Une démocratie 2.0 ?

Grâce aux nouvelles technologies nous sommes en mesure aujourd'hui de ne plus avoir besoin de légiférer via des représentants (députés, sénateurs) ni en un lieu unique, l'Assemblée Nationale, le Sénat. D'ailleurs, ces organes ont pu fonctionner pratiquement normalement pendant ces temps de confinement. Si le peuple est souverain, pourquoi donc ne pas lui rendre ainsi pleinement sa souveraineté ?

C'est à la lecture de cet article publié sur https://democratie-2-0.github.io/GPI/ que finalement je me rends compte qu'on pourrait résoudre bon nombre de problèmes actuels rencontrés par notre démocratie, par une participation directe des citoyens dans les assemblées (Cette proposition semble emprunter certains aspects à la démocratie athénienne, comme la capacité de tout citoyen à proposer des lois ainsi que la notion de tirage au sort dans une liste de candidats) :

L'abstention : dans cette proposition on ne tient compte que des "électeurs" et non des "citoyens", même si tout citoyen peut devenir électeur, il doit faire une démarche pour le devenir. Au début je ne voyais pas pourquoi faire compliqué et ne pas donner à tout le monde le droit de vote comme aujourd'hui... car au final ça revient au même : ignorer les abstentions ou ignorer les citoyens non électeurs... Mais vous connaissez sûrement ce jeu pratiqué entre jeunes enfants consistant à faire croire à l'autre qu'on cache quelque chose dans sa main, de la cacher en se tournant et finalement ainsi attirer l'attention de l'autre. L'attrait suscité pour quelque chose à laquelle je n'ai pas accès, mais à laquelle je peux accéder avec un petit effort me semble un ressort intéressant : si l'abstention est le symptôme d'une sorte de paresse civique (il faut lire et comprendre des professions de foi, se déplacer pour voter), la curiosité et le côté ludique (on vote à distance via Internet) sembleraient pouvoir la contre-balancer.

La corruption : il existe bien des formes de corruption, une des plus perverses à mon avis est celle introduite par des dits "experts" qui ont parfois (et probablement souvent quand ils se montrent sur les plateaux médiatiques) des conflits d'intérêt avec des industriels, des laboratoires pharmaceutiques, etc. Si par exemple la décision d'interdire le glyphosate est votée directement par les citoyens, quel qu’en soit la raison, ce n'est plus discutable entre experts, c'est un choix de société. Ce vote citoyen possède alors moralement une valeur exécutoire. La motivation des électeurs (principe de précaution, peur irrationnelle, réel danger) n'a plus à être justifiée. Les conséquences sur les agriculteurs et sur l'autosuffisance alimentaire sont des problèmes à prendre et à compte qui sera pour le premier présenté par un éventuel lobby/corporation des agriculteurs (FNSEA, etc.) lors du débat sur ce projet de loi. Des solutions devront être trouvées pour compenser les pertes, mais la société aura fait un choix. Alors qu'aujourd'hui un représentant élu quelques années auparavant sur une proposition de foi qui ne contient rien à ce sujet ne peut s'arroger le droit de décider contre la majorité à ce sujet, pour faire plaisir à une minorité de gros exploitants agricoles sans que ce lien ou cette collusion ne soit visible par les citoyens.

Les grèves et les gilets jaunes : D'une part, le référendum d'initiative populaire/citoyenne est nativement présent dans cette approche. D'autre part si un grève contre la réforme des retraites est complètement légitime, car comme le montrent les sondages, elle mécontente la grande majorité des sondés donc des citoyens, quelle serait la légitimité d'une grève contre une décision prise directement par la majorité des citoyens ? Comment alors une minorité pourrait oser bloquer le pays pour son intérêt particulier à l'encontre de l'intérêt général ? Ne serait-elle pas discréditée immédiatement ?  Aujourd'hui même si c'est rare, un tel mouvement de grève qui ne fait pas consensus (on dira non populaire) peut asseoir sa légitimité sur la non représentativité d'un élu (abstention, absence de position dans sa profession de foi sur ce sujet).

Mieux encore, est-ce que seulement des projets de lois comme la limitation de vitesse à 80 km/h et taxes accrues sur les carburants, ceux-là même qui ont été à la base du mouvement des gilets jaunes auraient pu être pris ? Quand on sait enfin, que la grande majorité des citoyens aspire à la transition énergétique, plus aucun lobby (nucléaire par exemple) ne pourrait véritablement s'y opposer. Et qu'on ne viennent pas me dire que le nucléaire est une énergie non polluante et renouvelable, il suffit de voir ce qu'on essaie d'enterrer à Bure par la force, ce qui a été remis dans l'air à Tchernobyl suite aux incendies récents, la pollution persistante autour de Fukushima et autour des mines d'uranium au Niger où Areva va récolter son uranium ... Et quoi en plus : on ne peut même plus parler d'indépendance énergétique vu qu'on importe le carburant "fossile" des centrales nucléaires !

Les sondages : pourquoi faire des sondages si on peut voir directement les intentions de vote des citoyens pour telle ou telle loi ? Sachant que le résultat d'un sondage peuy différer grandement par l'ordre de ses questions et la formulation même de celles-ci, aujourd'hui cet outil semble être plus utilisé pour la manipulation de l'opinion qu'autre chose (ben oui, nous sommes un peu des moutons).

Le choix du mix impôts/services publics : nombreux sont ceux qui veulent payer moins d'impôts (j'en fais partie) et nombreux sont ceux qui veulent des services publics gratuits (j'en fais partie aussi). Belle incohérence, non ? Oui, mais si je choisis quels services publics je veux (hôpitaux, oui c'est d'actualité avec le Covid-19, éducation pour mes enfants, autoroutes gratuites ou plutôt écotaxe), j'adhère alors à l’impôt si lors de mon vote j'ai une évaluation de son impact financier sur mon imposition. Ainsi, si je vote pour une mesure, c'est que j'en ai accepté le coût. Si je vote contre, c'est que j'accepte l'absence du service public correspondant. Certes cependant, si je ne vote pas comme la majorité je pourrai bénéficier d'un service dont je n'ai à priori pas besoin avec une imposition supplémentaire que je ne veux pas. Ou l'inverse, l'absence d'un service public que je désire. Mais n'est-ce pas justement là le sens de l'intérêt général ?

Maintenant il reste des lacunes dans cette démocratie 2.0 :

- rien n'explique comment sont définis les budgets de fonctionnement de l'administration. Par exemple comment est défini le budget alloué à l'éducation nationale, aux hôpitaux publics ? Comment est équilibré le nombre de poste et le salaire moyen des professionnels de la santé qui y travaillent ?

- ce système repose sur Internet, or tout le monde n'y a pas accès ou n'y est pas habitué (nos anciens, par exemple), ce n'est pas véritablement équitable.

- les risques sont énormes d'influencer des citoyens (fake news), et pire le piratage des votes par des pays étrangers. Faut-il s'appuyer sur un réseau national dédié non relié à Internet ? le retour du minitel ? (blague !)

- Et l'Europe dans tout ça ?

 

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