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Billet de blog 11 sept. 2022

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Si moi, je suis une PMR, toi, tu es une PMA ?

« C’est vous la PMR ? » me dit le gars de l’assistance en gare qui venait me chercher. J'ai en effet besoin d'une assistance à la gare parce que les trains ne sont pas au niveau du quai et sont, de ce fait, inaccessibles en fauteuil.

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- « C’est vous la PMR ? » me dit le gars de l’assistance en gare qui venait me chercher. J'ai en effet besoin d'une assistance à la gare parce que les trains ne sont pas au niveau du quai et sont, de ce fait, inaccessibles en fauteuil roulant.

- « Oui », avais-je répondu sans savoir ce que PMR voulait dire mais ayant compris que c’était moi qu’il cherchait.

Il y en a qui apprécient d’être appelés par cet acronyme, qui ne trouvent rien à redire au fait d’être désignés par un acronyme. Ils trouvent peut-être que pé-ème-ère, ça la fout moins mal, que ça fait moins handicapé que «handicapé » mais il n’y a pas que ça qui pose problème, je crois. Vous me direz plus tard.

Curieusement, sur différents textes faisant référence à des personnes ayants des limitations fonctionnelles sur le plan moteur, j’ai trouvé une double appellation : PMR ( personne à mobilité réduite) puis handicapé. Je ne sais pas où se situe la frontière entre mobilité réduite et handicap pour ceux qui en font le distinguo.

Quoi qu’il en soit, il y a fort à parier que pour le commun des mortels, la mobilité réduite est tout autant à mettre sur le fait d’un corps défectueux que ne l’est le handicap. Mais la mobilité réduite renverrait-t-elle à l’individu dont le corps est potablement défectueux alors que le handicap renverrait à celui dont le corps est tellement défectueux qu’il le met inexorablement aux marges ? Le corps handicapé serait celui avec lequel on ne peut pas se mêler, celui que l’on ne reconnaît plus comme le même mais comme l’autre, celui que l’on dit « différent ». Je ne sais pas. Je m’égare un peu. Revenons à nos moutons.

Selon les circonstances, selon la façon dont celui qui s’adresse à moi me perçoit, selon les prévenances qu’il pense devoir prendre, je suis une pé-ème-ère ou une handicapée.

Il ne fait nul doute que ma condition de blessée médullaire, de paraplégique réduit mes possibilités de déplacement. Équipée d’un fauteuil roulant manuel, je ne peux pas égaler la mobilité d’un bipède qui se déplace en ville sur ses jambes et ce d’autant plus que le bipède est jeune ; je pourrais encore moins le suivre sur un chemin non goudronné.

Pour augmenter ma mobilité, ma capacité de déplacement, je dispose d’une voiture que je conduis avec un dispositif manuel. J’ai pu me payer la voiture et mon employeur m’a payé le dispositif de conduite manuelle avec l’argent qu’il donne à un organisme pour se dédouaner d’employer d’autres P.M.R et handicapés. Parce que, si vous ne le saviez pas, l’employeur a le droit de faire de la discrimination à l’emploi des PMR pourvu qu’il fasse la charité avec ses propres employés PMR.

Sinon, toujours pour augmenter ma « mobilité réduite », je dispose aussi d’un système de motorisation que je peux ajouter à mon fauteuil manuel. On appelle ça un handbike ou une roue motorisée. C’est une sorte de trottinette électrique qui coûte bien plus cher que vos trottinettes électriques à vous autres et que l’on ne peut pas louer à tout coin de rue.

Les PMR et handicapés discriminés à l’emploi se font parfois financer ces équipements par des aides et subventions; des fois, pas toujours et, comme ils n’ont pas droit à la charité de l’employeur, eux, parce qu’ils sont improductifs, eux, ils sont obligés d'avoir recours à la charité on line au moyen de cagnottes sur les réseaux sociaux. Ce sont les cagnottes du type : « un fauteuil pour Enzo », « un tricycle pour Maëlys », vous voyez?

À vrai dire, pour augmenter ma mobilité à l’échelle de la ville où je vis, je ne dispose pas de grand-chose d’autre que ma voiture et ma roue motorisée.

Quelques bus sont adaptés mais il y a des chances que l’arrêt dans lequel je veux descendre ne le soit pas, que la place « PMR » du bus soit déjà occupée, que la rampe d’accès ne marche pas, que le conducteur décide que les gens comme moi n’ont qu’à prendre les transports pour les gens comme moi, que l’endroit où je veux me rendre ait une chaussée défoncée, manque de bateaux au bord des trottoirs, bref, qu’il ne soit pas prévu pour accueillir des PMR et peut-être encore moins des handicapés.

Le bipède mobile a, lui, l’embarras du choix en ville : bus, bus à la demande qui ne nécessite pas de dossier à examiner par une commission qui se réunit tous les six mois, tram, métro, vélos, trottinettes disséminés à chaque coin de rue, UBER, voitures de location avec choix du modèle dans les gares, les aéroports, escaliers mécaniques. Tout est prévu pour augmenter la mobilité de son corps agile, mobile qui, indéfectiblement me dit,  si d'aventure je me trouve sur son passage : « non, non, ne bouge(z) pas ». Sérieux ?

L’immobilité est inscrite dans mon corps, plus que dans le vôtre, soit, mais le vôtre serait entravé comme l’est le mien sans tout ce qui vous est offert pour augmenter sa mobilité, non ? Je ne sais pas.

Donc, les gens, dites,  suis-je une Personne à Mobilité  (qui est ) Réduite  et vous des Personnes à Mobilité ( qui est) Augmentée?

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