Mediapart vous invite à fêter ses dix ans les 16 et 17 mars

Des débats, des films, des spectacles, des rencontres, des expositions, mille surprises, beaucoup de partenaires et un grand bal populaire : toute l’équipe, tous les métiers de Mediapart vous invitent à venir fêter notre dixième anniversaire durant deux jours, les 16 et 17 mars à Paris, au Centquatre.

Le 16 mars 2018, Mediapart aura dix ans. Une décennie de combat pour une presse libre, au service du droit de savoir du public. Dix années d’un pari improbable, lancé dans l’incrédulité générale, celui d’un journal numérique qui ne vivrait que du soutien de ses lecteurs, sans publicité ni subvention. Dix ans pour imposer un modèle payant qui, jusqu’alors, n’avait jamais été tenté sur le Net pour la presse quotidienne d’information politique et générale.

Dix ans pour convaincre que notre métier, le journalisme, n’était pas condamné à la précarité, aux plans sociaux, aux rachats en cascade, à la perte d’indépendance et de vitalité, à la baisse de qualité et à la course à l’audience, mais qu’il pouvait être économiquement rentable dans l’exigence, créer de la valeur et des emplois dans l’indépendance. Qu'il pouvait rendre une entreprise de presse profitable en la mettant à l’abri de toute pression, qu’elle soit économique ou politique, financière ou étatique, publicitaire ou partisane.

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On imagine mal, aujourd’hui, combien nous avons dû tenir bon face aux moqueries de prétendus experts qui diffusaient autour de nous le poison du doute. Qui se souvient encore de ce verdict sans appel, lancé quelques mois après notre lancement, le 10 octobre 2008, par l’un d’eux qui n’est pas particulièrement connu pour son amour d’une presse irrévérencieuse ? 

« Si vous considérez que le modèle d’indépendance de la presse, c’est Mediapart, alors, dans ce cas-là, je suis assez inquiet pour la démocratie française. Rassurez-vous, le compte économique de Mediapart réglera assez vite ce problème puisque le modèle choisi par Edwy Plenel est un modèle absurde. La presse sur le Net ne peut être que gratuite. La presse payante sur le Net ne peut pas marcher. » Ce n’était pas la première fois et ce ne sera sans doute pas la dernière fois qu’Alain Minc se trompe…

Il est trop tôt pour faire l’histoire de ces dix années d’une aventure collective où tous les métiers que réunit Mediapart – des journalistes de la rédaction aux informaticiens de la technique, en passant par le marketing, le commercial, la gestion, la relation avec les abonnés, la communication et les réseaux sociaux, etc., sans oublier nos divers partenaires et prestataires – ont travaillé ensemble pour imposer ce journal inédit. Nous gardons toutes et tous le souvenir des batailles qui nous ont soudés dans l’épreuve. Celles où, alors que nous nous efforcions de défendre le meilleur de la tradition de la presse imprimée dans l’univers numérique, nous avons dû défendre l’évidence et la légitimité de nos révélations face à des médias suspicieux.

Bettencourt, Cahuzac, Sarkozy-Kadhafi : pour ne s’en tenir qu’à ces trois affaires emblématiques, combien de batailles, notamment judiciaires, nous a-t-il fallu mener pour imposer dans le débat public des informations qui dérangeaient, des révélations à contre-courant !

L'un des slogans de Mediapart L'un des slogans de Mediapart
Si nous avons pu paraître donneurs de leçons, c’était le malentendu que peuvent créer l’insolence de la liberté et l’arrogance du bonheur. Liberté insigne de faire notre métier comme nous l’entendions, sans autres contraintes que celles que nous nous donnions collectivement. Bonheur enthousiaste de s’engager autour d’un idéal partagé, en l’occurrence cette conviction radicalement démocratique que, sans information libre, rigoureuse et pluraliste, sans respect du droit à être informés comme liberté fondamentale, les citoyens sont des aveugles qui peuvent voter pour leur pire ennemi ou leur pire malheur, prisonniers des propagandes ou des idéologies dont les avatars contemporains, alternative facts (faits alternatifs) et post-truth (post-vérité), assument sans vergogne de vouloir remplacer la vérité par le mensonge.

Joie collective aussi de soulever des lièvres – et quels lièvres ! – dans l’espoir tenace que la société se mobilise pour les attraper.

Mais le plus grand bonheur, ce fut de rencontrer un public, c’est-à-dire vous toutes et tous : des lecteurs fidèles, passionnés, critiques, libres de nous admonester ou de nous encourager, de nous disputer ou de nous alerter, de nous en remontrer ou de nous bousculer.

Journal né de la révolution numérique, Mediapart n’aurait jamais réussi sans cette dimension participative que porte son nom : un média à part certes, mais surtout un média participatif. Aucun journal d’information politique et générale sur le Net n’entretient aujourd’hui la relation particulière qui règne ici, non sans accrocs parfois comme la vie même, que ce soit dans le Club ou dans les fils de commentaires : pas de limites au nombre et à la longueur des contributions, une modération a posteriori gérée en interne par l’équipe elle-même, une diversité d’opinions et une pluralité de sensibilités qui sont aussi riches des étincelles qu’elles produisent. 

Bref, le virtuel, c’est du réel, et c’est ce que nous voulons fêter lors de ce dixième anniversaire, organisé sur le thème de la rencontre du journalisme et de la société. Plutôt que de céder à l’autocélébration en parlant de Mediapart, nous avons préféré célébrer ensemble tout ce qui s’est rencontré, croisé, expérimenté, cherché, trouvé, inventé, exprimé, défendu, etc., dans ce carrefour qu’est notre journal.

