Edwy Plenel
Journaliste, président de Mediapart
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Billet de blog 15 mars 2022

Mediapart a quatorze ans : tous ses chiffres, comptes et résultats

Comme chaque année à la date anniversaire de sa création, Mediapart rend publics tous ses chiffres, exercice de transparence unique dans les médias. L'année 2021 montre le caractère durablement et structurellement rentable d'un journal ne vivant que du soutien de ses lecteurs.

Edwy Plenel
Journaliste, président de Mediapart
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Comme chaque année à la date anniversaire de sa création, le 16 mars 2008, Mediapart rend publics tous ses chiffres, comptes et résultats les découvrir ici et dans notre brochure là :

On ne soulignera jamais assez combien cet exercice de transparence est unique dans le paysage médiatique. Tandis que la plupart des médias indépendants réunis au sein du Syndicat de la presse indépendante d’information en ligne (Spiil), dont Mediapart est membre cofondateur, s’y obligent, les médias traditionnels encore dominants ne cessent d’opposer un « secret des affaires » illégitime pour maintenir l’opacité sur leur bilans financiers, masquant ainsi l’importance des subventions publiques qu’ils reçoivent de l’État et des aides privées qu’ils acceptent des plateformes numériques.

Alors qu’il entre dans sa quinzième année, Mediapart affiche des résultats qui confirment la solidité de son modèle économique ne reposant que sur le soutien et la fidélité de ses lectrices et lecteurs, 98% de nos recettes provenant de l’abonnement. Après une croissance exceptionnelle en 2020, qui nous avait fait franchir le cap des 200 000 abonné·e·s bien plus tôt que nous ne l’envisagions, l’année 2021 est dans la continuité, avec 213 533 abonné·e·s (abonnements individuels et collectifs).

Une indépendance structurellement rentable

Au-delà de cette solide stabilité, son principal enseignement est le caractère structurellement rentable de Mediapart. Avec un chiffre d’affaires en légère hausse (21,3 millions d’euros contre 20,4 en 2020), Mediapart obtient un résultat courant avant impôts de près de 6,3 millions d’euros (6 296 753 € exactement, soit 30% du chiffre d’affaires) et un résultat après impôts et participation de 4 millions (4 007 519 € précisément, soit 19% du chiffre d’affaires).

Un résultat courant de 30% du CA et un résultat net de 19% du CA

Loin de se faire au détriment de son développement, cette remarquable profitabilité de Mediapart s’est accompagnée de nombreux développements en 2021. Ce fut le cas notamment avec une nouvelle application mobile ; une nouvelle formule du site ; un renforcement des productions vidéos autour de l’émission quotidienne « À l’air libre » ; la création de nouveaux podcasts ; le partenariat avec La Revue dessinée ; l’investissement dans la production et la réalisation d’un film documentaire diffusé en salles de cinéma, Media Crash ; la croissance des effectifs salariés, passés de 118 en 2020 à 131 en 2021 ; enfin, l’installation fin 2021 de notre siège dans de nouveaux locaux parisiens plus adéquats à la taille atteinte par l’entreprise.

Cette rentabilité de Mediapart est donc obtenue sans aucun des artifices, expédients et faux semblants qui ont cours dans un paysage médiatique dominé par une poignée de milliardaires qui y défendent leurs intérêts privés, cherchant de l’influence et de la protection, au détriment de ce qui devrait être la mission du journalisme : servir l’intérêt public. Elle est la meilleure protection de son indépendance, garantie depuis 2019 par le Fonds pour une presse libre (FPL), structure à but non lucratif au service de la liberté et du pluralisme de l’information, devenu le seul et unique propriétaire de notre journal via la Société pour la protection de l’indépendance de Mediapart (SPIM).

