« Cuerdas », encore un film sur le handicap qui émeut et bouleverse

Le court métrage d’animation Cuerdas, de Pedro Solis, a remporté un prix Goya en 2014 et le Ministère de la Culture espagnol le recommande pour sa visée éducative. Beaucoup de professeurs d’écoles l’ont donc depuis diffusé auprès de ses élèves.


Cuerdas raconte l’histoire d’un enfant atteint de paralysie cérébrale qui est accueilli temporairement dans l'école ordinaire d'un orphelinat  où il est ignoré des autres enfants à l’exception de  la petite María qui, elle, s’intéresse à lui et invente mille façons de jouer avec celui qui deviendra son ami. Jusque-là, tout va bien et ce en dépit du fait que l’approche de Solis verse un peu dans le pathos. Jusque-là tout est naturel, aussi naturel que peut l’être une relation entre deux enfants et celle-là l’est d’autant plus qu’elle s’inspire de la propre histoire des enfants du réalisateur.

Sa fille aînée, raconte Solis, joue avec son petit frère handicapé de la même façon que la petite María dans le film joue avec son camarade d’école. Jusque-là, le court métrage peut être, en effet, une référence en éducation à l’acceptation de la diversité humaine et à la défense de l’école inclusive. Là où tout se gâte, et là où on ne comprend plus où veut en venir Solis, c’est après que la petite fille prend son ami dans ses bras (cet ami dont on ne connait pas le nom et que la maîtresse  présente aux enfants comme un nouveau camarade « un peu spécial »).

Un gros plan sur les yeux du petit garçon précède la scène où il se retrouve, valide à présent, dans un salon luxueux, à danser avec la petite fille, l’un et l’autre élégamment vêtus. On comprend alors que le message à faire passer est que le rêve de l’enfant serait d’être valide, d’échapper au halo gris du handicap pour vivre dans le monde cossu des valides. On comprend aussi pourquoi l’enfant n’a pas de prénom. Nul besoin car il n’est en fait qu’un stéréotype, le stéréotype de cette vision validocrate qui veut que la personne handicapée ne puisse rêver que d’une chose : être valide. Être valide est ainsi l’idéal rêvé de la personne handicapée et la condition sine qua non du bonheur.

Par ailleurs, cet enfant scolarisé en milieu ordinaire semble prouver, entre autres par la relation qu’il noue avec María, que son inclusion dans une école ordinaire est possible et souhaitable. Or, à la fin du film, María, devenue adulte, enseignera dans l'orphelinat où elle avait grandi, devenu une école… spécialisée. On peut se demander dès lors quelle est vraiment la visée éducative de ce court métrage. Défend-il l’idée d’une éducation inclusive voire, d’une société inclusive? Pas vraiment. Il est donc problématique que ce film devienne une référence pour les enseignants. Pour rappel: la ségrégation en écoles spécialisées est contraire à la Convention Internationale des Droits des Personnes Handicapées.

Enfin, la dédicace de l’auteur est également particulièrement problématique.  En effet, il dédie ce film à sa fille aînée, à laquelle il adresse ces paroles: « merci de m’avoir inspiré cette histoire. Puis, à son fils : « j’aurais souhaité que tu ne m’inspires pas cette historie ». Cela ne vous  rappelle pas  les mots  d’un autre parent qui dit à son enfant qu’ils représente un bonheur qu’il ne souhaite à personne ?

P.S.  Spoiler: pour ne pas écrire un scénario trop innovant, l'enfant handicapé doit mourir. Sans surprise: il meurt.

cuerdas

 

 

 Lien pour visionner Cuerdas: https://www.youtube.com/watch?v=4INwx_tmTKw

 

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