Où va la France ? Les raisons d’un titre

Mediapart propose un nouvel eBook, Où va la France ?, sous-titré De l’alternance à l’alternative, que vous pouvez télécharger ici. Ce recueil des articles que j’ai consacrés, depuis janvier 2012, à l’élection présidentielle et à ses lendemains, est précédé d’une introduction sur les raisons du titre choisi, en souvenir de Jorge Semprun. La voici.

Mediapart propose un nouvel eBook, Où va la France ?, sous-titré De l’alternance à l’alternative, que vous pouvez télécharger ici. Ce recueil des articles que j’ai consacrés, depuis janvier 2012, à l’élection présidentielle et à ses lendemains, est précédé d’une introduction sur les raisons du titre choisi, en souvenir de Jorge Semprun. La voici.

Disparu le 7 juin 2011, Jorge Semprun (1923-2011) n’aura pu être témoin de la victoire, un an plus tard, de la gauche socialiste à l’élection présidentielle française. Dans les dernières années de sa vie, ce grand d’Espagne (républicaine) qu’on peine à réduire à son statut d’écrivain, tant sa vie de résistant, de militant, de scénariste, de romancier et de politique fut autrement riche, rêvait d’un livre qu’il n’eut pas le temps d’écrire. Il devait s’appeler Où va la France ?, en clin d’œil à un recueil d’articles ainsi intitulé de Léon Trotsky (1879-1940), le prophète désarmé et exilé de la révolution russe, paru en 1936 en plein Front populaire.

Lors de nos dernières rencontres, nous aimions décliner ensemble les nombreuses réponses possibles à cette interrogation en forme de maïeutique politique. Si Semprun voulait reprendre le titre de Trotsky, ce n’était pas seulement par vieille complicité littéraire avec cette figure des dissidences tragiques auquel il rendit hommage dès son premier roman, paru en 1969, La deuxième mort de Ramon Mercader.

C’est surtout parce que l’Européen convaincu qu’il était, comme tous ceux qui ont gardé la mémoire vécue des désastres nés de l’affrontement des nations du continent, ressentait vivement, dans notre époque de crise économique et de doute démocratique, l’écho des alarmes et des inquiétudes qui habitaient la brochure de Trotsky au milieu des années 1930. Face au fascisme et au nazisme, avec la prescience de la catastrophe européenne à venir, le fondateur de l’Armée rouge devenu opposant solitaire au stalinisme y appelait sans relâche au « Front unique ouvrier », c’est-à-dire à l’union et à la solidarité entre socialistes et communistes, par-delà leur différences et différends.

Aucune époque n’est semblable à une autre, mais le présent est toujours tissé de passé, entre histoire, mémoire et expérience. Chacun s’accorde aujourd’hui à comparer l’ampleur de la crise traversée depuis 2007 par nos pays et nos économies à celle de 1929, en déduisant de cette comparaison les mêmes interrogations sur son issue (et si le pire était à venir ?), les mêmes questions sur sa gestion (et s’il fallait tout changer et revoir ?), les mêmes inquiétudes pour la démocratie (et si un nouveau fascisme faisait retour ?).

Le lecteur retrouvera ces points d’interrogation, invites à la réflexion et à la mobilisation, au fil des articles ici rassemblés, chronique sur Mediapart de la campagne présidentielle de 2012 et de ses lendemains. Parus entre le 17 janvier et le 13 juillet, avec l’ajout en post-scriptum d’un article daté du 15 août, ils ne concluent certes pas une histoire en train de se faire, mais cherchent à ouvrir l’horizon dans lequel elle pourrait se déployer. Avec, comme toujours, ce vieux souci de porter la plume dans la plaie qui fait le journalisme utile, aussi dérangeant pour certains qu’exaspérant pour d’autres.

Façon de lier conscience professionnelle et obligation citoyenne, j’ai coutume de dire que l’inquiétude est l’antichambre de l’espérance. L’un des derniers textes de Jorge Semprun, daté du 16 février 2011, est une préface à un recueil des œuvres du plus grand poète latino-américain du XXe siècle, le Péruvien César Vallejo (1892-1938), dans une superbe traduction de notre ami François Maspero (c’est au Seuil). Semprun en a profité pour dire, définitivement, face à la postérité où il se situait et d’où il parlait : « Vallejo était un rouge espagnol, en chair et en os. Le grand poète a rencontré un éminent traducteur. Parole reconnaissante de rouge espagnol ».

Ce seront ses derniers mots publiés. Au deuxième congrès des écrivains antifascistes, tenu à Madrid en juillet 1937, César Vallejo fit une intervention sur « la responsabilité de l’écrivain face aux moments les plus graves de l’Histoire ». Pour accompagner les mots qui vont suivre, si faibles et si fragiles par rapport aux puissances qu’ils voudraient combattre, j’y ai retrouvé ces lignes que j’offre fraternellement à toutes celles et tous ceux qui voudront bien me lire ou me relire : « Les responsables de ce qui se passe dans le monde, c’est nous, les écrivains, parce que nous possédons une arme formidable, qui est le verbe. Archimède a dit : “Donnez-moi un point d’appui, la parole juste, le fait juste, et je soulèverai le monde” ; c’est à nous, qui possédons ce point d’appui, notre plume, qu’il revient donc de soulever le monde avec cette arme. »

Table des matières

Les raisons d’un titre

1.    La faillite d’un système
2.    Guéant le barbare
3.    L’espoir et l’inquiétude
4.    La politique de la peur
5.    L’affaire Sarkozy
6.    Alarme, citoyens !
7.    Maintenant, François Hollande
8.    Nous sommes tous des Grecs
9.    Être indépendant sous la gauche
10.    Le changement, c’est au Parlement
11.    Pour en finir avec la première dame
12.    Vers une fraternité franco-algérienne
13.    Monsieur le Président, où est le rêve ?

Post-scriptum: Pays convalescent, pouvoir évanescent

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