Mediapart a cinq ans : une liberté encore fragile

2008-2013 : samedi 16 mars, Mediapart fêtera ses cinq ans en offrant à ses abonnés, à 20 h 30 précises, en ligne et en direct, une soirée de fête tsigane avec le Cirque Romanès. Comme chaque année à cette époque, nous publions nos comptes et nos chiffres, tout en faisant le point sur la marche de notre aventure inédite.

2008-2013 : samedi 16 mars, Mediapart fêtera ses cinq ans en offrant à ses abonnés, à 20 h 30 précises, en ligne et en direct, une soirée de fête tsigane avec le Cirque Romanès. Comme chaque année à cette époque, nous publions nos comptes et nos chiffres, tout en faisant le point sur la marche de notre aventure inédite.

Cette transparence est aujourd’hui exceptionnelle dans la presse – à notre connaissance, seul le Canard enchaîné publie lui aussi ses comptes annuels. Toutes les données, en graphiques ou en tableaux, sont regroupées à la fin de ce billet. Vous pouvez aussi télécharger ici en format PDF le dossier de presse des cinq ans qui brosse le paysage complet de Mediapart aujourd’hui. Et qui annonce les nouveautés de l’année 2013, dont la principale sera la nouvelle formule de Mediapart que vous découvrirez la semaine prochaine.

C’est sous l’intitulé « Le prix de la liberté » qu’en 2008, voilà cinq ans, nous expliquions les raisons d’être de Mediapart. Cette liberté semble maintenant conquise, Mediapart étant reconnu et ses comptes étant bénéficiaires, mais elle est encore fragile. Avec près de 65 000 abonnés individuels et collectifs, une audience avoisinant les 1,6 million de visiteurs uniques et une deuxième année profitable (6 millions d’euros de chiffre d’affaires et 700 000 euros de résultat net en 2012), Mediapart a certes tenu sa promesse d’une nouvelle presse à l’heure de la révolution numérique. Mais il lui reste à la transformer en réussite pérenne, avec une stabilité financière solidement installée et une indépendance éditoriale durablement protégée.

Mediapart entendait réhabiliter l’indépendance de l’information vis-à-vis des pouvoirs politiques et économiques : malgré les attaques et les médisances, ses enquêtes n’ont cessé de l’illustrer, sous la droite hier, sous la gauche aujourd’hui. Révélations d’intérêt public, tous les scandales dévoilés par Mediapart font aujourd’hui l’objet d’investigations judiciaires et de débats citoyens. Par ses informations dans tous les domaines de la vie publique, notamment sur le monde opaque de la finance et sur les secrets illégitimes des oligarchies, Mediapart a pleinement assumé le rôle de « chien de garde de la démocratie » d’une presse consciente de sa responsabilité sociale.

Mediapart voulait promouvoir la valeur du journalisme en défendant un modèle d’abonnement payant : contredisant les moqueries du conformisme médiatique, l’atteinte de l’équilibre fin 2010, sans autre recette que le soutien de ses lecteurs, a montré que cette voie était la seule à même de créer de la richesse. Profitable en 2011 et en 2012, Mediapart a mis en évidence combien la course à la gratuité publicitaire était, pour nos métiers, une illusion économique, doublée d’une perdition éditoriale. Dans la quête sans fin de l’audience, le divertissement finit par l’emporter sur l’information, la superficialité sur l’approfondissement, l’instant sur la réflexion.

Mediapart souhaitait refonder la relation d’un journal avec son public grâce aux vertus participatives de la relation numérique : offrant des possibilités de contribution sans équivalent ailleurs dans la presse d’information, qu’elle soit imprimée ou digitale, le succès du Club de Mediapart a prouvé combien cette dialectique entre une rédaction et ses lecteurs était fructueuse. La confiance se construit dans l’échange tandis que cette nouvelle presse participative renoue avec les idéaux des universités populaires où les savoirs sont partagés, sans hiérarchies sociales ni barrières académiques.

