Une grosse arnaque appelée « Islam politique »

Lorsqu'un député au parlement tunisien justifie la décapitation de Samuel Paty, il est temps de s'arrêter pour réfléchir et analyser ce que l'on appelle Islam politique, une grosse arnaque dirigée contre les citoyens lambdas, et dont la fin est l'arrivée au pouvoir des fondamentalistes.

 Maitre Samia Abbou, députée du parti Tayyar Dimocrati, et Rached Ghannouchi chef du parti islamiste Ennahdha

Maitre Samia Abbou et Rached Ghannouchi Maitre Samia Abbou et Rached Ghannouchi

La propagande terroriste est plus dangereuse que les attentas en eux-mêmes

Demandez à un spécialiste de l’antiterrorisme quel est le problème majeur auquel il fait face, et il vous répondra : la propagande. Il aura vu juste, parce qu’il fait référence aux organes reproducteurs du bébé monstre, et non au rejeton en lui-même.

La littérature fondamentaliste, les influencers et le lavage de cerveau sont nettement plus néfastes que les actes terroristes eux-mêmes. L’équation est simple : on fait face à un acte terroriste par une action opérationnelle exécutée par des personnes entraînées au combat. Mais faire face à la littérature terroriste est une autre paire de manches, nettement plus complexe et coûteuse.

La fin d’un acte terroriste peut être une fin réussie avec élimination du concerné et sauvetage des victimes potentielles, ou dramatique comme ce fut le cas avec la décapitation de Samuel Paty.

Mais la littérature fondamentaliste et ses réseaux continueront de produire des dizaines ou des centaines de terroristes, bougres obtus et écervelés auxquels on a inoculé le poison dans les veines.

Il devrait être évident que la lutte contre le formatage des cerveaux est nettement plus importante que celle des combats sur le terrain, chacune ayant son importance relative. 

Alors, imaginons que les lois ne me permettent pas de faire mon travail propagandiste, comprenant l’apologie du terrorisme, et donc influencer pour retenir ma base et attirer de nouvelles recrues, que pourrais-je faire pour continuer ma besogne ? Eh bien, il me faudrait profiter des failles juridiques ou mieux, changer la loi pour avoir le champ libre.

Aussi effronté et surréaliste que cela puisse paraître, c’est exactement ce que font ou tentent de faire les islamistes en Tunisie depuis des années au vu et au su de tout le monde. Comment procèdent-ils donc ? Eh bien en se salissant les mains, comme dirait Sartre. Dans leur jargon, ils appellent cela “Takiyyah”. Allègrement, les islamistes font référence au verset coranique 28, Sourate 3 « Que les croyants ne prennent pas pour alliés, des infidèles, au lieu de croyants. Quiconque le fait n’est d’Allah en rien, à moins que vous ne cherchiez à vous protéger d’eux ». C’est la dernière phrase qui a constitué durant des décennies une justification pour les islamistes se salissant les mains pour « se protéger ». Les voilà donc autorisés d’un coup de fatwa à montrer patte blanche à tous les pouvoirs despotiques, à s’allier avec quiconque du moment que cela serve leur intérêt suprême : arriver au pouvoir. Nous avons assisté en Tunisie postrévolutionnaire à plusieurs épisodes de cette mascarade dont deux sont particulièrement significatifs.

En 2013, la députée Samia Abbou, aujourd’hui encore députée du parti de démocratie sociale Attayyar Dimocrati, farouche défenseuse de la laïcité et des droits de l’homme s’était insurgée contre le minage de la constitution par les islamistes, qui tentaient d’y insérer subrepticement des passages donnant à la Sharia la suprématie sur les droits de l’homme universellement reconnus : « Dites ce que vous voulez de moi, que je suis athée ou peut importe, mais ce texte de constitution est dangereux. Il autorise de couper les mains des voleurs et de fouetter celui qui boit un verre de vin » s’est-elle exclamée en s’adressant aux députés du parti islamiste Ennahdha. Sur un autre registre, Samia Abbou était revenu sur l’Article 7 des Principes fondamentaux qui stipule que « l’Etat garantit les droits de la femme et appuie ses acquis », mais voilà le fiel dans le miel : le texte précise que ces « droits » et « acquis » pourront varier en fonction de l’appréciation de la majorité des membres du parlement selon l’interprétation qu’ils font de ces « fondamentaux ». Portes ouvertes donc à toute interprétation islamiste incluant la répudiation, la polygamie et toute loi que la majorité parlementaire (qui est aujourd’hui par exemple islamiste) considère légitimes.

