Mediapart et le coronavirus: informer par temps d’épidémie

Depuis ce week-end, toute l’équipe de Mediapart est en télétravail et nos locaux ne recevront plus de visiteurs jusqu’à nouvel ordre. Tout en prenant ces mesures de précaution face à l’épidémie, pour nous-mêmes comme vis-à-vis des autres, nous nous sommes organisés pour continuer à faire le meilleur journal possible grâce à tous les instruments à distance qu’offre le numérique.

« Il s’asseyait, le matin, à une terrasse, devant un verre de bière tiède, lisait un journal avec l’espoir d’y trouver quelques signes d’une fin prochaine de la maladie… » Dans La Peste (1947), où il imagine la mise en quarantaine de la ville d’Oran jusqu’à l’interdiction du courrier, Albert Camus n’avait pas envisagé le confinement individuel qui est en train de s’imposer à la population face à l’accélération européenne de l’épidémie du coronavirus Covid-19. En revanche, la presse et le journalisme sont des protagonistes de son roman, avec même la naissance d’un éphémère Courrier de l’épidémie, tant la question de l’information, de sa pertinence et de sa vérité, est centrale face à l’inédit et à l’inconnu, et surtout aux peurs et aux inquiétudes qu’ils suscitent.

L’équipe de Mediapart s’est donc organisée ces derniers jours pour faire face à cette situation sans précédent et résoudre cette difficile équation : comment continuer à faire le journal qu’attendent nos lecteurs et abonné·e·s, tout en prenant les mesures qui s’imposent pour protéger les salarié·e·s et tous nos collaborateurs. Au-delà de notre propre protection, il s’agit aussi d’éviter que nous-mêmes diffusions le virus.

Après de premières mesures décidées lors d’un comité social et économique (CSE, qui regroupe les anciens comité d’entreprise et comité d’hygiène et de sécurité) tenu jeudi 12 mars, notre comité de direction a décidé, dimanche matin 15 mars, de prendre une décision radicale : mettre toute l’équipe, dans tous les secteurs, en télétravail jusqu’à nouvel ordre.

Cette décision est imposée par la situation générale d’aggravation de l’épidémie en Europe, qui souligne les retards et incohérences français, notamment avec le maintien des municipales (lire notre article ici, voir aussi notre Live et lire là notre dossier). De plus, une salariée parisienne de l’entreprise nous a informés d’une suspicion de contagion la concernant. 

Ce passage au télétravail sera accompagné de diverses mesures sociales pour aider celles et ceux qui ont la charge de jeunes enfants avec la fermeture des établissements d’enseignement, ainsi que pour soutenir les pigistes particulièrement concernés par la couverture de la crise sanitaire. La question des règles ou des interdits que nous nous fixerons pour des reportages ou des déplacements professionnels qui nous sembleraient absolument nécessaires est en discussion.

Car, évidemment, il n’est pas question d’arrêter de faire Mediapart et ses trois éditions quotidiennes, d’autant moins quand l’inattendu et l’imprévu frappent à notre porte. Plus que jamais face aux enjeux globaux de cette crise et au risque d’une opacité dans sa gestion par les pouvoirs, une information indépendante et rigoureuse est nécessaire.

Au-delà de ce qu’impose le suivi des événements (voir notre fil d’actualité en accès libre et notre dossier complet sur l’épidémie), il y a devant nous mille enjeux en termes d’enquête et d’analyse, de couverture internationale, de phénomène de société, de débat intellectuel, d’impact sur les urgences sociales, démocratiques, écologiques, etc. C’est aussi l’occasion d’utiliser au maximum l’originalité participative de Mediapart en vous invitant, grâce au Club, à livrer vos témoignages, partager vos récits, livrer vos réflexions.

Concrètement, pour réussir à vous offrir ces informations les plus complètes et les plus inédites possibles, nous allons organiser, grâce à notre équipe technique, un fonctionnement virtuel du journal en généralisant la visioconférence dans tous les pôles et services de notre entreprise. Un point d’information quotidien, virtuellement accessible à toute l’équipe, sera maintenu à 10 h 30.

Les crises ont cette vertu qu’elles obligent à des remises en cause et à relever des défis. Face à cette épreuve collective, surtout pour celles et ceux d’entre vous qui ont des proches concerné·e·s par l’épidémie, exposé·e·s, fragiles ou isolé·e·s, c’est pour Mediapart l’occasion de mieux utiliser encore toutes les possibilités de relation, d’échange, de partage, de discussion, mais aussi de textes, de sons, d’images, de vidéos et de films, bref de communication démultipliée et d’information approfondie qu’offre la révolution numérique.

Les relations avec vous qui nous lisez, et sans qui ce journal n’existerait pas, seront évidemment maintenues, par voie numérique ou postale. Seules les communications téléphoniques avec notre service « Abonnés » basé à Poitiers sont provisoirement suspendues.

N’hésitez pas à nous transmettre des informations et à nous faire des suggestions (par exemple à : contact@mediapart.fr). Merci de votre confiance, aussi fidèle que croissante, pour celles et ceux qui sont déjà abonné·e·s, avec l’espoir que vous qui lisez ce billet sans l’être encore, les rejoigniez d’ici peu (c’est ici).

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