C’est ainsi que nous avons conçu le Festival de Mediapart qui aura lieu le samedi 17 mars, toute la journée, de 11 heures jusqu’à 23 h 30, dans les murs du Centquatre, établissement culturel de la Ville de Paris qui est notre partenaire pour cet événement public, en accès libre et gratuit. Retenez l’adresse : 5, rue Curial, dans le XIXe arrondissement de Paris.

Au programme, une rencontre ininterrompue avec l’équipe de Mediapart, de nombreux débats, concomitants dans plusieurs lieux, des projections de documentaires, du théâtre et des lectures, des concerts, diverses expositions (dont l’une sur les dix années de Mediapart), un salon où nos nombreux partenaires tiendront des stands et animeront des discussions, une librairie et des signatures avec des auteurs, des jeux vidéo pas comme les autres, des souffleurs de poèmes, des crieurs de journaux tous azimuts, quelques surprises aussi et, pour finir, un grand bal populaire à partir de 19 h 30.

Sur un site dédié à cet événement, vous découvrirez le détail de ce programme qui s’enrichira sans doute jusqu’au dernier jour. J’y insiste : cette journée du samedi est librement ouverte, toutes ses activités, tous ses événements sont en accès libre et gratuit. Il y aura évidemment de quoi se restaurer et boire… Alors, n’hésitez pas à venir nombreux, avec famille et amis ! À rebours de ces caricatures médiatiques qui, à notre propos, utilisent la personnalisation autour d’un des fondateurs pour effacer l’histoire collective d’un journal, ce sera l’occasion de mieux découvrir toutes celles et tous ceux qui ont fait le succès Mediapart, dont voici un aperçu :

L'équipe de Mediapart L'équipe de Mediapart

La veille du Festival proprement dit, vendredi 16 mars, de 14 h à 19 h, nous organisons, toujours au Centquatre, un grand colloque international, ayant pour thème « Le droit de savoir ». En partant de cette exigence démocratique fondamentale qui est au cœur du métier d’informer, celle de connaître tout ce qui est d’intérêt public, nous nous interrogerons sur les nouvelles potentialités et les nouveaux obstacles qu’elle rencontre en nos temps inédits et incertains.

Quelle vérité ? Comment la trouver ? Qui en est le gardien ? Qui la menace ? Mais aussi quels sont les défis du journalisme d’enquête, comment informer en milieu hostile et comment faire face aux nouveaux visages du mensonge à l’ère numérique ? Autant de thèmes qui seront abordés.

Avec un dispositif de traduction simultanée, ce colloque réunira de nombreux intervenants étrangers, parmi lesquels Katharine Viner, rédactrice en chef du quotidien britannique The Guardian ; Robert Darnton, directeur de la bibliothèque de l’université Harvard, historien spécialiste de l’histoire du livre au temps des Lumières ; Roberto Scarpinato, magistrat antimafia, procureur général de la cour d’appel de Palerme ; Eyal Weizman, architecte, chercheur au Goldsmiths College de l’université de Londres, fondateur de Forensic Architecture ; mais aussi des journalistes venus d’Égypte, de Turquie, de Colombie, d’Espagne, d’Allemagne, des Pays-Bas… C’est l’historien Patrick Boucheron, du Collège de France, qui introduira le colloque.

La participation au colloque, qui peut accueillir 600 personnes, est réservée aux abonné.e.s de Mediapart – c’est bien le moins, en remerciement de leur soutien (si vous ne l’êtes pas encore et mourez d’envie d’y assister, il suffit de le devenir). Pour s’inscrire au colloque, allez dans l’espace Avantages de votre compte d’abonné et cliquez sur « Je m’inscris ».

Pour celles et ceux qui ne pourront pas être sur place, sachez qu’il sera retransmis en direct (puis en replay) sur Mediapart (ainsi que YouTube et Facebook). En revanche, la journée du samedi 17 mars ne sera pas diffusée : c’est impossible en raison de la diversité des événements simultanés qui s’y tiendront. Une bonne raison de plus pour s’y rendre, aller écouter, parler, regarder, se rencontrer, flâner, débattre, danser, s’amuser, faire la fête, etc.

Ce colloque et de festival parisiens ne seront pas les seuls événements de cette année anniversaire. Des rencontres sont aussi prévues en régions après mars, qui seront progressivement annoncées sur le site dédié et dans le Club de Mediapart. Si, de votre côté, vous avez des suggestions, des propositions, des recommandations ou des demandes à ce propos n’hésitez pas à nous écrire à l’adresse suivante : 10ans@mediapart.fr

Début mars, quelques jours avant ce Festival anniversaire, Mediapart, comme chaque année, présentera tous ses chiffres et ses résultats annuels, son bilan et ses perspectives, lors d’une conférence de presse tenue dans nos locaux. Un livre en forme de réflexion sur la décennie Mediapart et les enseignements de cette aventure collective paraîtra en même temps aux éditions Don Quichotte. La publication de cet essai sera accompagnée de la réédition, cinquante ans après sa première publication aux éditions du Seuil, d’un livre paru en 1968, La presse, le pouvoir et l’argent de Jean Schwœbel dont j’ai écrit l’avant-propos.

Ces deux journées, en accès libre et gratuit, sont organisées par Mediapart en toute indépendance. C’est-à-dire sans aucun sponsor ni aucune subvention, sur nos seuls deniers. Une raison de plus, si vous ne l’êtes pas encore ou si vos ami.e.s ne le sont toujours pas, pour s’abonner ou faire s’abonner autour de vous (il suffit de cliquer ici). Car, à Mediapart, seuls nos lecteurs peuvent nous acheter…

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