Suis-je un hyper-végan ?

Qui n'a pas eu quelque compassion à percevoir la souffrance animale ? Aujourd'hui encore, les animaux ne sont considérés que comme des biens et déresponsabilisés, alors qu'au moyen-âge ils jouissaient de responsabilités et pouvaient même être poursuivis en justice.

La compassion est humaine. Elle est le fondement de nos sociétés, le ciment qui permet l'entre-aide, la cohésion, celle qui a permis à notre espèce fragile de survivre parmi tous les dangers de ce monde cruel. Sans elle que resterait-il de notre humanité ? Ne serions pas nous mêmes juste des gros cons, voire des animaux ? Il est donc humain d'étendre cette compassion à tout ce qui nous touche, en particulier les êtres qui nous sont proches sur l'arbre de l'évolution, ainsi en est-il des chats, chiens, cochons, poules et mêmes des vaches. Certes quand il s'agit d'araignées, de vers intestinaux ou de bactéries coprophages, c'est plus difficile de se projeter ... mais est-ce pour autant, que ces animaux ne peuvent éprouver de la souffrance ?

Être végan c'est aussi s'interdire l'usage de produits issus du travail des animaux, ainsi en est-il du miel qui n'existerait pas sans les abeilles. Par extension tout végan qui se respecte, comme moi, ne devrait pas consommer non plus de plantes à fleurs, car sans abeilles et plus généralement sans insectes et leur travail de butineur, ces végétaux auraient disparus depuis des millénaires. Ils nous reste donc les champignons, les fougères, lichens, mousses, etc. mais c'est encore trop.

En effet, du fait de notre handicap à nous projeter dans des êtres vivants qui nous sont éloignés et trop différents, non ignorons complètement la souffrance des végétaux. Or comment ces êtres vivants au sein desquels l'information se propage à des vitesses de quelques centimètres par minutes via des échanges chimiques pourraient réagir comme nous qui avons un système nerveux permettant la transmission d'information à des vitesses de plusieurs mètres par secondes ? Comment pourrions nous alors communiquer et à fortiori comprendre des arbres, leur douleur ? Est-ce pour autant qu'ils ne souffrent pas quand on leur casse un branche ? Or la science montre qu'ils communiquent entre eux, tels l’acacia qui peut alerter ses congénères qu'un prédateur (une chèvre ou une girafe par exemple) est en train de faire une razzia dans son feuillage ? Que dire des forêts où l'humus recèle une véritable société de coopération, d'entre-aide et de symbiose ? Que penser de ces chênes centenaires qui apportent nutriments à leurs jeunes descendants dont ils masquent le soleil ?

Je suis donc hyper-vegan car je ne me nourris plus ni de viande, ni de végétaux, ni de champignons, ni de mousses, ni même de bactéries coprophages. Devant l'effort accompli, comment alors puis-je tolérer que des lions assassinent des gazelles, des gazelles trucident des brins d'herbe ? Si nous projetons notre compassion envers ces êtres vivants, n'ont-ils pas en retour des devoirs ? Ne faudrait-il pas ainsi remettre en œuvre ces tribunaux pour animaux qui étaient en usage au moyen-âge afin qu'ils assument leurs responsabilités, bordel !?!

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