François Maspero, l’oubli ne passera pas par là

Mediapart vous invite à l’hommage public rendu à François Maspero (1932-2015) au Théâtre de l’Odéon à Paris, lundi 19 octobre à 20 heures. Paco Ibañez viendra de Barcelone chanter pour notre ami dont le premier livre à son enseigne d’éditeur fut, en 1959, La Guerre d’Espagne de Pietro Nenni.

Mediapart vous invite à l’hommage public rendu à François Maspero (1932-2015) au Théâtre de l’Odéon à Paris, lundi 19 octobre à 20 heures. Paco Ibañez viendra de Barcelone chanter pour notre ami dont le premier livre à son enseigne d’éditeur fut, en 1959, La Guerre d’Espagne de Pietro Nenni.

Animée par Frédéric Bonnaud, cette soirée entend dire l’actualité des combats de l’éditeur, libraire, écrivain, traducteur, à travers de nombreux témoignages (voir ci-contre le texte écrit par Michel Piccoli qui, en 2001, réalisa un film, La plage noire, d’après un roman de Maspero). La soirée est ouverte au public avec entrée libre. Son programme est détaillé sur le site de l’Odéon (ici) et vous devez juste vous inscrire au préalable (). Mediapart est co-organisateur de cet hommage (lire mon précédent billet), avec la Maison de l’Amérique latine, les Editions du Seuil et la Maison des Passages.

Peu de temps avant sa mort, le 11 avril dernier, François Maspero avait adressé à Caroline Troin, l’une de ces amitiés discrètes qui, pour lui, comptaient bien plus que les notoriétés, ce qui restera sans doute comme son dernier texte. C’était une préface à un recueil où celle qui anima durant vingt ans le Festival de cinéma de Douarnenez s’efforce de dire la beauté de la rencontre, mais aussi la force de son corollaire : la perte. Absence injustifiée, le titre de ce livre (Locus Solus, 12,50 €) reprend celui du dernier texte du recueil, en salut à François Maspero.

Dans sa préface, François Maspero évoque la « boulimie de vie » de son amie et complice, « cette nécessité quasi-viscérale qui [vous] pousse à chercher l’amitié des vivants, à se lier encore et toujours plus avec de nouveaux amis venus du monde entier – migrants, clandestins, ne pas s’abstenir ». Or, parlant de Caroline Troin, François semble y parler de lui, non seulement de ce sentiment d’enfance révoltée qui ne l’a jamais quitté mais aussi de cette force de vie qu’il nous lègue en disparaissant.

« Un des dons de Caroline, écrit-il, est celui, beaucoup trop rare chez tant de “grandes personnes”, de n’avoir jamais oublié son enfance. Pas l’enfance des images sages et lénifiantes que cultivent certains adultes, genre “les enfants sont trop jeunes pour comprendre”, phrase que j’ai entendue répéter moi-même dans des circonstances différentes mais finalement pas si éloignées. Non : au contraire, l’enfance de l’étonnement devant ce qu’est la réalité du monde, un étonnement qui peut passer très vite, dès la première jeunesse, à l’indignation et à la révolte. »

Et François Maspero de conclure cette préface, datée « Mars 2015 », par ces mots qui résonnent drôlement maintenant qu’il n’est plus : « Non, l’oubli ne passera pas par là. Et oui, les morts resteront parmi nous aussi longtemps que nous serons en vie et que, envers et contre tout, et même quitte à en crever, nous aimerons passionnément cette vie, la seule qui nous soit donnée, ce qui nous interdit de la gaspiller. »

Venez nombreux lundi soir, pour que l’oubli ne passe pas par là.

*

Il y a une année, en septembre 2014, Mediapart recevait François Maspero pour ce qui restera comme son dernier entretien filmé :

François Maspero : " Aller au-devant du monde " © Mediapart

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.