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Le Club de Mediapart lun. 25 juil. 2016 25/7/2016 Dernière édition

La lettre de Michèle Audin à Nicolas Sarkozy

Face à l'imposture, ses simagrées et ses mensonges, il suffit parfois d'être soi-même. De ne pas biaiser, de ne pas faire le malin, de ne pas jouer au plus fin. Tout simplement de rester fidèle. Fidèle à quelques principes, à certaines valeurs, à d'anciens repères. En voici un exemple, superbe de tranquille fermeté, qui, d'une simple lettre, démasque l'hypocrisie qui nous gouverne.

Face à l'imposture, ses simagrées et ses mensonges, il suffit parfois d'être soi-même. De ne pas biaiser, de ne pas faire le malin, de ne pas jouer au plus fin. Tout simplement de rester fidèle. Fidèle à quelques principes, à certaines valeurs, à d'anciens repères. En voici un exemple, superbe de tranquille fermeté, qui, d'une simple lettre, démasque l'hypocrisie qui nous gouverne. Oui, l'hypocrisie de cette mise en scène politique qu'on nous impose plus souvent qu'à l'ordinaire lors du passage d'une année sur l'autre: rituels vœux télévisés qui supposent une nation soumise à la parole d'un seul, traditionnelles promotions dans l'ordre de la Légion d'honneur où se détectent colifichets courtisans et distinctions clientélistes, avalanche de cérémonies de vœux présidentiels dont l'origine remonte à nos âges non-démocratiques, monarchiques ou impériaux. Si l'actuel monarque, républicain d'apparence, autocrate d'essence, ne fait ici que prolonger l'héritage de ses prédécesseurs, il s'en empare avec tant de zèle, de gourmandise vorace et d'agitation narcissique, qu'il finit par nous réveiller de notre torpeur. Vraiment, la démocratie, ce serait donc cela, cette fiction?

Une fiction qu'une seule lettre, admirable de simple grandeur, vient de dévoiler. Elle émane d'une brillante mathématicienne et elle est adressée au président de la République. Elle m'a été transmise par son collègue Michel Broué, directeur de l'Institut Henri-Poincaré, par ailleurs président de la Société des amis de Mediapart. La voici: 

Michèle Audin est la fille de Maurice Audin (son portrait ci-contre), ce jeune et brillant mathématicien qui, militant du Parti communiste algérien, engagé dans le combat anticolonialiste, fut arrêté, torturé et assassiné par l'armée, en juin 1957. En dehors de ses tortionnaires, le dernier à le voir vivant fut Henri Alleg, son camarade de parti, arrêté et torturé lui aussi, qui réussit à survivre pour témoigner en écrivant La Question, aux Editions de Minuit.

Le premier livre de l'historien Pierre Vidal-Naquet, dont la mémoire est évoquée ces jours-ci sur Mediapart à un autre propos qui n'est cependant pas sans rapport (c'est à lire ici), fut, chez le même éditeur, L'affaire Audin, préfacé par Laurent Schwartz. Eminente figure de l'école française de mathématiques, ce dernier présida, fin 1957, le jury de la thèse de doctorat d'État de mathématiques de Maurice Audin, sur «les équations linéaires dans un espace vectoriel», soutenue in absentia. Grâce à la mobilisation de ces personnalités, l'affaire Audin marquera un tournant dans la prise de conscience française sur la généralisation de la pratique de la torture en Algérie.

"S'il est partisan, c'est seulement de la vérité", écrivait Laurent Schwartz dans sa préface au livre de Pierre Vidal-Naquet. Une vérité que la famille Audin réclame toujours et que nous réclamons tous avec elle, la justice ayant conclu par un non-lieu et son corps n'ayant jamais été retrouvé. Il suffit de le vouloir: les réponses sont là, dans les archives d'Etat, civiles et militaires. Et sans doute y trouvera-t-on la trace de ce lieutenant Charbonnier, déjà identifié par l'enquête de Vidal-Naquet pour le Comité Audin comme ayant été le tortionnaire du jeune mathématicien.

Comme l'illustre le digne geste de Michèle Audin, ceux qui entretiennent la mémoire de ce martyr des luttes anticoloniales n'ont pas voulu en faire un monument figé et inerte. Ils l'ont prouvé encore récemment en liant ce souvenir ancien au souci très immédiat d'un autre mathématicien, Ibni Oumar Mahamat Saleh (son portrait ci-contre), cet opposant tchadien disparu début 2008, après avoir été enlevé par l'armée régulière au lendemain du départ des troupes rebelles de la capitale. Sa mort en détention est désormais avérée. Les autorités françaises, forcément concernées, sinon informées, en raison de leur soutien militaire du pouvoir en place à N'Djamena, n'ont guère répondu aux questions posées par diverses ONG. 

