Réponse aux questions du "Nouvel Observateur"

Pour les lecteurs de Mediapart qui ne l'auraient pas lu dans Le Nouvel Observateur, je reproduis ci-dessous un entretien paru dans le numéro du 10 juillet de cet hebdomadaire dont, la semaine précédente, un écho moqueur avait provoqué mon dernier billet en forme de mise au point. Cette interview a été réalisée par le journaliste Claude Askolovitch qui a recueilli mes réponses par téléphone le jeudi 3 juillet. Avant la parution, je n'ai rien modifié ni ajouté à sa transcription de notre échange.

Pour les lecteurs de Mediapart qui ne l'auraient pas lu dans Le Nouvel Observateur, je reproduis ci-dessous un entretien paru dans le numéro du 10 juillet de cet hebdomadaire dont, la semaine précédente, un écho moqueur avait provoqué mon dernier billet en forme de mise au point. Cette interview a été réalisée par le journaliste Claude Askolovitch qui a recueilli mes réponses par téléphone le jeudi 3 juillet. Avant la parution, je n'ai rien modifié ni ajouté à sa transcription de notre échange.

Le Nouvel Observateur. Vous étiez journaliste, vous voilà devenu militant ségoléniste?

Edwy Plenel. Je suis journaliste, et je ne perd pas mon indépendance en disant ma vérité, y compris devant une assemblée de militants. Je ne suis ni adhérent du PS, ni soutien d'un de ses courants. J'ai été invité à parler de journalisme à une réunion de la contribution de Ségolène Royal. J'aurais accepté la même invitation d'un autre leader du PS, du Modem, du Nouveau parti anticapitaliste...

N.O. Ou de l'UMP?

E.P. Je l'ai déjà fait [Précision ajoutée sur ce blog: c'était en 2006, le 10 mai exactement, à l'occasion d'un colloque organisé par un club de jeunes élus UMP qui m'avaient demandé de parler du présidentialisme et des libertés, à travers l'épisode des écoutes téléphoniques. François Fillon était à la même tribune et s'est exprimé après moi.] Si demain, l'UMP m'invite à débattre, j'irai à nouveau. Et je dirai à la droite pourquoi le sarkozysme est un adversaire de la liberté de la presse. Ce pouvoir masque ses échecs en contrôlant les media, en les dévitalisant, en les occupant de l'intérieur, ou en organisant des mises en scènes... L'affaire Clearstream, instrumentalisée au profit de Nicolas Sarkozy contre Dominique de Villepin, n'est qu'un exemple de ces manipulations...

N.O. Un tel discours a du ravir les socialistes, venant d'un homme qui avait été écouté, illégalement, par Mitterrand!

E.P. Je n'oublie rien. Devant les ségolénistes, j'ai dit que les journalistes étaient les "chiens de garde" de la démocratie — référence à François Mitterrand traitant les journalistes de "chiens" [Précision ajoutée sur ce blog: la formule définissant les journalistes comme "les chiens de garde de la démocratie" est celle de la Cour européenne des droits de l'homme, sise à Strasbourg.]. J'ai rappelé les écoutes téléphoniques. Et j'ai dit que la gauche avait eu tort de ne pas mettre fin au présidentialisme français. Les combats que j'ai menés devraient vous rassurer... Mais les amis de Ségolène Royal qui m'ont invité -Jean-Pierre Mignard ou Sophie Bouchet-Petersen- sont des démocrates radicaux et intransigeants, aux antipodes de la part d'ombre du miterrandisme...

N.O. Ségolène Royal s'est-elle désolidarisé des écoutes de François Mitterrand?

E.P. Nous ne nous connaissions pas à l'époque. Son ex-compagnon François Hollande n'a jamais été solidaire des agissements troubles de Mitterrand.

N.O. Les journalistes sont-ils plus menacés aujourdhui qu'à l'époque où vous étiez écouté?

E.P. Oui. Aujourd'hui les attaques sont systématiques. La mise au pas de France Télévision, les brimades contre Internet, bientôt l'asservissement de la presse écrite — sous couvert de sollicitude pour les journaux en besoin de financement... Mais il ne s'agit pas de comparer les époques. Le présidentialisme français est un système corrupteur. Il a conduit à la personnalisation du pouvoir, et aujourd'hui à sa privatisation. Le sarkozysme est aussi l'enfant du mitterrandisme.

N.O. Ecouté sous Mitterrand, avez-vous été victime du sarkozysme?

E.P. Je pense que Nicolas Sarkozy ne tenait pas à me voir à la tête du Monde au moment de la présidentielle. J'avais aimé que la France, avec Villepin, résiste à George Bush lors de la guerre d'Irak — cette guerre née d'un mensonge d'Etat imposé aux médias... Si Nicolas Sarkozy avait été au pouvoir, la France n'aurait pas eu la même indépendance.

N.O. Vous allez poursuivre votre engagement contre la droite?

E.P. La France se porterait mieux si Nicolas Sarkozy n'était pas président. Et il faut le dire en tant que journaliste, tant nous sommes le moteur de son action: tutoyés, soudoyés, intimidés, manipulés... Je sais que beaucoup de gens, à droite, ont honte de ce pouvoir. La droite guérira du sarkozysme, comme la gauche a guéri du mitterrandisme. C'est aux journalistes d'aider les gens honnêtes à sauver l'honneur.

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