Cachant leur jeu comme à l’accoutumée, selon le principe de la Takiyyah, les islamistes ont retiré les textes en question présentés à l’origine pour faire part du Préambule et de l’Article 7 de la nouvelle constitution.

Le deuxième épisode, encore plus osé et dangereux se déroule ces jours-ci devant les yeux éberlués des citoyens tunisiens. Pratiquant la Takiyyah, Ennahdha et Itilaf Al-Karama, les deux partis islamistes tunisiens, se sont alliés avec Kalb Tounes, un parti fondé ex nihilo par Nabil Karoui, connu pour ses déboires financiers et accusé depuis des années de blanchiment d’argent occulte et d’évasion fiscale à plus de huit chiffres en euros. Karoui a usé de tous les stratagèmes lors des élections y compris une association caritative au nom de son fils Khalil mort dans un accident, du lobbying aux États-Unis pour asseoir son image de présidentiable, et sa chaine de télévision Nessma, qui continue de diffuser malgré les interdits prononcés à son encontre par la Haute Autorité Indépendante de la Communication Audiovisuelle HAICA pour non-conformité aux lois et aux cahiers des charges des entreprises audiovisuelles. Nabil Karoui, aujourd’hui allié inconditionnel des deux partis islamistes qui continuent de l’encenser, est bel et bien celui qui a déclaré lors des élections, à sa sortie de prison « Jamais nous ne ferons alliance avec Ennahdha. » Le parti islamiste est censé lui garantir le sauf-conduit pour échapper à son incarcération beaucoup plus longue cette fois-ci, si seulement ses dossiers juridiques étaient instruits. Malgré la plainte déposée à son encontre par I-Watch, l’antenne de Transparency International en Tunisie, ses dossiers ne sortent pas encore des tiroirs de juges accusés par l’opinion publique de complaisance. Dans l’enregistrement vocal d’une réunion avec ses employés, fuité sur les réseaux sociaux, Karoui s’exclamait menaçant : « pourquoi ai-je fait cette chaine ? C’est bien pour les maitriser et maitriser leurs [saloperies de] parents. Je leur ferai voir ce que c’est que la liberté. »

L’épisode kafkaesque auxquels Tunisiennes et Tunisiens assistent ces jours est celui de l’abrogation du Décret 116 relatif aux prérogatives de la HAICA. Pour comprendre le contexte, il faudrait préciser que les trois acolytes, Ennadha, Al-Karama et Kalb ont 102 députés au parlement. En achetant 5 voix, pratique courante ces jours, le trio atteindrait la majorité simple sur les 213 voix du parlement. Le gouvernement précédent avait soumis un Projet de Loi pour réglementer la HAICA en en faisant ainsi une autorité constitutionnelle indépendante, au-dessus des partis politiques et des lobbies économiques. Ce précédent gouvernement ayant refusé d’être à la solde des partis islamistes a été évincé prétextant de prétendus conflits d’intérêts du chef du gouvernement, non démontrés à ce jour. L’actuel gouvernement de Méchichi continue de donner patte blanche au trio majoritaire au parlement. Cela explique pourquoi il a retiré ce projet de loi, ne pouvant passer au vote du parlement puisque les instances constitutionnelles requièrent une majorité renforcée, soit les 2/3 ou les 4/5, ce que le trio ne possède pas. Le stratagème kafkaesque a été donc d’abroger le Décret 116, en le transformant en un ensemble de lois au service des deux partis islamistes et du parti de Nabil Karoui. Il stipule entre autres absurdités que le lancement d’une chaine satellitaire ne requiert aucune autorisation, et que les chaines radiophoniques et audiovisuelles ne dépendraient plus de la HAICA, mais d’un vote au parlement par la simple majorité. Et pour ajouter du piment fort à l’harissa, cinq des neuf membres de la HAICA, soit la majorité seront nommés par le parlement, sans plus d’explications.