Fort du seul travail, des compétences et des convictions de son équipe, Mediapart n’en est pas moins fragile en raison même de son exception. Cet espace inédit d’information n’a que la puissance de sa volonté, ne bénéficiant d’aucun appui partisan, d’aucun relais clientéliste, d’aucun lobby intéressé. C’est tant mieux, bien sûr, mais cela rend d’autant plus ardue la tâche qui lui reste à accomplir : mettre à l’abri des coups du sort et des aléas de la conjoncture un journal sans pareil, n’appartenant qu’à ceux qui le font et ne vivant que de ceux qui le lisent.

En ce sens, pour Mediapart, rien n’est encore gagné, tout reste à conquérir.

C’est ainsi que la marche solitaire de Mediapart est lourdement entravée par les trop nombreux incidents de paiement liés aux pratiques opaques des établissements bancaires français et aux échéances rapides des cartes de crédit, défavorables à la stabilité de l’abonnement récurrent en ligne. Sans rapport avec les résiliations volontaires auxquelles ils s’ajoutent, ces incidents techniques indépendants de notre volonté représentent, en cumul depuis notre création, plus de 50 000 fins d’abonnements.

Sans ne serait-ce que la moitié de ces incidents, Mediapart compterait aujourd’hui autour de 80 000 abonnés. Notre alerte publique de fin 2011 (elle est à relire ici) n’ayant pas été entendue par les milieux bancaires et les pouvoirs publics, nous ne pouvons qu’inciter nos abonnés, actuels et futurs, à opter pour le prélèvement sur compte bancaire qui limite ces ruptures dommageables à notre croissance.

Sans mécène, sans subvention, sans publicité, Mediapart ne peut compter que sur ses lecteurs pour s’imposer définitivement au cœur de l’espace public, continuer à se développer et persister à innover. Marquée par l’élection présidentielle, l’année 2012 aura notamment été celle des événements « En direct de Mediapart », du « Kiosque » rassemblant nos livres numériques, des « Portfolios » en défense du photojournalisme. Toutes ces initiatives, auxquelles s’ajoutent le renforcement régulier de notre équipe (Mediapart, qui a commencé avec 30 salariés permanents, en comptait 45 fin 2012), ont illustré un enrichissement permanent de nos contenus, quels qu’en soient les formats, les rubriques et les registres.

C’est pour mieux les valoriser, les rendre plus accessibles et augmenter le confort de lecture que nous avons conçu une nouvelle formule de Mediapart, dans la continuité de ses fondamentaux. Réalisée en interne par l’équipe technique de Mediapart et conçue graphiquement avec l’aide de l’agence Datagif, vous la découvrirez prochainement. Elle comporte une innovation technique inédite : toujours en logiciel libre Drupal, Mediapart sera totalement « responsive », c’est-à-dire qu’il s’adaptera spontanément à tout format d’écran et, donc, à tout support – ordinateur, tablette, smartphone.

Avec cette nouvelle formule, une déclinaison « Español » s’ajoutera à l’actuel onglet « English », traduisant ainsi notre partenariat avec nos amis du nouveau site espagnol infoLibre et confirmant que Mediapart, journal sans papier, est aussi sans frontière. Elle sera complétée cet automne d’une rénovation approfondie du Club de Mediapart, enrichissant ses fonctionnalités et renforçant ses sociabilités. Avec plus de 2 700 blogs individuels actifs et plus de 630 blogs collectifs (éditions participatives), Mediapart parie toujours sur sa dimension participative, cette liberté de parole et cette qualité de contribution où se construit la confiance entre un journal et son public.

Reste à augmenter ce public pour que Mediapart soit définitivement sorti d’affaire. Le décalage entre la notoriété conquise et le nombre d’abonnés fidèles montre qu’il y a beaucoup de marge de croissance, et donc de quoi espérer. Mais nous avons besoin de vous tous pour y arriver, de vos recommandations et de vos solidarités, de vos échanges et de vos partages. Combien sont, dans vos entourages, celles et ceux qui ne connaissent de Mediapart que ce que l’on en dit, en mal ou en bien, mais qui n’ont pas encore découvert la réalité de notre journal, sa qualité et sa diversité ?

Merci infiniment pour tout ce que vous nous avez permis de faire depuis 2008. Et merci d'avance pour tout ce que vous ferez afin que nous puissions faire mieux encore.

LES CHIFFRES DE MEDIAPART

– Le chiffre d'affaires

– Les résultats

– Les abonnés

– L'audience

– Les comptes

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