir une dignité à la fonction présidentielle ? Car, il faut bien l'admettre, aucun des trois, les deux d'avant et l'actuel, ne font beaucoup d'efforts pour assurer une grande dignité aux fonctions présidentielles. Certains mots et certaines phrases résonnent à nos oreilles : « le Karcher », le « casse-toi pauvre con », « les sans dents », et plus récemment le méprisant « traverser la rue et je vous en trouve un travail » sans parler « du pognon de dingue » et du « gaulois ». Mais ceci n'est pas le plus stupéfiant, il y a pire et nous allons y venir.

Sarkozy et Balkany
Un ancien président, Sarkozy pour ne pas le nommer, déclarant après la condamnation du fraudeur corrompu Patrick Balkany, le 13 septembre dernier, à 4 années de prison : « c'est un ami d'enfance et ça m'a fait de la peine pour lui, ça me fait de la peine pour elle (Isabelle Balkany). Ce n'est certainement pas quand les gens sont dans la difficulté qu'il faut les abandonner ». On peut comprendre l'ami d'enfance (avec 7 années d'écart entre les deux tout de même, l’un ayant 64 ans et l'autre 71). Il appartenait peut-être à l’ancien président de rappeler que la fraude fiscale ne peut pas être un sport national, que la probité ne peut pas être piétinée par un élu comme Patrick Balkany, longtemps député et toujours maire d’une grande ville. Peut-on ignorer une institution fondamentale dans une démocratie comme l’autorité judiciaire ? Des juges et un tribunal ont condamné le maire de Levallois-Perret et deux longs procès se sont déroulés au mois de juin. Un premier jugement condamnant Balkany a été rendu le 13 septembre dernier et celui-ci a été incarcéré. Un deuxième jugement doit être rendu le 18 octobre prochain pour des faits d’une exceptionnelle gravité, à savoir des corruptions. Que puis-je dire à mes petits-enfants qui comprennent déjà que la justice n’est pas respectée et qu’un ancien président, qui n’ignorait pas grand-chose du comportement de son ami Balkany, a laissé faire ? Notre société est en danger et personne, et surtout pas un ancien président de la République, ne peut par complaisance et amitié bafouer notre Justice qui est le ciment de notre lien social.
Hollande et ses bavardages
On se souvient aussi du livre des journalistes Gérard Davet et Fabrice Lhomme « Un président ne devrait pas dire ça... » publié le 12 octobre 2016, consacré aux cinq années d’entretiens privés entre les deux journalistes et le président de la République François Hollande. De nombreux propos sont rapportés dans l’ouvrage. Notamment ceux où le président parle de la Justice française comme d’une « institution de lâcheté » et des magistrats : « tous ces procureurs, tous ces hauts magistrats, on se planque, on joue les vertueux ...On n’aime pas le politique ». Sur la sécurité nationale François Hollande reconnaît avoir autorisé quatre assassinats ciblés (alors que la peine de mort est abolie depuis 1981), dits « opérations homos ». Le ministre des Affaires étrangères Jean-Marc Ayrault s'était désolidarisé du président. On passera sur tous les autres sujets et notamment sur ceux concernant déjà l’immigration. Comment vais-je expliquer aux jeunes générations qu’un président de notre République, constitutionnellement garant de l’indépendance de l’Autorité judiciaire aux termes de l’article 64 de la constitution, s’exprime avec autant de mépris sur la Justice de notre pays et sur ceux qui servent cette institution qui garantit la paix et le vivre ensemble dans notre société et qu'il autorise des mises à mort ?
Macron et Ferrand
Enfin, nous avons encore tous en mémoire le battage médiatique après la mise en examen de Richard Ferrand par des juges d’instruction pour prise illégale d’intérêt dans l’affaire des Mutuelles de Bretagne le 12 septembre dernier. Président de l’Assemblée Nationale, il est le quatrième personnage de l’État. Il n’est pas encore condamné et ne le sera peut-être pas. Il doit bénéficier de la présomption d’innocence, comme tout un chacun, mais est-il acceptable que le président de la République Emmanuel Macron apporte publiquement son soutien à Richard Ferrand ? Il devait, au nom de ses responsabilités constitutionnelles et en garant de l’indépendance de la Justice, tout juste prendre acte de cette décision judiciaire concernant Richard Ferrand ou tout simplement ne pas s’exprimer. Comment vais-je expliquer tout ceci aux jeunes générations et notamment que l’institution judiciaire vient de nouveau d’être piétinée par le plus haut personnage de notre pays ? « Dignité est un mot qui ne comporte pas de pluriel » (Paul Claudel/Journal).

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