C’est ainsi que lorsque la loi empêche la criminalité, il suffit de la changer et les jeux sont faits. La chaine Nessma de Nabil Karoui pourra faire librement sa démagogie aux citoyens, et les chaines islamistes, au nombre de quatre, pourront diffuser librement leur propagande et blanchir de l’argent en toute légalité, au vu et au su de tout le monde.

Tel est le pacte maudit scellé à coups de milliards de dollars et de places au parlement entre l’obscure mouvance islamiste et la mafia politico-financière en Tunisie.

Fort heureusement, les partis progressistes se sont mobilisés sous la bannière du Bloc démocratique au parlement qui a déclaré qu’il s’opposait catégoriquement à ces manigances et au cas où la loi scélérate passerait, il saisirait le tribunal administratif pour anti-constitutionnalité de la proposition.

Simultanément, plusieurs associations ressentant le danger de la mainmise des islamistes et des mafieux sur les médias tunisiens s’y sont vertement opposées dont le principal syndicat du pays l'Union Générale des Travailleurs Tunisiens UGTT, le Syndicat National des Journalistes Tunisiens SNJT, l’Ordre National des Avocats de Tunisie ONAT qui a publié le 20 du mois un communiqué, le réseau Mourakiboun, Youth Without Borders, le Centre tunisien méditerranéen TUMED, et des dizaines d’autres organisations de la société civile.

Finalement, le Président de la république Kaïs Saïed, garant de la Constitution a invité Ali Hafsi, ministre chargé des relations avec le parlement pour l'avertir que dépasser les lignes rouges de la Constition ne serait pas permis, en relation à la course des partis islamistes et de Kalb pour abroger le Décret 116 afin qu'il serve le lobby mafio-islamiste.

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Vous avez dit Islam politique ? 

À l’annonce de la décapitation de Samuel Paty, un député tunisien du nom de Rached Khiari a réagi en publiant sur son compte FB cette déclaration : « Nuire au messager de Dieu est le pire des crimes, et ceux qui osent le commettre en portent les suites et les conséquences. » Justifiant ainsi l’injustifiable crime terroriste. Un tollé général a accueilli en Tunisie cette déclaration au point que les organes de presse ont décidé de boycotter le député et de refuser, sinon annuler, sa présence sur leurs plateaux et antennes. Le député démocrate Ziyed Ghannay a commenté, dépité : « La déclaration de Rached Khiari confirme qu’Al-Qaeda est représentée au parlement ». En sortant de ses gonds, en commentant à chaud, le député islamiste Khiari n’a fait en réalité, qu’exprimer le fond de la pensée fondamentaliste. Cela peut être traduit par : il l’a cherché, il l’a bien mérité. On réalise sans surprise ce que cache la Takiyyah des islamistes, une violence inouïe envers ceux qui sont différents, contre la liberté d’expression. Le désir tu d’embrigader l’humanité entière pour que tout le monde se mette en rang et se plie aux exigences d’une idéologie. Un absolutisme sans failles qui en réalité n’appartient pas du tout à la religion islamique, mais est bel et bien un élément fondateur de la pensée islamiste, et du prétendu Islam politique.