Pour prolonger:

- télécharger en PDF la lettre de Michèle Audin: http://www-irma.u-strasbg.fr/~maudin/President0901.pdf

- la note de Wikipédia sur Maurice Audin, plutôt bien faite

- le site de l'Association Maurice Audin
- un site consacré au sort d'Ibni Oumar Mahamat Saleh
- un billet de Michel Broué, en août dernier, sur son blog à Mediapart

- un mien billet précédent sur les légions d'honneur

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Je vous livre ce texte. Réaction qui vient encore d'une femme. « Le sommeil a bon dos, où naissent les songes, et les cauchemars. Mais on ne se réveille pas dans le pire, stupeur, au saut du lit: le pire s’est installé, insidieux, dans le paysage, banalisé par l'apathie ou l’incrédulité des uns, la bénédiction des autres. Des gendarmes brutaux, grossiers, débarquent impunément avec leurs chiens dans les classes d’un collège du Gers, pour une fouille musclée; le proviseur entérine, bonasse. Et le ministre de l’éducation, qu’en dit-il? Que dit-il de l’enlèvement d’enfants dans une école de Grenoble, d’eux et de leur famille, expulsés en vingt-quatre heures, après combien d’autres? Qui tient la comptabilité de ces exactions ordinaires? Un journaliste est interpellé chez lui, insulté, menotté, fouillé au corps, pour une suspicion de diffamation, qui reste encore à démontrer en justice… Qu’en dit la garde des sceaux? Elle approuve (mutine bague Cartier au doigt, n’en déplaise au Figaro). Nos enfants, nos journalistes, ce sont encore catégories sensibles à l’opinion. Celle-ci s’émeut-elle? Mollement. Elle somnole. Mais les réfugiés de Sangatte, chassés comme bêtes, affamés dans les bois; les miséreux du bois de Vincennes menacés de «ratissage», les gueux de nos trottoirs au vent d’hiver? Les sans-papiers raflés, entassés dans des lieux de non-droit, décharges d’une société qui détourne le regard ignoble de son indifférence? Et la masse des anonymes, traités mêmement comme rebut par une administration servile? Au secours, Hugo! Il y a de jeunes marginaux, qualifiés par la ministre de l’intérieur d’«ultra gauche» –spectre opportun des bonnes vieilles terreurs–, jusqu’ici, pure pétition communicationnelle… Sa police veille, arme à la hanche; elle arpente, virile, les couloirs du métro, des gares. Sommes-nous en état de siège? À quand l’armée en ville? Il y a le malade mental incriminé à vie par anticipation; l’étranger criminalisé de l’être; le jeune de banlieue stigmatisé pour dissidence du salut au drapeau: danger public; le prisonnier encagé dans des taudis surpeuplés –à 12 ans, bientôt-; le sans-travail accusé d’être un profiteur, le pauvre d’être pauvre et de coûter cher aux riches; le militant associatif qui le défend condamné, lourdement, pour “entrave à la voie publique”. Il y a le fonctionnaire taxé de fainéantise (vieille antienne); l’élu réduit au godillot; le juge sous menace de rétorsion; le parlementariste assimilé au petit pois; la télé publique bradée aux bons amis du président, qui fixent le tarif; son PDG berlusconisé, et des pubs d’Etat pour nous informer –à quand un ministre de la propagande?–. On en a bien un de l’identité nationale. Et le bon ami de Corse, l’escroc notoire, amuseurs sinistres, protégés par décret du prince… Criminalisation systématique de qui s’insurge, dénis de justice, inhumanité érigés en principe de gouvernement. Presse paillasson, muselée par ses patrons, industriels des armes. Intimidations, contrôles au faciès, humiliations, brutalités, violences et leurs dérapages –quelques précipités du balcon, quelques morts de tabassages accidentels–, sitôt providentiellement dilués dans le brouhaha des crises bancaires, de l’affairisme et du sensationnel saignant, bienvenue au JT: touristes égarés, intempéries, embouteillages du soir… Carla et Tapie en vedettes. Ces faits sont-ils vraiment divers, ou bien signent-ils un état de fait? Un état de droite, en réalité. Extrême. Dire que Le Pen nous faisait peur… Cela rampe, s’insinue et s’impose, cela s’installe: ma foi, jour après jour, cela devient tout naturel. Normal: c’est, d’ores et déjà, le lot quotidien d’une France défigurée, demain matin effarée de sa nudité, livrée aux menées d’une dictature qui ne dit pas son nom. Ah! le gros mot! N’exagérons pas, s’offusquent les mal réveillés. Tout va bien: M. Hortefeux est, paraît-il, bon bougre dans sa vie privée. «Tout est possible», avait pourtant promis le candidat. Entendons-le bien. Entendons ce qu’il y a de totalitaire dans cette promesse cynique qui, d’avance, annonce le pire. Sous son agitation pathologique, un instant comique –au secours, Chaplin!–, sous ses discours de tréteaux, ses déclarations à tous vents, contradictoires, paradoxales, sous son improvisation politique (oripeau du pragmatisme), sous sa face de tics et de toc s’avance le mufle des suicideurs de république, des assassins de la morale publique. La tête grossit, elle fixe et sidère. » Anne-Marie Garat (écrivain) Alors tous dans la rue le 29

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L'auteur

Edwy Plenel

Journaliste, président de Mediapart
Paris - France

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En complément de mes articles dans le Journal de Mediapart, ce blog mêle divers registres. Des résonances subjectives où je m’exprime à titre personnel. Des informations complémentaires, droits de suite ou explications de texte, où je réagis à des interpellations de lecteurs. Enfin, ce que l’on appellerait dans les hauts parleurs des gares des « avis de service » où je fais le point sur l’actualité de Mediapart, qu’elle soit éditoriale ou économique.