Mediapart en ouverture du congrès des Ceméa

Les Ceméa, mouvement d’éducation nouvelle et association d’éducation populaire, m’ont invité à ouvrir, par une conférence au nom de Mediapart, leur 11ème Congrès national qui se tient du 19 au 23 août à Grenoble. Diffusée en direct sur notre site, elle est désormais disponible ici même, sur ce billet de blog.

Les Ceméa, mouvement d’éducation nouvelle et association d’éducation populaire, m’ont invité à ouvrir, par une conférence au nom de Mediapart, leur 11ème Congrès national qui se tient du 19 au 23 août à Grenoble. Diffusée en direct sur notre site, elle est désormais disponible ici même, sur ce billet de blog.

Pour retrouver l'intégralité de l'ouverture du Congrès, cliquez (ici

 

Jeune journaliste tenant la rubrique éducation à Rouge, alors quotidien et désormais disparu, j’avais croisé les Centres d’entraînement aux méthodes d’éducation active (Ceméa) dans les années 1970, en même temps que je découvrais la pédagogie Freinet et l’Institut coopératif de l’école moderne (Icem). J’ai alors beaucoup appris auprès de ces militant-e-s d’une éducation à la fois active et populaire, c’est-à-dire qui ne s’enferme pas entre quatre murs, hors de la société, et qui place au cœur de son projet pédagogique le respect de l’enfant, quelle que soit son origine, sa culture, sa condition. Paru il y a précisément trente ans, à la rentrée 1985, La République inachevée, sous-titré L’Etat et l’Ecole en France, ce livre que m’avaient inspirées mes années de journalisme éducatif, est en grande part issu des rencontres et lectures provoquées par cette découverte de leur créativité et de leur vitalité.

L’honneur qui m’est fait d’être invité à prononcer la conférence d’ouverture du Congrès national des Ceméa est donc aussi l’occasion d’honorer une dette envers celles et ceux qui m’ont appris, par leur engagement personnel, le sens concret de cette injonction de Jules Michelet, dans Le Peuple (1846) : « Quelle est la première partie de la politique ? L’éducation. La seconde ? L’éducation ? Et la troisième ? L’éducation ? » Cette maxime d’une République vivante, sans cesse en mouvement et en invention, ne s’impose pas qu’aux éducateurs de profession, mais à tous les acteurs de la transmission des connaissances et des savoirs, quels qu’ils soient. De fait, et plus encore dans notre monde d’information globalisée, en flux continu et en temps réel, elle devrait tout autant requérir les journalistes, artisans du présent, de son intelligibilité et de sa complexité – en somme, ouvriers eux aussi de l’éducation populaire.

Université populaire d’un genre inédit, participatif et interactif, un journal numérique comme Mediapart ne peut donc que se reconnaître dans la définition donnée par les Ceméa de leur action : « Il n’y a qu’une éducation… Elle s’adresse à tous ; elle est de tous les instants. Tout être humain peut se développer et même se transformer au cours de sa vie. Il en a le désir et les possibilités. Notre action est menée en contact étroit avec la réalité. Le milieu de vie joue un rôle capital dans le développement de l’individu. (…) L’expérience personnelle est un facteur indispensable du développement de la personnalité. Tout être humain, sans distinction de sexe, d’âge, d’origine, de convictions, de culture, de situation sociale, a droit à notre respect et à nos égards. La laïcité, c’est l’ouverture à la compréhension de l’autre dans l’acceptation des différences et dans le respect du pluralisme. C’est aussi le combat pour la liberté d’expression de chacun et contre toute forme d’obscurantisme, de discrimination, d’exclusion et d’injustice ».

« Ce congrès sera politique, engagé », expliquent Jean-Luc Cazaillon, directeur général des Ceméa, et Vincent Chavaroche, directeur général adjoint, dans l’éditorial qui en présente les enjeux. Politique au sens de Michelet, et c’est ce que je m’efforcerai d’expliciter dans mon propos introductif, en frayant, comme toujours, un chemin d’espérance face aux peurs qui rôdent et aux haines qui menacent, les unes et les autres s’entretenant dans un ballet infernal – face surtout aux tentations de la résignation et de la fatalité. « Ce congrès sera celui qui doit nous engager vers demain, nous inviter à penser ce que nous voulons faire de nous mêmes », ajoutent-ils, qui appelant de leurs vœux un congrès « du bouillonnement, de l’effervescence, de ces agitations géniales et modestes à la fois qui inventent le futur ».

Congrès des Ceméa 2015 © CEMEAEEJM

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