Pour rappel, ce député était le responsable de la direction du journal électronique de propagande islamiste Essada, et après des années de bons et loyaux services pour la secte, il a été récompensé en le présentant tête de liste du parti Al-Karama, surnommé par les Tunisiens le « parachoc d’Ennahdha » en raison de sa fonction d’amortisseur des chocs subis par le principal parti islamiste. Le journal en question n’a pas changé sa ligne éditoriale et a titré ces derniers jours commentant la déclaration tonitruante du député encensant le terrorisme « Rached Khiari a condamné les nuisances faites au Messager de Dieu, et la puissante machine médiatique profrançaise s’est mise en branle contre lui ». Le journal reconnait encore implicitement dans son titre que le député n’a pas condamné la décapitation de Samuel Paty et n’y fait même pas référence, se contentant de défendre le député auprès des adeptes de la secte présenté comme avocat du prophète. Pas un mot sur le crime barbare !

Les frères musulmans représentent partout dans le monde l’Islam politique, mais comment peut-il y avoir un islam politique ? D’abord l’islam est une religion pour tous, ce que les Anglais appelaient « Commons » c’est-à-dire ce qui est public, elle est ouverte et n’a pas de clergé. Aucun intermédiaire entre le Créateur et Ses créatures. Comment donc un parti politique peut-il s’approprier à lui seul les référents islamiques ? Est-ce qu’un parti démocratique n’a pas de référents islamiques comme la justice sociale ? Les islamistes sont apparus sur la scène politique tunisienne après la révolution de 2011, en prétendant apporter à la société tunisienne l’Islam. Mais les Tunisiens sont en majorité musulmans depuis la fondation de la mosquée de Kairouan en 670. Qu’apportent donc les islamistes ? Nous avons vu dans la pratique qu’il s’agit d’une lecture de l’Islam qui n’a rien à voir avec la société tunisienne : un hijab né à l’origine dans l’Iran de Khomeiny, des vêtements afghans, des barbes longues et touffues, des rites de mariage dénués de joie où la chanson et les danses sont interdites, des écoles coraniques où on a fini par découvrir des viols de mineurs, et évidemment de jeunes allumés qui s’entrainent au combat dans les montagnes de Chaambi. Dans une vidéo enregistrée à son insu, le chef du mouvement Ennahdha, Rached Ghannouchi, auquel on expliquait que ces groupes de jihadistes devenaient de plus en plus dangereux, répondit : « Ce sont nos enfants, ils me rappellent ma jeunesse. » Par la suite, nous avons vu tous les attentats terroristes perpétrés durant ces dernières années en Tunisie.

L’argent étant le nerf de la guerre, les islamistes tunisiens disposent de financements colossaux aux origines inconnues. L’argent liquide circule dans des sachets en plastique et on le distribue selon les allégeances. Comme si les sommes faramineuses provenant de l’étranger ne suffisaient pas, les islamistes se sont alliés avec les rentiers de l’économie tunisienne devenant rentiers eux-mêmes et renflouant leurs caisses avec l’argent sale dérobé aux ressources nationales. Il n’est pas étonnant depuis que l’indice de corruption se soit détérioré depuis leur arrivée au pouvoir et que les services aux citoyens sont au plus bas ; les secteurs de la santé, des transports, de l’éducation souffrent régulièrement de scandales vite cachés à l’opinion publique grâce au réseau médiatique désormais entre les mains des islamistes et leurs consorts mafieux. C’est la Tunisie de 2020 dans laquelle le gouvernement Fakhfakh qui a déclaré la guerre à la corruption et la rente a été évincé en moins de deux et remplacé par le docile gouvernement Méchichi. Celui-là même qui vient de retirer le projet de loi, pourtant prioritaire, devant organiser le paysage médiatique, laissant la voie libre au trio du parlement de passer le fameux décret 116 qui ouvre la voie à l’orgie médiatique à venir.

Oui, il faut le crier haut et fort : l’erreur fatale des révolutionnaires néophytes tunisiens a été d’autoriser les partis à obédience religieuse. La religion est pour tous, et nul ne devrait se l’approprier pour arnaquer les citoyens lambdas.

Les démocrates tunisiens et la puissante société civile doivent continuer à crier haro au baudet, au risque de se retrouver à crier dans le désert pendant que la Tunisie s’écroule et se transforme en une plateforme pour le terrorisme international, la traite et la contrebande, déjà ouvertement représentés par plusieurs députés au parlement.

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