Les notes Montebourg ou le débat empêché

Les notes du ministre Montebourg au président Hollande dont Mediapart commence, mercredi 11 février, la publication révèlent l’ampleur du débat économique qui fut étouffé par le système présidentiel et, de ce fait, caché aux citoyens. Alors que la victoire de Syriza en Grèce témoigne de l’urgente nécessité d’une autre politique, elles mettent à nu l’occasion manquée des débuts du quinquennat socialiste.

Les notes du ministre Montebourg au président Hollande dont Mediapart commence, mercredi 11 février, la publication révèlent l’ampleur du débat économique qui fut étouffé par le système présidentiel et, de ce fait, caché aux citoyens. Alors que la victoire de Syriza en Grèce témoigne de l’urgente nécessité d’une autre politique, elles mettent à nu l’occasion manquée des débuts du quinquennat socialiste.

Ce fut donc une alternative refusée et un débat empêché. Etalées de septembre 2012 à mars 2014 et adressées par Arnaud Montebourg, ministre du redressement productif avant de devenir brièvement ministre de l’économie, au président de la République François Hollande, les quatre notes que vous allez découvrir sur Mediapart prouvent qu’une autre politique était possible, dans la fidélité aux engagements de la campagne présidentielle. Et permettent de prendre la mesure du temps perdu, cette première moitié du quinquennat qui a tourné le dos aux espoirs initiaux.

Dans une démocratie parlementaire, ce débat aurait été public, associant les divers élus et les autres composantes de la majorité. Les citoyens en auraient été juges et acteurs, parce que clairement informés. Sous la Cinquième République, rien de tel. Le débat est confiné aux cabinets et aux experts, réduit à des notes des ministres au président auxquels ce dernier n’est pas tenu de répondre, et sa vitalité intellectuelle s’épuise vite dans des combinazione gouvernementales où les ambitions personnelles prennent le pas sur les logiques de conviction.

Si nous n’étions pas une démocratie de basse intensité, appauvrie par l’élection d’un seul qui se sent dès lors libéré de toute contrainte collective, François Hollande aurait évidemment été forcé de donner crédit aux arguments d’Arnaud Montebourg. Tout simplement parce qu’il lui devait la première étape de son élection présidentielle, le fait d’avoir été élu lors de la primaire socialiste à l’automne 2011. C’est en effet le ralliement explicite de Montebourg, arrivé en troisième position avec 17,19 % des voix, qui permit à Hollande de faire la différence avec Martine Aubry.

Dans ses quatre notes, Arnaud Montebourg est fidèle aux idées qu’il défendit durant cette primaire. La première note, du 11 septembre 2012, porte sur la croissance (lire ici notre premier article). La deuxième note, du 29 avril 2013, réalisée avec un collectif d’économistes, développe plus en détail cette « nouvelle stratégie de croissance dans la politique européenne de la France » (lire ici notre deuxième article). La troisième note, du 31 janvier 2014, propose un plan pour « créer 1 million et demi d’emplois d’ici à 2018 » (lire ici notre troisième article). La quatrième, enfin, du 30 mars 2014, est la lettre par laquelle Arnaud Montebourg fait savoir à François Hollande qu’il refuse de continuer dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault, position qui accompagnera son soutien à l’ascension de Manuel Valls.

Cette lettre personnelle comporte cette citation de Saint Augustin en guise d’exergue : « La crainte de perdre ce que l’on a nous empêche d’atteindre ce que l’on est ». De fait, tout en ne cédant rien sur le fond de ses convictions, Arnaud Montebourg s’est lui-même laissé prendre au piège de la Cinquième République, cette « machine à trahir » qu’il avait si bien décortiquée en 2002. Car ce débat de cabinet, loin du peuple et de ses mandants, ne pouvait sans doute déboucher que sur une impasse, faute de rapport de force, faute de dynamique collective, faute de transparence publique.

Au bout de quatre notes, Arnaud Montebourg obtiendra le grand ministère de l’économie dont il rêvait pour mener la politique qu’il croyait juste, au sein d’un gouvernement qu’il avait appelé de ses vœux, en soutenant la promotion du socialiste minoritaire et droitier Manuel Valls, tandis que les alliés écologistes quittaient le gouvernement. Cinq mois plus tard, en compagnie de Benoît Hamon et d’Aurélie Filippetti, il en était brutalement débarqué, le pouvoir reposant désormais sur une assise politique minoritaire au regard de la diversité des sensibilités qui portèrent François Hollande à l’Elysée.

C’est aussi cette confrontation aux institutions de la Cinquième République et à leur verrouillage anti-démocratique que nous donnent à voir ces notes. Et c’est ce que nous inviterons, entre autres questions, Arnaud Montebourg à commenter dans l’entretien qui clôturera la révélation de cette histoire secrète de la présidence Hollande.

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