Mediapart a quatorze ans : conférence de presse le 15 mars 2022 © Mediapart

Combattre la concentration des médias,
Refonder l’écosystème de l’information

« Toute réforme morale de la presse serait vaine si elle ne s’accompagnait pas de mesures politiques propres à garantir aux journaux une indépendance réelle vis-à-vis du capital » : cette recommandation d’Albert Camus dans Combat à l’été 1944 est plus actuelle que jamais. La réussite de Mediapart ne saurait faire écran à un paysage de délabrement médiatique dont la concentration économique accompagne une dérive idéologique promouvant les opinions anti-démocratiques et étouffant les informations d’intérêt public. Le même Camus en avait prédit les dangers : « Tout ce qui dégrade la culture raccourcit les chemins qui mènent à la servitude. Une société qui supporte d’être distraite par une presse déshonorée […] court à l’esclavage malgré les protestations de ceux-là mêmes qui contribuent à sa dégradation. »

L’état des lieux est connu : jamais, dans notre histoire démocratique, le monde de la communication n’a connu une telle mainmise d’intérêts privés extérieurs aux métiers de l’information. 91% des quotidiens nationaux diffusés chaque jour, numériques tout en restant imprimés, appartiennent à une poignée de milliardaires tandis que 44% de l’audience télévisuelle est contrôlée par trois d’entre eux (Bouygues, Bolloré, Drahi). Avec le rachat du groupe Hachette (Lagardère) par Vivendi (Bolloré) et la fusion de TF1 (Bouygues) avec M6 cette concentration ne peut que s’accentuer.

À la fois horizontale (nombre de médias détenus) et verticale (diversité des activités économiques), cette concentration signifie des abus flagrants de position dominantes, des conflits d’intérêts généralisés et des pressions publicitaires sur les rédactions. Jusqu’ici, elle n’a pas rencontré de résistances des pouvoirs publics qui l’ont même accompagné. La transformation de fréquences hertziennes en chaînes propagandistes de la haine n’a pas été sanctionnée par l’autorité de régulation. La majorité des aides publiques à la presse tombe dans la bourse des oligarques médiatiques, au point que les journaux possédés par la plus grande fortune française (Arnault, LVMH) en obtiennent près du quart.

À cette complaisance étatique s’ajoutent les accords opaques conclus de gré à gré par ces médias oligarchiques avec les plateformes numériques (Google, Facebook…) qui, en les subventionnant, trouvent ainsi des alliés pour maintenir leur situation de monopole. La question des « droits voisins du droit d’auteur » dûs aux médias par ces « GAFA » a mis en évidence cette collusion, dont s’est émue une mission d’information parlementaire. Au cavalier seul choisi par ces médias afin de conforter leur abus de position dominante, Mediapart, à l’initiative de son syndicat professionnel, le Spiil, oppose une mobilisation collective et coopérative des éditeurs.

Car loin de créer des « champions » médiatiques comme le prétendent ces milliardaires, cette concentration affaiblit la démocratie en détruisant la valeur de l’information, son originalité, sa diversité et son authenticité, au profit du clash des opinions, du règne des propagandes et de la montée des haines. Son modèle économique est celui de l’audience, donc de la foule aveugle et de la masse anonyme, au détriment de la construction patiente d’une conversation démocratique entre publics soucieux de vérités factuelles. C’est ainsi que, loin de tirer vers la qualité la révolution numérique, elle en suit la plus mauvaise pente, transformant le divertissement en diversion.

À l’inverse, l’univers des médias indépendants dont Mediapart fait partie se distingue comme le lieu de l’innovation, au point d’avoir impulsé les principales réformes de l’écosystème médiatique de ces quinze dernières années : statut de la presse en ligne, modèle économique payant, neutralité technologique du support, égalité de TVA entre numérique et imprimé, transparence des aides publiques, nouveaux formats audiovisuels, vidéos et podcasts, relation participative avec leur public, fonds de dotation non lucratif, etc.

Nulle surprise s’il est aussi porteur, avec les syndicats et les sociétés de journalistes, des exigences démocratiques face à la concentration des médias : droits des rédactions garantissant leur indépendance, seuils empêchant les concentrations horizontales, critères contre les concentrations verticales, barrières à la domination publicitaire, interdits à la mainmise d’intérêts industriels sur l’information, délit de trafic d’influence, etc.

Petit poisson nageant face à de gros requins, Mediapart entend participer à ce combat pour dépolluer la mer médiatique.

> Le collectif « Stop Bolloré » organise une réunion publique, vendredi 18 mars à Paris, sur ce sujet : « La concentration des médias tue la démocratie » (de 16 h à 22h, Salle Olympe de Gouge, 15 rue Merlin, 75011 Paris).

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